Les frais de retard dans nos encans

Dans ce blogue que je n’avais pas envie d’écrire, nous allons aborder la question des frais de retard. Nous expliquerons pourquoi nous les appliquons et ce qui justifie leur existence.

Si vous récupérez toujours vos gains dans les délais d’acquisition prévus, ce billet ne vous concerne pas. Même chose s’il vous arrive de passer chercher vos achats en retard, mais que vous acceptez les frais sans discuter. Dans ces cas, j’ai presque envie de vous suggérer de fermer votre navigateur. La prochaine publication traitera à nouveau d’objets que nous croisons régulièrement dans nos encans, promis.

La vérité, c’est que ce texte servira surtout d’outil explicatif. Nous pourrons y diriger les acheteurs qui contestent les frais une fois facturés. Donc, si vous êtes encore ici, il y a deux possibilités. Soit vous aimez vraiment nos articles — dans ce cas, merci ! —, soit nous vous avons suggéré cette lecture à la suite de certains échanges concernant ces frais.

Répondons donc immédiatement à la question qui vous a peut-être mené ici :

« J’ai eu des frais de retard. Est-ce qu’ils sont négociables ? »

Non.

Ces frais ne relèvent pas d’une décision prise au hasard ni d’une politique appliquée « selon le client ». Ils font partie des règlements que vous devez accepter pour participer à nos encans. Nous les appliquons uniformément pour assurer le bon fonctionnement de nos opérations et respecter nos vendeurs.

Comment sont calculés les frais de retard ?

Après la fermeture d’un encan, vous disposez de deux semaines pour récupérer vos achats, pendant nos journées d’opération, ou en assurer l’expédition. Une fois ce délai écoulé, les frais de retard prévus s’appliquent. Ils sont de 5 $ par semaine pour les factures de 20 $ ou moins, ou de 25 % du montant de la facture par semaine pour celles de plus de 20 $.

Ces frais s’appliquent dès le premier jour de chaque nouvelle semaine de retard. Et ils sont cumulatifs : le solde servant au calcul inclut les frais précédemment facturés. Autrement dit, plus vous tardez à récupérer vos achats, plus les frais augmentent.

Les frais de retard ne sont pas cachés

Il y en a qui diront qu’ils n’étaient pas au courant de ces frais. Pourtant, chez nous, chaque nouvel acheteur reçoit systématiquement un appel téléphonique avant l’approbation de son inscription. Nous profitons de cet échange pour nous présenter et expliquer notre fonctionnement. Nous y abordons notamment la période d’acquisition de deux semaines et les frais de retard qui s’appliquent si l’acheteur dépasse ce délai. Si vous êtes en mesure de participer à nos encans, c’est donc que nous avons eu cette discussion.

Mais ce n’est pas notre seule façon de vous en informer. Nous ne cachons évidemment pas ces frais dans les petits caractères d’un document obscur. C’est même le contraire : nous les mentionnons sur notre site web, dans la description de chaque encan, dans les conditions de vente et dans l’avis aux enchérisseurs (« Bidding Notice »). Ils figurent également dans les modalités que vous devez obligatoirement accepter pour miser, ainsi que dans le courriel accompagnant votre facture. Et maintenant, ils ont même droit à leur propre article de blogue !

  • Page d’inscription HiBid affichant l’acceptation obligatoire des modalités et conditions avant de participer aux enchères
  • Modalités et conditions HiBid mentionnant les frais de retard et les règles d’acquisition des lots après un encan
  • Section tarifs du site Encans des Laurentides montrant les frais de retard et d’entreposage applicables après la période d’acquisition
  • Description d’encan HiBid affichant les règles d’acquisition, les délais de ramassage et les frais de retard applicables
  • FAQ du site Encans des Laurentides expliquant les frais de retard, les frais d’entreposage et les conséquences d’un retard de ramassage
  • Conditions de vente HiBid affichant les règles de paiement, d’acquisition et les frais de retard applicables aux acheteurs
  • FAQ Encans des Laurentides détaillant la procédure de paiement, de ramassage et les frais de retard applicables après deux semaines
  • Bidding Notice HiBid affichant les règles d’acquisition, les délais de ramassage et les frais de retard d’Encans des Laurentides
  • Exemple de facture
  • Thumbnail du blogue

Des délais et des horaires pensés pour vous accommoder

Nous avons choisi une période d’acquisition de deux semaines pour laisser aux acheteurs suffisamment de temps pour s’organiser. Certains en profitent même pour participer à deux encans consécutifs et récupérer tous leurs achats en un seul déplacement. Notre période d’acquisition figure d’ailleurs parmi les plus longues de l’industrie.

Nos heures d’ouverture suivent la même logique. Contrairement à plusieurs maisons d’enchères qui fonctionnent uniquement sur rendez-vous ou avec des plages horaires très limitées, nous offrons quatre journées de ramassage par semaine. Mais surtout, nous accueillons les acheteurs les jeudis et vendredis jusqu’à 19 h, ainsi que les deux jours du week-end. Nous savons qu’aucun horaire ne convient à tout le monde, mais le nôtre tient compte des journées de travail et des congés du plus grand nombre de clients possible.

« J’habite loin » n’est pas un argument recevable

Nous entendons parfois des commentaires comme : « Oui, mais je suis loin, j’habite à Blainville… » — Et ici, je n’ai pas choisi Blainville au hasard : ce sont généralement les clients des villes voisines qui nous servent cette excuse… Nous comprenons que la distance puisse compliquer les déplacements, mais nous ne contrôlons pas le lieu de résidence de nos acheteurs. Et chose certaine, nous n’avons pas déménagé entre le moment où vous avez placé vos mises et celui où vous devez récupérer vos achats.

Nous avons des clients de Gatineau, de Trois-Rivières, de Donnacona et d’un peu partout dans la province. D’autres font même la route depuis l’Ontario ou les États-Unis. Que vous habitiez à quelques kilomètres ou à plusieurs heures de route, vous savez où vous devrez vous rendre avant même de miser. La distance fait donc partie des éléments à considérer lorsque vous participez à un encan.

Les imprévus existent, mais il faut communiquer

Un voyage, une maladie ou d’autres contretemps peuvent évidemment compliquer le ramassage de vos achats. Nous comprenons que ces situations arrivent, mais nous n’avons aucun moyen de les deviner. Lorsqu’un client nous prévient suffisamment tôt, nous trouvons des solutions raisonnables. À l’inverse, une fois les délais expirés et les frais appliqués, apprendre qu’un acheteur était à l’extérieur du pays ne permet malheureusement pas de revenir en arrière.

Et gardez en tête qu’attendre la toute dernière journée pour récupérer vos achats comporte des risques. Une tempête de neige ou un empêchement imprévu peut toujours survenir. Mais vous disposez de deux semaines pour passer, pas uniquement de cette dernière journée.

Pourquoi les frais de retard existent réellement

Certaines personnes ont l’impression que les frais de retard existent simplement pour « faire de l’argent ». C’est faux. En réalité, ces retards entraînent des dépenses supplémentaires et des complications qui affectent directement nos opérations. Les coûts que nous devons assumer dépassent largement les frais facturés. Ces derniers servent donc à compenser une partie des conséquences financières et opérationnelles que nous subissons. Voici les principales raisons qui justifient leur existence.

Respecter nos vendeurs et les payer dans les délais prévus

À la fin de la période d’acquisition de deux semaines, nous procédons au paiement de nos vendeurs. Mais nous leur versons uniquement les sommes que les acheteurs ont réellement payées. Lorsqu’un client tarde à régler sa facture, le vendeur doit attendre le cycle suivant pour recevoir cette partie de son argent.

Ces retards compliquent nos relations d’affaires avec ceux qui nous confient leurs biens. Ils comptent sur nous pour les payer à temps, et c’est exactement ce que nous souhaitons faire. Mais les factures en attente de règlement nous empêchent parfois de tenir cet engagement. Payer sa facture en retard, c’est donc aussi manquer de respect à nos vendeurs. Et sans eux, il n’y aurait tout simplement pas d’encans.

Les retards génèrent des frais de comptabilité

Une fois la période d’acquisition d’un encan officiellement terminée, nous transmettons à notre comptable les informations nécessaires au traitement des ventes. Elle peut alors préparer les paiements vendeurs et procéder à la fermeture des dossiers. En principe, cette étape devrait marquer la fin du travail administratif lié à cet encan.

Cependant, lorsque des factures restent en attente ou que certains dossiers demeurent incomplets, notre comptable doit y revenir la semaine suivante. Elle doit alors effectuer de nouvelles vérifications et consacrer du temps supplémentaire à un encan qui aurait déjà dû être terminé. Et inutile de préciser que ces heures de comptabilité supplémentaires, ça se paie cher.

De la manutention supplémentaire

Après chaque encan, nous regroupons les articles par facture et les plaçons dans les espaces réservés aux acquisitions. Cette organisation nous permet de les retrouver rapidement lors des ramassages — et allez savoir pourquoi, certains clients semblent apprécier que nous ne perdions pas leurs lots, comme c’est peut-être le cas ailleurs… Mais une fois les deux semaines écoulées, nous devons libérer ces emplacements pour faire place aux encans suivants.

Lorsque des achats n’ont toujours pas été récupérés, nous devons les déplacer vers d’autres espaces temporaires. Ce travail mobilise du personnel, prend du temps et augmente les risques de bris.

Espaces de rangement utilisés pour les factures en attente de récupération après un encan
Espaces de rangement dédiés aux factures en attente de ramassage après un encan.

Les lots occupent de l’espace réel

Notre local n’est pas extensible, et son loyer représente un coût bien réel. Avec un nouvel encan chaque semaine, nous devons constamment faire de la place pour recevoir, trier et entreposer de nouveaux articles. Chaque zone de rangement a donc son utilité dans le fonctionnement de notre entreprise. Lorsqu’un acheteur tarde à récupérer ses achats, ceux-ci occupent un espace dont nous avons besoin pour poursuivre nos activités.

Payer à distance ne permet pas d’éviter les frais de retard

Cette question d’espace mérite une précision : payer sa facture à distance ne fait pas disparaître les lots. Certaines personnes croient pourtant qu’en réglant à l’avance, elles peuvent récupérer leurs achats plus tard, sans frais supplémentaires. Ce n’est pas le cas. Le paiement se fait normalement au moment du ramassage, mais l’effectuer à l’avance ne prolonge pas la période d’acquisition de deux semaines.

Tant que les articles restent sur place, nous devons continuer de les entreposer et parfois les manipuler de nouveau. Le paiement ne règle donc pas les problèmes opérationnels causés par un retard d’acquisition. Si l’acheteur dépasse le délai prévu, les frais s’appliquent même s’il a déjà payé sa facture.

Ce qui arrive après un retard prolongé

Nous tolérons certains retards, mais il ne faut pas trop étirer l’élastique. Cette marge de manœuvre dépend de notre historique avec l’acheteur. Pour un nouveau client, elle sera plus limitée. En revanche, nous pouvons accorder davantage de temps à quelqu’un avec qui nous entretenons une relation de longue date.

Éventuellement, nous envoyons un ultimatum accordant une dernière semaine pour récupérer les achats. Si le client respecte ce délai, il règle les frais applicables, récupère ses lots et la vie continue normalement. Dans le cas contraire, nous devons prendre les mesures nécessaires pour protéger nos opérations et honorer nos engagements envers nos vendeurs. Nous pouvons alors remettre les articles en vente pour limiter nos pertes.

Un acheteur qui abandonne ainsi sa facture perd également son accès à nos futurs encans. Son dossier HiBid reçoit une évaluation négative, accompagnée d’une explication des raisons du blocage. Les autres maisons d’enchères utilisant cette plateforme peuvent consulter ces informations et décider, elles aussi, de lui refuser l’accès.

Mais rappelons qu’une enchère constitue un engagement légal. Un défaut de paiement ne fait pas automatiquement disparaître les obligations de l’acheteur, et nous nous réservons le droit d’exercer les recours prévus par la loi. Bref, des démarches supplémentaires que nous préférerions éviter.

Être fâché des frais de retard, oui, mais…

Parlant de choses qu’on préférerait éviter… Dans un monde idéal, nous aimerions mieux ne jamais avoir à appliquer de frais de retard. Ils ne servent pas à punir les acheteurs. Ils existent parce que nos activités impliquent des vendeurs à payer, de l’espace à gérer, de la manutention et de la comptabilité. Et tout cela doit fonctionner au rythme d’un nouvel encan chaque semaine.

Participer à un encan comporte cependant des responsabilités. Lorsque vous placez une mise, vous acceptez les conditions de vente, les délais, les frais applicables et les conséquences prévues en cas de manquement. Nous annonçons clairement ces règles à divers endroits et veillons à ce qu’elles soient suivies. Nous comprenons qu’il soit frustrant de payer davantage que prévu, mais nous ne pouvons accepter qu’on nous tienne responsables des retards des acheteurs.

Vous placez vos mises vous-même. Avant même d’enchérir, vous connaissez les conditions et les délais. Vous organisez vos déplacements selon votre horaire. Vous savez donc si vous pourrez respecter les échéances prévues.

Alors oui, vous avez parfaitement le droit d’être fâché de devoir payer des frais de retard. Mais uniquement contre vous.

L’Art déco : quand le design devient moderne

Oyez, oyez ! Cet article consacré à l’Art déco inaugure une nouvelle série sur les grandes périodes qui ont façonné notre quotidien. Au fil des prochains volets, qui ne suivront pas nécessairement l’ordre chronologique, nous voyagerons à travers l’histoire et découvrirons comment et dans quel contexte sont nés de nombreux objets que nous retrouvons encore aujourd’hui dans nos encans.

Mais pourquoi commencer par l’Art déco ? Excellente question ! — Tiens, ça sonne très « politicien en entrevue », cette formule… — Figurez-vous donc que… Ah, et puis non ! Tant qu’à parler comme un député, aussi bien ne pas répondre à la question ! Mais promis, je vous expliquerai ce qui a motivé mon choix avant la fin de ce billet… Et ce n’est pas une promesse électorale !

Lampes Art déco à formes architecturales en verre et métal
Formes élancées, lignes verticales et symétrie : ces lampes réunissent plusieurs caractéristiques de l’Art déco que nous décortiquerons bientôt.
Chandeliers Art déco en verre moulé à décor géométrique
Les facettes et les formes géométriques de ces chandeliers offrent un premier aperçu du langage visuel de l’Art déco.

Un monde qui regarde vers l’avenir

Pour comprendre le contexte dans lequel l’Art déco a pris forme, remontons un peu plus d’un siècle en arrière. En novembre 1918, la Première Guerre mondiale prend fin après plus de quatre années de combats. Le conflit a bouleversé l’Europe, transformé les frontières et coûté la vie à des millions de personnes. Pourtant, malgré les profondes cicatrices, plusieurs pays entrent progressivement dans une période d’optimisme.

Les gouvernements reconstruisent, les industries reprennent leurs activités et les villes se développent. Partout, les innovations technologiques donnent l’impression que l’avenir sera différent du passé.

Plusieurs inventions qui nous semblent aujourd’hui banales transforment alors la vie quotidienne. L’automobile cesse progressivement d’être un luxe réservé à quelques privilégiés, tandis que les avions démontrent leur potentiel. L’électricité gagne du terrain dans les foyers, les ascenseurs permettent de construire toujours plus haut et la radio rapproche les populations.

Les années folles et l’essor d’un nouveau style

Les années 1920, que l’on surnommera plus tard les « années folles », sont marquées par un formidable vent de renouveau. Les anglophones parleront quant à eux des Roaring Twenties (littéralement « années rugissantes »), une expression qui illustre parfaitement l’effervescence de cette période. L’humoriste Charles Beauchesne en livre d’ailleurs une excellente description dans son épisode de la série Les pires moments de l’histoire consacré à Bonnie et Clyde.

L’économie connaît alors une forte croissance dans plusieurs pays occidentaux et les grandes villes prospèrent. Les salles de cinéma attirent des foules considérables, tandis que le jazz devient extrêmement populaire. Parallèlement, les voyages internationaux se développent, favorisant l’essor des grands hôtels et des luxueux paquebots, symboles de prestige et de réussite.

Cette prospérité alimente un désir de nouveauté qui se reflète dans l’architecture, la mode et les objets du quotidien.

Le luxe devient moderne

Pendant des siècles, les créateurs européens puisent leur inspiration dans les styles du passé. Les références à l’Antiquité grecque et romaine côtoient ainsi celles de la Renaissance, du baroque et du rococo. Plus récemment, à l’époque victorienne, les ornements se multiplient, tout comme les sculptures élaborées et les références historiques. Le luxe est alors souvent associé à la richesse des détails et à la complexité des formes.

Mais les goûts évoluent. Une nouvelle génération de créateurs souhaite rompre avec ces traditions et proposer une esthétique qui reflète son époque. Plutôt que de reproduire les créations d’autrefois, les designers privilégient les formes géométriques, les lignes structurées et les compositions symétriques. Les ornements ne disparaissent pas pour autant : ils deviennent plus stylisés, parfois inspirés des machines, de l’architecture moderne ou de civilisations anciennes. Inspiré des civilisations anciennes ? Vraiment ? Alors que je viens justement de parler de rupture avec les influences du passé ? Eh oui ! Je vous expliquerai cette apparente contradiction un peu plus loin…

Cette nouvelle approche transforme la manière de concevoir le luxe. Désormais, l’élégance ne repose plus uniquement sur l’abondance des détails, mais aussi sur l’équilibre des formes et l’originalité des matériaux. Une clientèle séduite par le progrès et la modernité adopte rapidement cette esthétique qui deviendra emblématique de l’Art déco.

Comment reconnaître un objet Art déco ?

Maintenant que nous connaissons un peu mieux le contexte de son apparition, intéressons-nous à ce qui caractérise l’Art déco. Le mouvement possède une identité visuelle bien particulière. Certaines formes, certains matériaux et certains motifs permettent généralement de reconnaître ses créations. Mais attention, ces caractéristiques ne lui appartiennent pas exclusivement ! D’autres courants les utilisent également, ce qui peut parfois compliquer l’identification d’un objet. Et croyez-moi, personne n’est à l’abri d’une erreur de jugement…

Les formes géométriques

L’une des caractéristiques les plus faciles à reconnaître est l’utilisation de formes géométriques. Les créateurs affectionnent particulièrement les triangles, les losanges, les chevrons — des motifs en V —, les zigzags et les compositions en gradins. La symétrie joue également un rôle important. Contrairement à certains styles plus organiques, l’Art déco recherche l’équilibre, la précision et l’ordre.

Même lorsqu’un objet est très ornementé, sa composition demeure structurée. Cette approche se retrouve autant dans les meubles que dans les bijoux, les horloges, les luminaires ou l’architecture.

Salière et poivrière Art déco en métal argenté, aux silhouettes élancées, ornements géométriques et bases carrées.
Cette salière et cette poivrière se distinguent par leurs silhouettes élancées, leurs bases carrées et leurs ornements angulaires.
Vase Art déco en verre noir, à bandes horizontales dorées, motifs floraux dorés et col évasé.
Les bandes horizontales dorées et les ornements répétitifs de ce vase noir créent un contraste marqué.

Le culte de la vitesse et du progrès

L’Art déco célèbre la modernité comme peu de mouvements avant lui. Les designers puisent leur inspiration dans les innovations qui transforment le quotidien. Automobiles, locomotives, avions, paquebots et gratte-ciel deviennent autant de symboles du progrès et de la puissance industrielle.

Cette fascination se traduit par des lignes élancées, des formes dynamiques et une impression de mouvement. Les motifs rayonnants évoquent notamment le soleil ou les faisceaux lumineux. Quant aux lignes horizontales et aux courbes aérodynamiques, elles rappellent les véhicules rapides et les grandes machines modernes.

Ces influences se retrouvent autant dans les objets du quotidien que dans l’architecture. À New York, le Chrysler Building, achevé en 1930, en offre un exemple particulièrement spectaculaire. Sa couronne métallique et ses ornements inspirés de l’automobile illustrent parfaitement cet engouement pour le progrès.

Les matériaux favoris de l’Art déco

L’Art déco ne se reconnaît pas uniquement à ses formes. Les matériaux jouent également un rôle important dans son identité visuelle. Les créateurs utilisent notamment le chrome, le laiton, le bronze, le marbre, le verre moulé, l’onyx et divers bois exotiques.

Ils aiment aussi jouer sur les contrastes. Le métal brillant côtoie les surfaces sombres, tandis que les bois aux veines prononcées s’associent à des matériaux polis. Les finitions lisses et réfléchissantes accentuent les lignes des objets et renforcent leur apparence moderne.

Ensemble de parfumeuses Art déco en verre noir
Le verre noir, les bouchons facettés et les accents dorés confèrent à cet ensemble de parfumeuses une élégance particulièrement raffinée.
Bougeoirs Art déco en verre moulé géométrique
Les jeux de lumière créés par le verre moulé et les facettes multiples transforment ces bougeoirs en véritables éléments décoratifs, même lorsqu’ils ne sont pas utilisés.

Certains fabricants misent sur des matériaux coûteux et un travail artisanal minutieux. D’autres utilisent les placages, les matériaux synthétiques ou des métaux moins dispendieux pour proposer des articles plus accessibles. Cette diversité permet à l’esthétique Art déco de se retrouver aussi bien dans les objets luxueux que dans les produits courants.

Crucifix mural en métal doré, avec représentation du Christ, extrémités en gradins et lignes géométriques de style Art déco.
Ce crucifix en métal doré présente une croix aux extrémités en gradins et aux lignes parallèles, un bel exemple de l’influence du style Art déco jusque dans les objets religieux.
Cafetière électrique Kromaster no 75 de Lehman Bros., en métal chromé, avec poignées noires, accents rouges et robinet frontal.
Cette cafetière électrique Kromaster no 75 de Lehman Bros. combine une surface chromée brillante, des lignes horizontales et une base à anneaux superposés.

L’exposition qui a donné son nom à l’Art déco

Bon, on a établi les bases visuelles. Le nom, maintenant. Mais avant, une petite nuance. Avec les premières sections de ce billet, je vous ai peut-être donné l’impression que l’Art déco a pris forme durant les années folles. Pourtant, un mouvement ne naît jamais vraiment à une date précise. Tout commence avec des avant-gardistes, des visionnaires, des gens qui osent. Leurs idées sont ensuite reprises et finissent par être adoptées à grande échelle.

Bref, les premières manifestations de l’Art déco remontent en fait aux années 1910. Avant la Première Guerre mondiale, certains créateurs cherchent déjà à renouveler les arts décoratifs. Ils expérimentent des formes plus géométriques, simplifient les ornements et s’éloignent des styles traditionnels.

L’après-guerre et les Roaring Twenties feront en quelque sorte prendre le Jell-O, mais les ingrédients étaient déjà réunis ! Dès 1912, le gouvernement français envisage une exposition internationale consacrée aux arts décoratifs modernes. Prévue pour 1915, celle-ci est reportée en raison de la guerre.

C’est finalement 10 ans plus tard, en avril 1925, que Paris inaugure l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes. Pendant plusieurs mois, 21 pays y présentent leurs créations dans plus de 200 pavillons. Artistes, architectes, artisans et manufacturiers exposent du mobilier luxueux, des textiles et de nombreux objets du quotidien. L’événement contribue au rayonnement international de cette nouvelle esthétique.

Mais personne ne parle encore véritablement d’« Art déco ». On utilise plutôt des appellations comme Style moderne, Jazz Moderne ou Style 1925. Le terme se popularise dans les années 1960, notamment grâce à une exposition rétrospective parisienne en 1966. Il reprend une forme abrégée des « arts décoratifs » qui figuraient dans le nom de l’exposition de 1925.

Art nouveau ou Art déco ?

De nombreuses personnes confondent l’Art nouveau et l’Art déco. Est-ce parce que les deux contiennent le mot « Art » ? Parce qu’ils riment en « o » ? Ou, plus pardonnable, parce qu’ils se succèdent dans le temps ? Allez savoir ! Reste que ces deux mouvements reposent sur des conceptions bien différentes du design.

L’Art nouveau, populaire à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, puise largement son inspiration dans la nature. Fleurs, feuilles, insectes et tiges se mêlent aux courbes fluides qui semblent parfois prendre vie. Les créateurs cherchent ainsi à reproduire l’élégance et le dynamisme du monde naturel, souvent avec une richesse de détails remarquable.

L’Art déco, on l’a vu, emprunte quant à lui une autre voie. Il célèbre davantage la machine, l’industrie, les villes modernes et les avancées technologiques. Là où l’Art nouveau privilégie les courbes et les formes organiques, l’Art déco préfère les lignes franches et la symétrie. Bref, davantage les gratte-ciel que les fleurs ! Et comme l’Art nouveau méritera éventuellement son propre article dans cette série, je ne m’attarderai pas davantage sur lui aujourd’hui. Mais sachez que ça me brise le cœur…

Les pharaons inspirent la modernité

L’Art déco entretient un lien étroit avec l’Égypte ancienne. Vous vous souvenez de cette apparente contradiction évoquée plus tôt ? Comment un mouvement tourné vers l’avenir peut-il puiser son inspiration dans une civilisation vieille de plusieurs millénaires ? Eh bien, tout commence avec une découverte exceptionnelle.

En novembre 1922, l’archéologue britannique Howard Carter découvre la tombe presque intacte du pharaon Toutânkhamon, dans la Vallée des Rois. La nouvelle fait rapidement le tour du monde. Depuis des décennies, les égyptologues explorent les sépultures des pharaons, mais la plupart ont été pillées depuis longtemps. Celle de Toutânkhamon renferme toutefois une quantité impressionnante d’objets funéraires préservés, un trésor archéologique d’une valeur historique exceptionnelle.

À une époque où les médias de masse prennent de l’ampleur, les journaux diffusent abondamment des photographies du contenu de la sépulture. Le public peut alors admirer des bijoux, des statues, du mobilier, des sarcophages et des ornements vieux de plus de 3 000 ans. L’enthousiasme est tel qu’une véritable « égyptomanie » s’empare de l’Europe et de l’Amérique du Nord durant les années 1920.

L’archéologie façonne les tendances

Les designers et artisans ne tardent pas à s’inspirer de cette découverte. Pyramides, obélisques, scarabées, sphinx et hiéroglyphes apparaissent sur une multitude de créations. Les bijoutiers adoptent ces motifs, tout comme les fabricants de meubles et d’accessoires. Cette influence se manifeste également dans l’architecture et les textiles.

Statuette d'inspiration égyptienne influencée par l'Art déco
Les colonnes aux lignes épurées et la disposition symétrique des éléments soulignent la géométrie de ce serre-livre égyptisant.
Cadre décoratif égyptisant inspiré de l'Art déco
Sur ce papyrus, les personnages représentés de profil, les couleurs contrastées et l’agencement ordonné de la scène rappellent les influences égyptiennes reprises par l’Art déco.

L’engouement pour l’Égypte ancienne s’accorde particulièrement bien avec l’esthétique Art déco. Les pyramides, la symétrie de l’art égyptien et les silhouettes monumentales de ses constructions rejoignent plusieurs principes du mouvement. Ainsi, une civilisation vieille de plusieurs millénaires contribue à façonner l’apparence d’objets résolument modernes.

L’Art déco dans les objets du quotidien

L’Art déco a laissé son empreinte un peu partout. Des salons aux bureaux, des bijoux aux accessoires utilitaires, pratiquement aucune catégorie d’objets n’a échappé à son influence. Même les articles les plus ordinaires adoptent les lignes, les matériaux et les motifs caractéristiques du mouvement.

Les horloges Art déco

Les horloges occupent une place importante dans la production Art déco. Les fabricants utilisent une grande variété de matériaux, notamment le marbre, le bronze, le laiton, le verre et le métal chromé. Certaines deviennent d’imposantes horloges de cheminée, tandis que d’autres adoptent un format plus compact pour les bureaux ou les chambres.

Les créateurs accordent également une attention particulière aux cadrans. Les chiffres peuvent être allongés, anguleux ou remplacés par de simples repères, tandis que les aiguilles adoptent parfois des silhouettes originales.

Par ailleurs, les progrès de l’horlogerie électrique ouvrent de nouvelles possibilités aux fabricants, sans faire disparaître les mécanismes traditionnels. Les modèles mécaniques à remontage manuel continuent de côtoyer les horloges électriques. Désormais, l’apparence de ces objets compte presque autant que leur précision, transformant un simple instrument de mesure en accessoire d’ameublement. Je vous reparlerai d’ailleurs d’une horloge bien particulière d’ici la fin de ce billet — ouf, encore une promesse ! Il va falloir que je commence à tenir le compte…

Horloge Art déco en métal chromé avec cadran géométrique
Cette horloge présente un boîtier chromé aux contours arrondis, un cadran à chiffres stylisés et une large base rectangulaire.
Horloge Art déco en verre teinté et métal chromé
Le cadran circulaire semble suspendu entre deux panneaux de verre rosé, encadrés de montants chromés qui accentuent la verticalité de cette horloge.

Les lampes Art déco

Dans les intérieurs des années 1920 et 1930, les lampes deviennent de véritables éléments décoratifs. L’électrification progressive des habitations ouvre de nouvelles possibilités aux designers Art déco. Les lampes de table, les appliques murales et les lampes sur pied permettent désormais de répartir l’éclairage selon les activités et les besoins. Le verre moulé, le métal et le chrome offrent également aux créateurs de nouvelles possibilités esthétiques.

Certains modèles misent sur la géométrie, la symétrie et les jeux de texture. D’autres intègrent des figures humaines, des animaux stylisés ou des motifs inspirés de la vitesse et du progrès. Les lampes de bureau connaissent également une évolution intéressante. Les modèles orientables permettent de diriger la lumière vers une surface de travail, tandis que les lampes de chevet privilégient un éclairage plus localisé. Les fabricants cherchent ainsi à répondre à des besoins précis, sans négliger l’apparence de leurs créations.

Bien plus que de simples sources de lumière, ces lampes participent pleinement à l’aménagement des espaces. Elles témoignent aussi de la volonté des designers de marier beauté, modernité et fonctionnalité.

Lampes Art déco en verre moulé à motifs géométriques
Les reliefs en chevrons du verre moulé créent des jeux de lumière, tandis que les montures en métal doré contrastent avec la transparence des abat-jour.
Lampe de table de style Art déco avec figure féminine en métal, globe en verre dépoli et base en gradins
Cette lampe associe une figure féminine à un globe sphérique en verre dépoli. L’ensemble repose sur une base noire à plusieurs niveaux, aux contours angulaires.

Les radios Art déco

Peu d’objets incarnent aussi bien la modernité des Roaring Twenties que la radio. Avant sa popularisation, les nouvelles circulent principalement par les journaux. Désormais, les familles peuvent entendre des émissions, de la musique et des informations diffusées en direct.

Les premiers récepteurs domestiques nécessitent souvent des écouteurs et plusieurs réglages pour capter les stations. Mais les progrès techniques rendent leur utilisation plus simple et plus agréable au fil des années. L’arrivée des haut-parleurs intégrés permet notamment à plusieurs personnes d’écouter une émission ensemble, sans devoir se battre pour un casque d’écoute.

La radio transforme ainsi les habitudes familiales. On se rassemble autour du poste pour suivre les nouvelles, écouter des concerts, des feuilletons radiophoniques ou des émissions humoristiques. Les voix des animateurs et les mélodies venues parfois de très loin entrent directement dans les maisons.

Les fabricants comprennent rapidement que cet appareil occupera une place centrale dans le salon. Ils accordent donc une attention particulière à son apparence. Les boîtiers arborent souvent des lignes géométriques, des placages raffinés et des détails inspirés de l’architecture moderne. Certains prennent même la forme de véritables meubles, intégrant le récepteur et son haut-parleur dans une imposante structure en bois.

La radio devient ainsi l’un des symboles les plus visibles de cette nouvelle époque, à la croisée de la technologie et du mobilier.

Radio Art déco General Electric en bakélite rouge
Malgré son format compact, cette radio General Electric présente une façade soigneusement travaillée qui transforme un simple appareil domestique en véritable objet décoratif.
Radio Art déco Northern Electric Midge en bakélite brune
Les cercles concentriques dominent la façade de cette Northern Electric Midge, tandis que son cadran décentré crée un contraste avec les courbes symétriques du boîtier.

Les miroirs et les cadres Art déco

Les miroirs Art déco ne se limitent pas aux traditionnels modèles rectangulaires ou ovales. Certains adoptent des contours octogonaux, des angles découpés ou des formes évoquant les rayons du soleil. D’autres combinent plusieurs panneaux de verre pour créer des effets de profondeur et de réflexion. Les bordures biseautées, qui captent la lumière sous différents angles, deviennent également très appréciées.

Les cadres suivent une évolution semblable. Le bois sculpté côtoie désormais le métal chromé, le verre et les finitions dorées. Certains modèles encadrent les photographies et les portraits avec une grande sobriété. D’autres deviennent presque des œuvres à part entière, notamment grâce aux effets de relief et aux matériaux contrastés.

Ainsi, le miroir ne sert plus uniquement à refléter notre image, pas plus que le cadre ne se contente de protéger une photographie. Leur apparence devient une composante importante de l’aménagement intérieur, au même titre que le mobilier et les luminaires.

Miroirs soleil inspirés du design des années 1920
De fabrication contemporaine, ces trois miroirs reprennent le motif du soleil rayonnant, avec leurs nombreuses pointes dorées disposées autour d’un centre circulaire.
Miroir en vitrail
Inspiré du mouvement Art déco sans être une pièce d’époque, ce miroir en vitrail présente des panneaux aux teintes ambrées, disposés en éventail autour d’une glace centrale.

Les meubles Art déco

Le mobilier Art déco privilégie généralement les lignes épurées et les proportions équilibrées. Les ébénistes utilisent notamment le noyer, l’acajou et divers bois exotiques, souvent sous forme de placages. Ces fines couches de bois permettent de créer des motifs en jouant sur l’orientation et les contrastes du grain. Les surfaces soigneusement polies mettent ensuite en valeur les essences choisies.

Les buffets, commodes, bureaux et tables présentent souvent des volumes imposants, mais soigneusement proportionnés. Certains meubles possèdent des façades arrondies, des angles adoucis ou des poignées en métal aux formes travaillées. D’autres intègrent des marqueteries, des incrustations ou des essences contrastées qui témoignent du savoir-faire des artisans.

Comme nous ne vendons pas de meubles à l’encan — n’en apportez pas, vous devrez repartir avec ! —, les photos de cette section présentent plutôt des meubles radio. Ces derniers reprennent plusieurs caractéristiques du mobilier Art déco, notamment les placages travaillés et les lignes architecturales.

Meuble radio Art déco Marconi en placage de bois
Ce meuble radio Marconi présente des coins arrondis, une façade parfaitement symétrique et des placages mettant en valeur le grain du bois.
Meuble radio Art déco Northern Electric en bois avec placages décoratifs
Tel que mentionné plus tôt, les ornements n’ont pas complètement disparu. Sur ce meuble radio Northern Electric, ils prennent la forme de volutes dorées, stylisées et disposées symétriquement sur la façade.

Les accessoires de bureau Art déco

Avec le développement des entreprises et la multiplication des emplois administratifs, les bureaux occupent une place croissante dans la vie professionnelle. Les fabricants proposent alors des accessoires aussi pratiques qu’élégants, parfois réunis en ensembles assortis. Encriers, porte-plumes, sous-mains — ces grands tapis qui protègent la surface du bureau lorsqu’on écrit — et coupe-papier peuvent ainsi partager les mêmes matériaux et finitions.

Le marbre, l’onyx, le verre et différents métaux sont particulièrement appréciés pour ces objets. Certains accessoires reposent sur de lourdes bases qui assurent leur stabilité, tandis que d’autres intègrent des figurines ou des éléments sculptés. Les serre-livres, notamment, deviennent un terrain de création privilégié, avec des représentations d’animaux ou de personnages, ainsi que des motifs géométriques.

Ces accessoires témoignent d’une époque où l’on accorde une attention grandissante à l’apparence des espaces de travail. Même un simple encrier peut désormais devenir un objet que l’on choisit autant pour son esthétique que pour son utilité.

Serre-livres Art déco en métal à motif rayonnant
Ces serre-livres présentent un motif de soleil rayonnant, avec des lignes cuivrées qui convergent vers un médaillon central orné d’une initiale stylisée.
Encrier double en verre transparent aux reliefs géométriques étagés, avec deux réservoirs et leurs bouchons noirs.
Cet encrier double se distingue par sa base en verre transparent aux reliefs étagés, surmontée de deux bouchons noirs.

Les objets Art déco liés au tabac

Les années 1920 et 1930 entretiennent une relation très différente avec le tabac qu’aujourd’hui. Dans les hôtels, les restaurants, les clubs privés et les résidences, fumer fait partie des habitudes sociales. Les articles liés à cette consommation se retrouvent donc un peu partout, des tables de salon aux bureaux.

Les fabricants produisent alors des cendriers, des briquets, des étuis à cigarettes et des porte-cigarettes particulièrement élaborés. Certains accessoires sont conçus pour rester bien en vue, tandis que d’autres accompagnent leur propriétaire dans ses déplacements.

Ces objets peuvent également devenir des cadeaux appréciés. Un briquet raffiné ou un étui gravé constitue un présent personnel, parfois offert pour souligner une occasion particulière. On trouve aussi des ensembles assortis, réunissant plusieurs accessoires autour d’une même finition.

Loin d’être de simples articles utilitaires, ces créations deviennent parfois de véritables démonstrations de savoir-faire. Leurs lignes géométriques, leurs matériaux recherchés et leurs motifs témoignent de l’influence de l’Art déco jusque dans les habitudes les plus quotidiennes.

Briquet de table en métal doré
Les cannelures verticales, la silhouette en gradins et la finition dorée de ce briquet Portship reprennent plusieurs caractéristiques du design Art déco.
Cendrier triangulaire rouge avec cuvette circulaire en métal, trois repose-cigarettes argentés et bordure métallique.
Bien que de fabrication plus récente, ce cendrier s’inspire de l’Art déco avec sa forme triangulaire, ses lignes épurées et ses contrastes rouge et argenté.

Les bijoux Art déco

Les bijoux occupent une place importante dans l’univers Art déco. Les joailliers privilégient les contrastes marqués, les formes géométriques et les compositions symétriques afin de créer des pièces qui reflètent les goûts de leur époque.

L’onyx, le cristal, l’argent, le platine et l’or apparaissent fréquemment dans leurs créations. Les diamants et les pierres de couleur sont souvent taillés en rectangles, en triangles ou en formes baguette. Ce travail minutieux permet aux artisans de composer des motifs géométriques, parfois semblables à de petites mosaïques.

L’influence de l’Égypte ancienne se retrouve également dans les bijoux de cette période. Les scarabées, notamment, connaissent un regain de popularité. Dans l’Égypte antique, cet insecte symbolisait la renaissance et le renouveau. Les joailliers reprennent sa silhouette dans des pendentifs, des broches et des bagues, parfois accompagnée de lotus ou de motifs évoquant les hiéroglyphes.

Les longues boucles d’oreilles, les bracelets rigides et les broches géométriques complètent les tenues à la mode. Certains bijoux sont particulièrement imposants, tandis que d’autres misent sur la finesse des détails et la précision du travail. Dans les deux cas, les artisans cherchent à conjuguer élégance, originalité et savoir-faire.

Collier Ermani Bulatti des années 1980
Créé par Ermani Bulatti dans les années 1980, ce collier témoigne de la popularité durable de l’Art déco auprès des créateurs de bijoux plusieurs décennies après son apogée.
Détail d'un collier Ermani Bulatti
Ce gros plan révèle les pierres facettées aux formes géométriques, les petits cristaux et les reliefs argentés qui composent le pendentif.

Le krach de 1929 change la donne

Revenons maintenant au contexte économique et social de cette époque. Mais ici aussi, je serai bref, puisqu’un futur article de cette série sera consacré à la Grande Dépression et à son influence sur les objets du quotidien. Le 24 octobre 1929, une panique boursière secoue Wall Street. Quelques jours plus tard, les marchés financiers s’effondrent davantage et la crise se propage à travers le monde.

Les entreprises ferment leurs portes, le chômage augmente et les ménages réduisent leurs dépenses. L’abondance qui avait caractérisé les années folles disparaît brutalement. La Grande Dépression commence, mais elle ne met pas fin à l’Art déco. Le mouvement demeure bien présent durant la décennie suivante, malgré une situation économique beaucoup plus difficile que celle qui avait favorisé son essor.

La crise transforme les habitudes de consommation et influence les biens que les gens achètent, utilisent et conservent. Les fabricants doivent s’adapter. Certains matériaux coûteux sont remplacés par des alternatives plus abordables, tandis que plusieurs créations adoptent des lignes plus sobres et moins extravagantes. Malgré ces changements, les caractéristiques fondamentales de l’Art déco demeurent reconnaissables. Les formes géométriques, la symétrie et l’attrait pour la modernité continuent d’apparaître sur une multitude d’objets.

Verres roses de la Dépression, années 1930
Produits durant la Grande Dépression, ces verres roses montrent que même les objets abordables continuaient de reprendre certains codes esthétiques de l’Art déco.
Bol en verre d’ouraline à motif de losanges
Le verre dit « Dépression » reprenait souvent les codes visuels de l’Art déco et se déclinait notamment en ouraline, à laquelle un blogue sera éventuellement consacré…

La Seconde Guerre mondiale et le déclin de l’Art déco

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939, les priorités de l’industrie changent radicalement. Les usines consacrent une partie importante de leurs ressources à l’effort de guerre, les matériaux deviennent plus difficiles à obtenir et les consommateurs réduisent encore certaines dépenses. Dans ce contexte, le design passe temporairement au second plan.

À la fin du conflit, le monde entre dans une nouvelle période de transformation. Une génération de concepteurs commence à privilégier des formes encore plus simples et fonctionnelles. Les matériaux évoluent, les goûts changent et, peu à peu, l’Art déco cède du terrain à d’autres mouvements qui marqueront l’après-guerre, notamment le Mid-Century Modern. Eh là là, je n’en ai vraiment pas fini avec cette série de billets…

L’héritage de l’Art déco

Peu de mouvements ont laissé une empreinte aussi durable. L’Art déco influence encore aujourd’hui l’architecture, le mobilier, les bijoux et de nombreux objets contemporains. Près d’un siècle plus tard, son esthétique continue de séduire les créateurs et les amateurs de design.

Pourtant, cet engouement n’a pas été constant. Après avoir progressivement perdu sa place au profit de nouveaux courants, l’Art déco suscite un regain d’intérêt au cours des années 1960. Les collectionneurs redécouvrent alors les créations de l’entre-deux-guerres, tandis que les historiens et les spécialistes disposent désormais du recul nécessaire pour mieux comprendre et définir ce mouvement.

Cette redécouverte influence également les fabricants. De nouvelles créations inspirées de l’Art déco apparaissent notamment durant les années 1980, et cette tendance se poursuit encore aujourd’hui. Ce phénomène, souvent appelé Art déco revival, permet à une esthétique ancienne de connaître plusieurs nouvelles vies.

Sculpture de tête féminine stylisée en violet lustré, aux yeux étroits, au visage anguleux et à la coiffure géométrique, par Lindsey B. Balkwill.
Créée par Lindsey B. Balkwill, une sculptrice britannique connue pour ses créations aux influences Art déco, cette sculpture des années 1980 se distingue par ses lignes anguleuses et son fini violet lustré.
Buste noir mat de Lindsey B. Balkwill représentant une tête féminine stylisée, aux yeux étroits et au visage allongé, sur une base angulaire.
Cette autre sculpture de Lindsey B. Balkwill présente un visage allongé, des traits anguleux et des sourcils sévères, presque accusateurs, comme si elle voulait me dire : « Le blogue achève, et tu n’as toujours pas tenu tes promesses ! »

Conclusion

Eh oui, j’ai intitulé cette section « Conclusion ». Plate comme ça, comme à la petite école. Donc, en conclusion, l’Art déco ne représente pas seulement un style décoratif. Il raconte une période fascinante de l’histoire où l’industrialisation, les découvertes archéologiques, les avancées technologiques et les bouleversements économiques ont profondément influencé les objets du quotidien.

Mes promesses, maintenant… Roulement de tambour…

Je le confesse, je ne suis pas un grand fan de l’Art déco, de sa symétrie et de son aspect très angulaire. Voilà, c’est dit. Je ne voulais pas l’annoncer d’entrée de jeu afin de ne pas biaiser votre lecture, mais c’est la véritable raison pour laquelle j’ai choisi de commencer cette série avec cette époque. C’est celle dont les objets m’interpellent le moins. D’un point de vue très égoïste, c’était en quelque sorte ma manière de garder le dessert pour la fin.

Conclusion 2 – mais quelle audace !

Cette première conclusion, que vous venez de lire, je l’avais écrite il y a quelques mois — j’ai une bonne banque de blogues d’avance ! Pendant que je rédigeais ce billet, alors que l’Art déco me bouillonnait dans la tête, une dame est venue nous confier plusieurs objets à vendre. Parmi eux se trouvait cette ma‑gni‑fi‑que horloge de cheminée.

Horloge de cheminée ancienne en pierre noire, avec cadran rond à chiffres romains, ornements dorés, incrustations vertes et canette rouge servant d'échelle.
Une présence imposante, une élégance presque théâtrale et une richesse de détails fascinante. Ah, je ne me lasse pas de la regarder…

Dès que je l’ai vue, j’ai eu un coup de foudre. Son marbre noir, sa symétrie, ses incrustations de malachite, sa roue dentée visible à l’avant… Tout ! Ça a été immédiat.

Le problème, quand je tombe sous le charme d’un objet apporté en consignation, c’est qu’il a énormément de temps pour me travailler. D’abord, il arrive et prend place sur nos tablettes. La petite graine est plantée. Puis vient le moment de le photographier. Je le manipule, je l’examine sous tous ses angles, j’en découvre les moindres détails. La graine commence à germer. Plus tard, je cadre ses photos, je rédige sa description, puis je monte l’encan. Les premières racines apparaissent. Enfin, l’encan est mis en ligne, et ma convoitise attend encore deux longues semaines avant le soir fatidique de sa vente. À ce stade, les racines sont bien ancrées, le tronc a poussé et les branches commencent à envahir tout l’espace.

Bref, je savais que j’allais acheter cette horloge. Restait à savoir à quel prix.

De l’encan à chez moi

Inutile de vous dire que le soir de la fermeture de l’encan, c’est moi qui ai remporté l’horloge. Et pour beaucoup moins cher que ce que j’étais prêt à payer ! Merci à tous ceux qui ne se sont pas battus contre moi !

Dès le lendemain, j’ai confié la bête à un horloger de la région. Il a fait un véritable travail de moine pour la remettre en état de marche. Au départ, il croyait n’avoir qu’une simple pièce à remplacer du côté du balancier. Mais le problème était finalement plus complexe.

L’un des rubis responsables de faire tourner la roue dentée évoquée plus haut était usé par des décennies de loyaux services. Il a donc dû usiner une minuscule pièce en laiton pour le remplacer. Il m’a aussi fabriqué une clé double : un côté pour ajuster l’heure et la sonnerie, l’autre pour régler la vitesse.

Avant d’installer mon acquisition à sa place définitive, j’ai voulu examiner son mécanisme de plus près. Mais à l’intérieur de son meuble en marbre noir, il fait plutôt sombre. À la lueur d’une lampe de poche, j’ai aperçu un petit poinçon circulaire, partiellement dissimulé derrière le support de suspension du balancier. Impossible toutefois de le déchiffrer à l’œil nu. J’ai donc tenté de le photographier, une main dirigeant la lumière et l’autre tenant mon appareil. Après quelques essais, j’ai finalement obtenu une image suffisamment nette pour l’agrandir. J’ai alors pu distinguer la mention « Médaille de bronze » sur son pourtour et, au centre, le nom du fabricant en lettres cursives : « S. Marti ».

L’horloge des Samuel

Quelques recherches m’ont facilement permis d’identifier Samuel Marti, un fabricant français de mouvements d’horlogerie du XIXe siècle — eh bien, un homonyme, si ce n’est pas un signe que je devais posséder cette horloge ! Sa maison avait remporté plusieurs distinctions lors d’expositions nationales et universelles, notamment une mention d’honneur en 1839, une médaille de bronze en 1860, une médaille d’argent en 1889 et une médaille d’or en 1900.

Puisque le mécanisme de mon horloge porte la mention de la médaille de bronze, je peux tenter de le situer entre 1860 et 1889. Je suppose ici que le poinçon aurait été actualisé après l’obtention de la médaille d’argent. Ce n’est pas une certitude, mais c’est un indice intéressant.

Et si vous avez été attentifs, cette période précède largement l’apparition de l’Art déco !

Or, pendant tout ce temps, j’étais convaincu d’avoir enfin trouvé un objet Art déco capable de me faire chavirer ! Je l’avais même décrit comme tel lors de sa mise à l’encan. Et dire que je me moquais de ceux qui confondent l’Art nouveau et l’Art déco… Me voilà bien placé pour donner des leçons !

Une découverte qui remet les pendules à l’heure

En poussant mes recherches, j’ai découvert que mon horloge, comme plusieurs autres pendules de Samuel Marti, s’inscrirait davantage dans le style néoclassique. Ce courant, inspiré de l’Antiquité grecque et romaine, privilégie notamment la symétrie, les proportions équilibrées et les éléments empruntés aux constructions antiques. Quant à ma petite merveille, sa silhouette architecturale, son fronton et son cadran à chiffres romains semblent d’ailleurs confirmer cette influence.

Mais alors, pourquoi m’étais-je laissé berner ?

Parce que le néoclassicisme et l’Art déco partagent certaines caractéristiques, malgré leurs origines très différentes. Tous deux accordent notamment une place importante à la symétrie, à la géométrie et à l’équilibre des formes. Le premier puise largement dans les modèles de l’Antiquité, tandis que le second les réinterprète parfois avec une esthétique plus moderne.

Et mon horloge brouille particulièrement bien les pistes ! Ses ornements géométriques, ses motifs en éventail et ses lignes rayonnantes m’avaient immédiatement fait penser à l’Art déco. Sans oublier ses gravures aux influences égyptiennes, qui ajoutaient encore à la confusion.

D’ailleurs, selon la datation envisagée, ces gravures auraient été réalisées entre 33 et 62 ans avant la découverte de la tombe de Toutânkhamon ! Comme quoi l’Égypte ancienne fascinait déjà les créateurs bien avant l’événement qui allait relancer cette mode dans les années 1920.

Bref, tout ce détour pour revenir à ma conclusion initiale : après une brève illusion de réconciliation, décidément, l’Art déco et moi, ce n’est pas encore gagné !


Poteries et céramiques québécoises et canadiennes

Il y a cinq minutes, après avoir terminé les photos d’un lot destiné à l’un de nos encans — de superbes poteries Blue Mountain —, je me suis mis à transcrire la description du vendeur. Puis de battre mon cœur s’est arrêté ! Poétique, hein ? C’est qu’au risque de vous l’apprendre, j’aime beaucoup notre belle langue. Mais revenons à ma défaillance cardiaque. Vous savez ce qui l’a provoquée ? Eh bien, figurez-vous que, sur sa feuille de consigne, le vendeur avait mis deux t à « poteries ». J’étais rouge, je vous le dis, rouge Chalvignac ! Impossible de poursuivre ma séance photo dans un tel état. Me voici donc devant l’ordinateur. Les autres lots attendront. Pour l’instant, l’urgence est ailleurs : écrire ce blogue dont le seul but est de remettre les pendules à l’heure. Sachez, chers lecteurs, qu’en français, le mot « poterie » prend un seul t. C’est en anglais qu’il y en a deux : pottery.

Voilà. Je me sens mieux.

Sauf que ça ferait un peu court, comme billet. Tant qu’à avoir ouvert l’éditeur WordPress, aussi bien profiter de l’occasion pour creuser un peu le sujet. Il est d’ailleurs beaucoup plus complexe que son orthographe. Les poteries et céramiques québécoises et canadiennes traversent plusieurs décennies de création et de production. Entre les fabricants, les techniques, les fameux émaux coulants, les signatures et les styles, je devrais bien trouver de quoi écrire quelques paragraphes de plus…

Poteries de Beauce aux glaçures brunes et bleues
Ensemble de poteries de Beauce aux glaçures bleues et turquoise.
Les poteries : pièce en céramique Maurice Chalvignac aux glaçures brunes et orangées
Vase attribuable à Maurice Chalvignac, dans des tons souvent privilégiés par le céramiste.

Poteries et céramiques : quelle différence ?

Dans le langage courant, poterie et céramique servent souvent à désigner à peu près n’importe quel objet décoratif fabriqué en terre cuite. Pourtant, les deux mots ne veulent pas dire exactement la même chose.

La céramique représente en réalité le terme général, « la grande famille ». Elle englobe plusieurs types de matériaux et de techniques, dont la faïence, le grès et la porcelaine.

La faïence correspond à une céramique plus légère et plus poreuse, souvent recouverte d’un émail coloré. Le grès, lui, est plus dense, plus solide et cuit à une température plus élevée. Quant à la porcelaine, elle est plus fine, plus blanche et plus délicate.

La poterie, elle, représente un peu une sous-famille de la céramique. Le mot, attesté en français dès le XIIIe siècle, vient tout simplement de « pot », auquel s’ajoute le suffixe « -erie ». Un pot, un t. Une poterie, toujours un t. Logique, non ? Le mot désigne d’abord l’activité de fabrication. Le potier — un t aussi, tiens donc ! — est l’artisan qui la pratique. Avec le temps, « poterie » en vient aussi à désigner les pièces fabriquées et l’atelier où elles prennent forme. Aujourd’hui, le terme s’applique surtout aux créations en terre cuite ou en grès : vases, bols, cruches, lampes ou figurines décoratives.

Certaines entreprises utilisent officiellement le mot « céramique » dans leur nom, comme la Céramique de Beauce. Pourtant, dans le langage populaire, on parle encore souvent de « poteries de Beauce » ou de « poteries québécoises ». Bref, les deux termes restent acceptables, tant que « poterie » s’écrit avec un seul t.

Les poteries de Beauce : un incontournable d’ici

Au Québec, difficile de parler de poterie vintage sans évoquer la Céramique de Beauce. L’histoire commence avec la découverte d’un gisement d’argile rouge près de la rivière Calway, en Beauce. En 1940, le « Syndicat des céramistes paysans de la Beauce » voit le jour. Le projet vise à stimuler l’économie régionale et à offrir des revenus complémentaires aux agriculteurs. Il cherche ainsi à ralentir l’exode rural.

Une école de céramique ouvre aussi pour former une main-d’œuvre spécialisée dans la région. Durant les premières années, les ateliers utilisent directement l’argile rouge locale. Cette matière devient alors l’une des caractéristiques des premières productions.

La Deuxième Guerre mondiale favorise aussi l’essor de Beauce. Les importations européennes et asiatiques deviennent beaucoup plus limitées. Les consommateurs se tournent donc davantage vers les produits fabriqués ici. Beauce profite de ce contexte, prend rapidement de l’expansion et devient un acteur important de la céramique canadienne.

Vers 1948, les ateliers commencent toutefois à délaisser progressivement l’argile rouge. Elle résiste moins bien à certaines cuissons. Ils se tournent alors davantage vers une argile blanche importée des États-Unis.

Au fil des décennies, les créations Beauce se retrouvent partout au Québec, au Canada et même à l’étranger. À partir de 1956, la manufacture utilise davantage le nom « Beauceware ». Cette appellation facilite sa commercialisation sur les marchés anglophones, notamment en Ontario et aux États-Unis.

Une production qui évolue avec son époque

La grande diversité du catalogue constitue l’une des particularités de la Céramique de Beauce. L’entreprise traverse plusieurs décennies et adapte constamment son offre aux tendances du moment. Les réalisations rustiques des années 1940 et 1950 côtoient ensuite des créations résolument modernistes. Ces dernières deviennent particulièrement représentatives des années 1960 et 1970.

Ensemble de cinq tasses avec soucoupes et crémier en Céramique de Beauce, exemple de poteries québécoises et canadiennes au design de Philippe Lambert
Service à café conçu par Philippe Lambert pour la Céramique de Beauce, l’un des principaux designers de la manufacture pendant près d’un demi-siècle.
Ensemble à fondue en Céramique de Beauce illustrant les poteries québécoises et canadiennes populaires dans les foyers des années 1960 et 1970
Ensemble à fondue en Céramique de Beauce comprenant des assiettes compartimentées et des bols à soupe assortis.

Des milliers de créations et des influences variées

Beauce aurait produit plus de 4 000 modèles distincts au fil de son histoire. Cette quantité explique l’immense variété de formes, de styles et d’influences associées à la marque. La maison crée des lampes, des vases, des figurines animales, des jardinières, des ensembles de vaisselle et une foule d’autres objets décoratifs.

Certaines séries modernistes s’inspirent directement du design italien et des céramiques de Vallauris, important centre de céramique artistique en France. Les émaux verts, bruns et noirs coulants deviennent également caractéristiques de plusieurs collections.

Vase décoratif en Céramique de Beauce illustrant la diversité des styles retrouvés parmi les poteries québécoises et canadiennes du XXe siècle
Vase de la Céramique de Beauce à silhouette asymétrique, combinant une base bleu profond et une partie supérieure aux glaçures multicolores.
Cendrier moderniste en Céramique de Beauce représentant les émaux coulants recherchés parmi les poteries québécoises et canadiennes de l’après-guerre
Cendrier de la Céramique de Beauce aux reliefs irréguliers, rehaussé de glaçures turquoise, crème et brunes sur fond noir.

L’entreprise réalise également plusieurs articles promotionnels pour des commerces québécois, notamment des cendriers publicitaires.

Les poteries : bétonnière publicitaire en céramique de Beauce réalisée pour Valleyfield Ready Mix
Bétonnière de la Céramique de Beauce pour Valleyfield Ready Mix, avec lettrage moulé directement sur la cuve.
Les poteries : cendrier publicitaire en Céramique de Beauce illustrant le rôle des poteries québécoises et canadiennes dans les objets promotionnels du milieu du XXe siècle
Cendrier de la Céramique de Beauce aux glaçures vertes, portant le nom de L’Industrielle, compagnie d’assurance-vie.

Malgré cette vaste production, la concurrence étrangère, revenue après la guerre, finit par rattraper Beauce. Elle s’amplifie au fil des décennies. Les importations asiatiques moins coûteuses accentuent cette pression, tandis que les goûts du public évoluent. Après près de cinquante ans d’activité, l’aventure de la Céramique de Beauce prend finalement fin avec sa faillite en 1989.

Les poteries Blue Mountain et leurs célèbres émaux coulants

S’il existe une poterie canadienne facilement reconnaissable, c’est probablement Blue Mountain Pottery. Apparue en Ontario en 1953, la marque se fait rapidement connaître grâce à ses émaux bleus et verts. Ceux-ci sont appliqués sur une argile rouge foncé. Ces couleurs deviennent particulièrement associées aux intérieurs canadiens des années 1960 et 1970.

À l’origine du projet se trouve Jozo Weider, propriétaire de la station de ski Blue Mountain Resort. Il s’associe aux céramistes Dennis Tupy et Mirek Hambalek, originaires de l’ancienne Tchécoslovaquie. Selon le récit généralement rapporté, les trois hommes auraient découvert la qualité de l’argile locale près des pistes. L’atelier permet ensuite de maintenir une activité économique autour du centre touristique durant l’été. Les fondateurs auraient même construit eux-mêmes certains des premiers fours.

La maison utilise une technique appelée drip glaze ou flow glaze. Cet émail est conçu pour couler légèrement durant la cuisson. Sous l’effet de la chaleur, les différentes couches réagissent et descendent sur la surface. Elles produisent ainsi des dégradés, des coulures et des motifs toujours légèrement différents. Deux exemplaires d’un même modèle peuvent donc présenter des variations assez visibles.

Les couleurs qui ont fait la réputation de la marque

En poterie, les couleurs des glaçures proviennent souvent d’oxydes métalliques mélangés aux émaux. Chez Blue Mountain, on utilise surtout le cobalt pour les bleus, le cuivre pour les verts et turquoises, puis le fer et le manganèse pour les bruns et noirs.

Et si le bleu-vert demeure le fini le plus emblématique de l’entreprise, Blue Mountain n’a pas pour autant le monopole de ces couleurs ni des glaçures coulantes. Sans signature ou étiquette, certaines pièces peuvent facilement lui être attribuées à tort. Canuck Pottery, dont nous reparlerons plus loin — et dire que je voulais simplement écrire un billet sur une histoire d’un seul t… —, produit d’ailleurs des créations visuellement très similaires.

Au fil des décennies, Blue Mountain expérimente aussi plusieurs autres palettes, moins étroitement associées à son image. On retrouve du rouge, du brun, du cobalt, du jaune moisson, du blanc, du gris et du moka. Certaines séries adoptent même des finis arc-en-ciel.

Service à thé Blue Mountain Pottery comprenant théière, plateau, crémier et sucrier, exemple de poteries québécoises et canadiennes à émaux bleu-vert coulants
Service à thé Blue Mountain Pottery, dans le classique bleu-vert à émaux coulants.
Cendrier et briquet assorti Blue Mountain Pottery illustrant la diversité des couleurs retrouvées parmi les poteries québécoises et canadiennes du XXe siècle
Cendrier et briquet assorti Blue Mountain Pottery, aux glaçures grises et brunes avec effets de coulures.

Les animaux et autres créations de Blue Mountain Pottery

Durant les années 1960 et 1970, les ateliers produisent une quantité impressionnante d’animaux décoratifs. Le catalogue comprend aussi des lampes, des pots, des vases et de nombreux ornements. À l’époque, plusieurs de ces articles sont offerts comme cadeaux de mariage partout au Canada.

Collection de figurines animales Blue Mountain Pottery
Collection de figurines animales Blue Mountain Pottery réunissant plusieurs formes, tailles et espèces.
Chameau en céramique Blue Mountain Pottery à glaçures bleu-vert
Grande figurine de chameau Blue Mountain Pottery.

Bien que l’âge d’or de Blue Mountain Pottery se situe dans les années 1960 et 1970, la marque demeure active nettement plus longtemps que Beauce. Elle poursuit ses activités jusqu’au début des années 2000, mais le contexte devient progressivement moins favorable. Les importations à bas prix accentuent la concurrence. Et surtout, le bail de l’usine arrive à échéance, sans solution de relève ni acheteur. Après plus d’un demi-siècle d’activité, l’entreprise ferme finalement ses portes le 31 décembre 2004.

Maurice Chalvignac et la céramique sculpturale

Dans le design vintage québécois, Maurice Chalvignac occupe une place bien distincte. Ses créations mêlent formes massives, céramique, bois et émaux texturés. Leur signature visuelle évoque immédiatement les années 1960 et 1970.

Né à Paris en 1927, Chalvignac étudie aux Beaux-Arts avant d’immigrer au Canada en 1957. Il s’installe ensuite à Montréal. À son arrivée, il travaille d’abord dans le domaine de la sculpture religieuse. Il se tourne toutefois rapidement vers la céramique et crée notamment des vases et divers objets décoratifs.

Son atelier prend rapidement de l’ampleur et devient Chalvignac Céramiques Exclusives. Dès 1965, l’entreprise est installée sur l’avenue Racette, à Montréal-Nord. Elle élargit progressivement ses activités et accorde une place grandissante à l’éclairage. Lampes de table, suspensions et abat-jours viennent ainsi enrichir sa palette de créations.

Le petit atelier des débuts devient finalement une véritable manufacture. En 1983, Chalvignac Céramiques Exclusives compte entre 50 et 99 employés.

Des émaux texturés aux couleurs profondes

Chalvignac affectionne particulièrement les bruns, les oranges, les rouges foncés et les noirs profonds. Ces teintes s’accompagnent souvent de glaçures épaisses, de reliefs et d’effets de coulures très prononcés.

Lampe de table Maurice Chalvignac en céramique texturée à glaçures brunes et blanches
Lampe de table Maurice Chalvignac à base organique mouchetée, surmontée d’un abat-jour cylindrique aux lignes sobres.
Suspension Maurice Chalvignac en céramique rouge à nombreuses ouvertures
Suspension Maurice Chalvignac aux nombreuses ouvertures, qui diffusent la lumière et créent une ambiance dans toute la pièce.

Plusieurs de ses créations s’inscrivent dans ce qu’on appelle aujourd’hui le style fat lava. Très présent dans les années 1960 et 1970, il se retrouve autant en Europe qu’en Amérique du Nord. Le terme désigne des émaux fortement texturés, dont l’aspect rappelle parfois une surface volcanique. Je ne m’étendrai toutefois pas davantage sur le sujet aujourd’hui, puisque je compte y revenir dans un futur billet…

Pichet Maurice Chalvignac en céramique à glaçures brunes, orangées et crème
Pichet Maurice Chalvignac à long col courbé, dont les glaçures brunes, orangées et crème rappellent bien sa signature visuelle.
Vase West Germany de style fat lava à glaçures rouges et noires texturées
Vase West Germany — voyons, est-ce que je viens de divulgâcher le sujet du futur billet auquel je viens de faire allusion ? — et non Chalvignac, présenté ici pour illustrer le style fat lava.

Chez Chalvignac, ces glaçures renforcent la présence visuelle des vases, pichets et lampes. Certaines pièces prennent presque l’allure d’éléments d’architecture intérieure plutôt que de simples accessoires.

Les abat-jours d’origine participent aussi pleinement à l’équilibre de ses lampes. Beaucoup disparaissent toutefois ou sont remplacés au fil des décennies.

Chalvignac Céramiques Exclusives demeure active au moins jusqu’en 1989. Mais honnêtement, contre toute attente, les informations ne pullulent pas sur le bonhomme. Je ne trouve même pas de source fiable indiquant s’il est toujours en vie ou, sinon, quand il est décédé. La fin de son parcours, comme celle de son entreprise, reste donc plutôt mystérieuse.

Les poteries Laurentian : une histoire bien de chez nous

Parmi toutes les poteries présentées dans cet article, Laurentian Pottery est celle qui possède le lien le plus direct avec notre région. Laurentian, comme dans Laurentides. Comme dans Encans des Laurentides. Parce que oui, cette entreprise voit elle aussi le jour ici même, à Saint-Jérôme, à quelques minutes de notre local.

Fondée en 1939 par les céramistes tchèques Victor Kominik et Irene Kominik, Laurentian demeure active pendant plus de six décennies.

À ses débuts, les installations se trouvent au coin des rues Chartrand et Saint-Jovite. Malgré son implantation dans les Laurentides, la marque utilise principalement le nom anglais « Laurentian Pottery ». Ce choix vise à faciliter sa commercialisation ailleurs au Canada et sur les marchés anglophones nord-américains. Une telle pratique demeure assez courante au Québec avant l’adoption de la loi 101.

À cette époque, Saint-Jérôme compte encore plusieurs manufactures importantes. Laurentian s’inscrit donc dans une période où de nombreux objets décoratifs présents dans les maisons québécoises proviennent d’ateliers locaux. En pleine croissance, la société déménage d’ailleurs dans le parc industriel de la ville au début des années 1980.

L’influence du modernisme et du design scandinave

La production comprend surtout des articles décoratifs et utilitaires typiques des foyers canadiens des années 1960. On retrouve notamment des vases, des ensembles à fondue, des bols et des services à café. S’y ajoute une variété d’objets colorés destinés au décor intérieur.

Contrairement à Beauce, qui varie énormément dans ses styles et ses formes, Laurentian Pottery mise davantage sur les glaçures et les palettes de couleurs. Les silhouettes demeurent généralement plus simples et épurées. Les finis occupent plutôt une place centrale dans l’identité visuelle de la marque.

Service à café Laurentian Pottery turquoise comprenant cafetière, tasses, crémier et sucrier
Service à café Laurentian Pottery turquoise, comprenant cafetière, tasses, crémier et sucrier assortis.
Ensemble Laurentian Pottery beige et brun comprenant service à café, vaisselle et pièces pour fondue
Ensemble Laurentian Pottery dans les tons beige et brun, réunissant service à café, vaisselle et pièces pour fondue.

Laurentian s’inspire fortement des tendances modernistes et du design scandinave. Ces courants marquent largement les intérieurs des années 1960 et 1970. Certaines réalisations adoptent des teintes typiques de cette période : verts avocado, oranges brûlés, jaunes moutarde et différents tons terreux.

L’histoire connaît toutefois un sérieux coup d’arrêt en 1985, lorsque Laurentian fait faillite. La concurrence étrangère semble alors peser lourd dans la balance. Deux ans plus tard, la production reprend sous le nom de La Poterie Laurentienne inc. Elle se poursuit encore pendant près de vingt ans, avant de cesser définitivement vers 2005.

Même après sa fermeture, la présence de Laurentian demeure visible dans la toponymie locale. La rue de la Poterie rappelle encore aujourd’hui cette longue présence industrielle à Saint-Jérôme.

Les poteries Canuck et l’héritage acadien

Si Beauce évoque immédiatement le Québec et Blue Mountain l’Ontario, Canuck Pottery se distingue par son lien étroit avec l’histoire acadienne.

Fondée en 1938 à Saint John, au Nouveau-Brunswick, Canuck Pottery naît sous l’impulsion des frères Percy et Alphonse Foley. Leur père, Fenwick Foley, appartient lui-même à une famille de potiers active dans la région depuis la fin du XIXe siècle. L’entreprise s’inscrit ainsi dans une tradition familiale de fabrication de céramique déjà vieille de plusieurs décennies.

Parmi les différentes gammes commercialisées par Canuck, Evangeline Ware devient de loin la plus connue. Son nom vient du célèbre poème Evangeline, publié en 1847 par Henry Wadsworth Longfellow. Inspirée par la Déportation des Acadiens, cette œuvre contribue largement à faire connaître leur histoire partout en Amérique du Nord.

Au fil des années, Canuck développe un vaste catalogue destiné autant aux foyers qu’au marché touristique. On y retrouve des vases, des bols, des pichets, de la vaisselle, des cendriers et de nombreux objets décoratifs. Plusieurs sont vendus comme souvenirs ou comme cadeaux, particulièrement dans les provinces maritimes.

Jarre couverte Evangeline Ware de Canuck Pottery à glaçures beige, crème et brune
Jarre couverte Evangeline Ware à forme côtelée, avec glaçures beige, crème et brune et couvercle assorti.
Plat en forme de poisson Evangeline Ware de Canuck Pottery aux glaçures brun foncé et turquoise
Plat en forme de poisson Evangeline Ware aux glaçures brun foncé et turquoise, un clin d’œil au patrimoine côtier des Maritimes.

L’arrivée de Canuck dans les Laurentides

En 1963, un incendie détruit l’usine de Saint John et provoque un tournant majeur. L’année suivante, Percy et Alphonse Foley transfèrent une grande partie des activités à Labelle, dans les Laurentides. Oui, oui, encore près d’ici ! Leur père, Fenwick Foley, demeure au Nouveau-Brunswick. Il poursuit la fabrication à plus petite échelle et commercialise notamment des pièces sous le nom Beachcomber Ware.

Le déménagement semble d’ailleurs réussir à Canuck. En 1975, l’usine de Labelle emploie 56 personnes et prévoit encore agrandir son équipe. Son volume de ventes est alors deux fois supérieur à celui enregistré à son arrivée dans la Belle Province.

Canuck s’adapte elle aussi aux goûts du milieu du XXe siècle. Les finis brun moka, rouges profonds, verts, bleus et gris texturés occupent une place importante dans son catalogue. Et, comme je le mentionnais plus haut, certaines glaçures coulantes ressemblent à s’y méprendre à celles de Blue Mountain Pottery.

Vers la fin des années 1970, le parcours de Canuck devient toutefois plus difficile à retracer. Comme pour Chalvignac, les sources disponibles deviennent étonnamment floues. Il faudrait peut-être que les auteurs qui traitent du sujet passent un peu moins de temps à donner des leçons de français et un peu plus à documenter les fins d’entreprises… Mais bref, permettez-moi d’utiliser le conditionnel pour conclure cette section. Un rachat aurait eu lieu en 1979, puis la production se serait poursuivie sous le nom de Poterie Évangeline. Cette dernière aurait toutefois fermé vers 1985.

Les poteries Medalta et les débuts de la production utilitaire canadienne

Lorsqu’on remonte plus loin dans l’histoire de la céramique canadienne, impossible de ne pas mentionner Medalta.

Située à Medicine Hat, en Alberta, l’entreprise fabrique principalement des articles utilitaires dès le début du XXe siècle. On parle ici de pots à fèves, de cruches, de crocks — de grandes jarres de grès utilisées pour conserver les aliments — ainsi que de tinettes — les récipients placés sous les chaises d’aisance avant l’arrivée de la plomberie moderne dans les maisons, à une époque où les toilettes à chasse d’eau ne sont pas encore la norme.

L’esthétique des réalisations de cette manufacture est beaucoup plus sobre que celle des créations modernistes qui apparaissent plusieurs décennies plus tard. Les grands contenants de conservation et les glaçures plus rudimentaires témoignent d’une période où la durabilité prime largement sur l’aspect décoratif.

Certaines pièces portent également des inscriptions publicitaires ou le nom de commerces locaux. Une partie de la fabrication sert en effet directement les besoins de magasins, de producteurs alimentaires et d’autres entreprises. Ces marquages permettent aujourd’hui de retracer une partie de l’histoire commerciale de leur région d’origine.

Jarre de conservation Medalta de 5 gallons impériaux en grès émaillé
Jarre de conservation Medalta de 5 gallons impériaux, en grès émaillé, conçue pour entreposer et préserver différents aliments.
Jarre décorative Medalta en céramique bleue à motifs floraux peints à la main
Certaines productions plus tardives se distinguent par leurs motifs peints à la main après cuisson, témoignant de l’évolution de la manufacture vers des pièces toujours utilitaires, mais désormais aussi décoratives.

Pourquoi Medicine Hat devient un centre de production majeur

L’emplacement de l’entreprise n’a rien d’un hasard. Medicine Hat dispose d’importants gisements d’argile ainsi que d’un accès naturel au gaz, deux ressources qui facilitent grandement l’alimentation des fours industriels. Medalta ne constitue toutefois qu’un élément d’un vaste réseau manufacturier développé dans la région. Au fil du temps, Medicine Hat devient l’un des principaux centres de production de céramique au Canada.

Medalta Potteries demeure en activité jusqu’en 1954, année où l’entreprise fait faillite. L’héritage de cette industrie ne disparaît toutefois pas pour autant. D’autres fabricants poursuivent leurs activités dans la région pendant plusieurs décennies et l’ancien complexe industriel est aujourd’hui préservé au sein du Historic Clay District de Medicine Hat.

Quand Beauce a surpris l’Alberta

Lorsque j’ai suivi ma formation d’encanteur, justement en Alberta, nous utilisions différents objets afin de nous pratiquer à les vendre entre étudiants, chacun notre tour. Parmi ces articles se trouvaient quelques poteries de Beauce. Rick, notre formateur, avait immédiatement attiré l’attention sur ces pièces en précisant à la blague qu’elles provenaient de « chez le Frenchie », tout en me désignant devant le groupe.

Quelques jours plus tard, nous avons organisé un encan crié afin de pratiquer notre chanting devant un public. Parmi les lots proposés se trouvaient justement ces mêmes poteries de Beauce.

Avant le début de l’encan, durant la période d’inspection, j’ai passé un bon moment à discuter avec les visiteurs, avec mon gros accent québécois, des différences entre les traditions céramiques du Québec et celles de l’Alberta. Rick en rajoutait lui aussi avec un léger chauvinisme envers Medalta et les productions albertaines.

En soirée, lorsque les poteries de Beauce sont passées sous le marteau, nous avons eu droit à une véritable bataille d’enchères. Le lendemain, pendant une discussion de groupe où nous revenions sur l’expérience de la veille, Rick nous a confié qu’il n’avait jamais vu des poteries de Beauce se vendre aussi cher dans ses encans. Et il comptait alors près de soixante ans d’expérience dans le métier !

Les signatures et les marques sous les poteries

On peut en apprendre beaucoup simplement en regardant sous une pièce. Certaines compagnies intègrent leurs marques directement dans la céramique, tandis que d’autres privilégient les autocollants, les estampes ou les signatures peintes à la main. Avec les années, plusieurs autocollants disparaissent malheureusement, ce qui complique parfois le travail d’identification.

Blue Mountain Pottery emploie par exemple différentes variantes du marquage « BMP Canada ». Plusieurs créations de Beauce présentent plutôt des inscriptions comme « Beauceware Canada », souvent accompagnées d’un numéro de modèle. Laurentian Pottery utilise quant à elle diverses signatures « LP » ainsi que différentes références au Canada ou au Québec.

Du côté de Canuck Pottery, les mentions d’origine varient selon les périodes de production. On retrouve ainsi des exemplaires marqués « Made in Labelle, Quebec » ou « Labelle, QC ». D’autres portent plutôt des indications associées au Nouveau-Brunswick.

Les productions plus anciennes de Medalta présentent aussi une grande variété de marques. Certaines s’accompagnent du nom de commerces, de producteurs alimentaires ou d’entreprises pour lesquels les contenants sont fabriqués.

Une même entreprise adopte parfois plusieurs logos, signatures ou formats d’inscription au cours de son histoire. Ces variations permettent souvent d’estimer l’âge approximatif d’une poterie ou de la rattacher à une période de fabrication particulière.

Exemples de signatures et de marquages

  • Inscription « Beauce » moulée dans la céramique
  • Marquage « Beauce 342 Canada » visible sous une pièce de céramique verte
  • Gros plan sur une inscription Beauceware visible sous une pièce de céramique
  • Marquage BMP Canada visible sous deux pièces de Blue Mountain Pottery
  • Étiquette d’origine Blue Mountain Pottery encore présente sous une pièce de céramique
  • Marquage stylisé BMP Canada moulé sous une pièce de Blue Mountain Pottery
  • Étiquette Chalvignac intacte sous une pièce de céramique
  • Marquage Laurentian Pottery Canada moulé sous une assiette en céramique
  • Marquage triangulaire et mention Canada sous une pièce de Laurentian Pottery
  • Signature Evangeline Canada moulée sous une pièce de céramique
  • Evangeline
  • Canuck
  • Medalta

Une dernière petite chose

Maintenant, vous connaissez un peu mieux Beauce, Blue Mountain, Chalvignac, Laurentian, Canuck et Medalta. Et surtout, vous avez retenu qu’en français, « poterie » s’écrit toujours avec un seul t. Ah, et saviez-vous que le mot « vintage » est invariable ? On dit donc « des poteries vintage » et non « des poteries vintages ».

Là-dessus, j’ai pris du retard sur ma séance photo. J’y retourne.

Les encans caritatifs : une façon concrète d’aider une cause

Aujourd’hui, petite pause dans les blogues consacrés aux objets. J’ai envie de vous parler d’encans caritatifs. C’est un type de projet que nous aimerions développer à l’avenir.

L’idée de ce billet m’est venue après un appel récent. Au bout du fil, une dame se présente et m’explique qu’elle travaille pour un organisme voué à une cause importante. Elle m’en décrit la mission, me présente quelques statistiques, puis m’amène vers une question fermée du genre : « Vous reconnaissez que c’est triste ? »

Je reconnais surtout la technique de vente. Dans une autre vie, j’ai été formateur en centres d’appels. Les scripts, le funneling et les questions qui orientent la conversation vers un « oui », je connais bien.

Entendons-nous : s’il s’était agi d’un appel de télémarketing ou d’un sondage, la conversation aurait été beaucoup plus courte. J’y aurais poliment mis fin dès les premières secondes. Par respect pour mon temps, mais aussi pour celui de la personne qui me sollicite.

Mais dans ce cas-ci, la cause étant noble, j’ai laissé la dame poursuivre son explication.

Après quelques minutes, elle me dévoile le véritable but de son appel : une campagne de financement avec des tirages, de gros prix et des billets à plusieurs centaines de dollars.

Puis, encore avec la technique de la question fermée, elle me lance :

« Je peux donc compter sur vous pour vendre plusieurs billets ? »

Je lui ai répondu du tac au tac : « Non. »

Et j’ai immédiatement ajouté ce que je propose chaque fois dans ce genre de situation :

« Mais je pourrais peut-être vous aider autrement. Je travaille dans le domaine des encans, et nous en organisons chaque semaine. Si vous recevez des dons d’objets, d’œuvres ou de quoi que ce soit qui peut être mis aux enchères, nous pourrions les vendre au plus offrant au profit de votre cause. »

Une précision importante

Je souris ici des techniques de vente utilisées dans cette anecdote, mais je ne veux absolument pas banaliser l’enjeu. J’ai même choisi de ne pas nommer l’organisme ici, afin de ne pas heurter inutilement certaines sensibilités. La dame aurait certes pu bénéficier d’un peu de coaching, mais son travail et celui de l’organisme qu’elle représente demeurent sérieux, difficiles et essentiels.

Comment les encans caritatifs peuvent soutenir une cause

Le principe des encans caritatifs est assez simple. Des entreprises, des artistes, des commerçants ou des particuliers donnent des biens ou des services à un organisme. Celui-ci cherche à amasser des fonds pour une cause, un projet ou une campagne. Les lots peuvent ensuite nous être confiés pour être vendus aux enchères.

Les raisons d’organiser ce type de vente varient énormément. On peut soutenir la recherche sur une maladie ou aider directement les personnes qui en souffrent. Les fonds peuvent aussi appuyer une fondation, une famille, une école ou un organisme communautaire. Ils peuvent financer un projet sportif, culturel, humanitaire ou environnemental. Certaines campagnes viennent aussi en aide aux animaux. Bref, il existe presque autant de raisons d’organiser un encan caritatif que de causes à soutenir.

Les dons peuvent prendre toutes sortes de formes. On peut retrouver des œuvres d’art, des antiquités, des objets de collection ou des produits neufs. Les paniers-cadeaux, bijoux, vêtements, articles de sport et produits gastronomiques trouvent aussi leur place.

Les entreprises locales peuvent offrir des certificats-cadeaux, des repas, des nuitées, des soins ou différents services. On peut aussi proposer des billets de spectacle ou d’événements sportifs, ainsi que des activités familiales. Les expériences fonctionnent également très bien : excursions, cours, visites privées ou rencontres particulières.

Pour plusieurs commerçants, cette approche semble plus concrète qu’une simple demande de contribution financière. Elle permet de soutenir une cause tout en gagnant un peu de visibilité au passage. L’organisme, lui, reçoit les fonds une fois l’encan terminé, tandis que l’acheteur repart avec quelque chose en échange de sa contribution. Au final, tout le monde y gagne.

Pourquoi les encans caritatifs fonctionnent mieux en ligne

Aujourd’hui, les encans en ligne permettent à ce type d’initiative d’aller chercher beaucoup plus de visibilité qu’auparavant.

Au lieu de dépendre uniquement des personnes présentes dans une salle ou lors d’un événement précis, les enchérisseurs peuvent participer de partout. Les organismes peuvent partager les lots sur leurs réseaux sociaux pendant plusieurs jours, présenter leur cause et mobiliser leur communauté bien au-delà d’une seule soirée.

On remarque aussi quelque chose d’intéressant avec ce type d’encan : les enchérisseurs ne proviennent pas toujours de notre clientèle habituelle. Très souvent, des proches de la cause, des amis, des collègues ou des abonnés des organismes découvrent l’encan simplement parce qu’un lien a circulé sur Facebook.

Les batailles d’enchères deviennent alors parfois étonnamment intenses. Disons simplement qu’un proche déterminé à soutenir une bonne cause peut s’avérer très difficile à battre.

Bien organisés et bien partagés sur les réseaux sociaux, les encans caritatifs peuvent aussi rejoindre des gens qui n’auraient probablement jamais entendu parler de la cause autrement.

Le format en ligne permet aussi d’inclure de bonnes photos, mais surtout une description plus complète de la cause soutenue. On peut y expliquer qui profite de la vente, pourquoi les fonds sont amassés et ce qu’ils permettront d’accomplir. Dans un encan caritatif, ce contexte peut avoir autant d’impact que le lot lui-même, voire davantage.

Un exemple récent : La Grande Traversée SLA

Cette année, nous avons eu la chance de participer à une initiative particulièrement touchante : La Grande Traversée SLA.

Le projet était porté par Yannik Richard, ambassadeur pour SLA Québec. Âgé de 50 ans, marié et père de trois enfants, Yannik vit avec la sclérose latérale amyotrophique (SLA) depuis environ deux ans. Plutôt que de se laisser définir par la maladie, il a choisi d’en faire un moteur pour mobiliser les gens autour de lui et sensibiliser la population à cette réalité encore méconnue.

C’est ainsi qu’il a entrepris un impressionnant périple de 4 500 kilomètres à travers le Canada, en fauteuil roulant motorisé, reliant l’Ouest du pays au Québec afin de soutenir la recherche et de faire rayonner la cause. Un projet profondément humain, à la fois physique et symbolique, qui a rapidement réussi à toucher des gens et à mobiliser des communautés un peu partout sur son passage.

Dans le cadre de cette levée de fonds, l’artiste québécois Confetti (Mathieu Robert) a offert une œuvre intitulée Le Gardien de l’Âme à La Grande Traversée SLA, et nous avons reçu le mandat de la vendre dans l’un de nos encans au profit de la cause.

Lot vendu au profit de La Grande Traversée SLA dans un encan en ligne d’Encans des Laurentides
Le Gardien de l’Âme, œuvre de Confetti offerte au profit de La Grande Traversée SLA.

Sur le site de l’artiste, l’œuvre était affichée à 900 $. Dans le cadre d’un encan régulier, elle se serait probablement vendue pour une fraction de ce montant, puisque les œuvres contemporaines et les produits neufs atteignent rarement leur pleine valeur marchande en encan. Mais dans ce contexte bien particulier, portée autant par l’histoire de Yannik que par le désir des enchérisseurs de contribuer à la cause, nous l’avons finalement adjugée pour 1 275 $.

Une formule qu’on aimerait développer davantage

Comme je le disais d’entrée de jeu, c’est un type de projet que nous aimerions développer davantage. Les encans caritatifs nous touchent particulièrement par leur capacité à rassembler des gens autour d’enjeux concrets et humains. Ils rejoignent aussi plusieurs valeurs qui nous tiennent à cœur, notamment la solidarité, l’entraide et l’implication dans notre communauté.

La formule peut s’adapter selon les besoins. Lorsqu’un organisme reçoit beaucoup de dons, nous pouvons organiser un encan entièrement consacré à sa cause. S’il n’y a que quelques lots, ils peuvent plutôt être intégrés à un encan régulier. Nous les plaçons alors en début de catalogue afin de leur donner davantage de visibilité.

Nous offrons également des taux préférentiels pour ce type d’initiative afin de réduire les frais et de laisser une plus grande part des sommes amassées à la cause.

Au final, les encans permettent de transformer ce qui est mis en vente en sommes bien concrètes. Dans un contexte caritatif, ils peuvent toutefois accomplir davantage. Une œuvre, un produit, un service ou une expérience peut alors devenir un véritable moteur de solidarité.

Si vous représentez un organisme, une fondation ou un événement-bénéfice, voyez ce billet comme une main tendue. Vous pensez qu’un encan pourrait aider votre cause ? N’hésitez pas à nous contacter.

Et si vous connaissez quelqu’un pour qui ce service pourrait être utile, un simple partage peut parfois faire toute la différence.

Les objets religieux : un marché plus actif qu’on pense

À nos débuts, les objets religieux se vendaient généralement à des prix modestes. Puis, des acheteurs spécialisés ont commencé à suivre nos encans précisément pour ce créneau. Les résultats ont grimpé, les vendeurs l’ont remarqué et davantage de pièces nous ont été confiées. Cette offre grandissante a, à son tour, attiré de nouveaux passionnés de la Passion.


Aujourd’hui, chapelets et crucifix figurent régulièrement parmi les lots qui dépassent le plus les attentes des consignateurs. Les fidèles de notre messe du dimanche soir répondent presque toujours présents. Avec la fermeture douce, il arrive même que pratiquement tout l’encan soit terminé pendant qu’un ou deux lots religieux continuent encore de susciter les surenchères.

Évidemment, je n’ai ni la prétention ni l’expertise de couvrir en profondeur un sujet aussi vaste. Les accessoires de piété accompagnent l’histoire du christianisme depuis des siècles et touchent à l’art, aux traditions populaires, aux pratiques religieuses et à la vie quotidienne.

Dans ce blogue, je vous propose plutôt un survol de certains objets religieux que nous voyons régulièrement passer dans nos encans, accompagné de faits historiques, d’anecdotes et d’explications sur cette catégorie aussi riche que fascinante.

Lot religieux varié avec chapelets, crucifix, médailles et objets de piété vintage
Lot varié comprenant chapelets, crucifix, médailles et objets religieux, vendu 260 $.
Chapelets anciens et médailles religieuses de collection
Ensemble de chapelets et médailles religieuses, vendu 200 $.

La place de la religion au Québec

Pendant une très grande partie de son histoire, le Québec vit au rythme de la religion catholique. Jusqu’au milieu du XXe siècle, l’Église occupe une place immense dans la société et influence autant les familles que l’éducation, les hôpitaux et plusieurs aspects de la vie quotidienne.

Cette présence se reflète directement dans les maisons et les institutions. On retrouve des crucifix dans les pièces principales, des statues dans les salons, des chapelets dans les tiroirs, des images pieuses dans les livres de prières ainsi qu’une grande variété d’articles de dévotion dans les écoles, les couvents et les presbytères.

Le déclin de la pratique catholique

Puis, à partir des années 1960, avec la Révolution tranquille, la religion perd progressivement du terrain. Les habitudes changent et plusieurs objets religieux quittent graduellement les foyers. Mais j’insiste sur le graduellement. Quand j’étais jeune, dans les années 1980-1990, mes grands-parents avaient encore des sculptures du Sacré-Cœur et des rameaux bénits accrochés ici et là dans leur maison, comme bien des familles à l’époque. Et beaucoup plus tard, même certains symboles religieux présents dans les institutions publiques, comme le fameux crucifix de l’Assemblée nationale, finissent eux aussi par disparaître.

De nos jours, plusieurs personnes redécouvrent ce type d’objets dans des coffres oubliés ou des tiroirs qui n’avaient pas été ouverts depuis des décennies.

Le phénomène dépasse largement le Québec, mais la place qu’a longtemps occupée l’Église ici nous a laissé un patrimoine religieux particulièrement riche et varié. Cet héritage comprend notamment des chapelets, des rosaires, des crucifix, des reliques, des médailles, des bénitiers, des objets liturgiques ainsi que du mobilier et divers accessoires provenant d’églises ou de communautés religieuses.

Chapelets et rosaires : une distinction souvent mélangée

Dans le langage populaire, le mot « chapelet » est couramment utilisé pour désigner à peu près tout objet religieux composé de grains et destiné à la prière. Pourtant, techniquement, le chapelet et le rosaire ne représentent pas exactement la même chose.

Le chapelet désigne à la fois l’objet lui-même et une série de prières composée de cinq groupes de dix « Je vous salue Marie », séparés par des grains plus gros associés au « Notre Père ».

Le rosaire et les différents mystères

C’est ici que ça se corse. Le rosaire, lui, représente le fait d’égrener l’équivalent de trois chapelets, mais en s’adonnant simultanément à des méditations appelées « mystères », chacune associée à un épisode important de la vie du Christ et de la Vierge Marie. Chaque dizaine de grains correspond à un mystère précis. Mystères joyeux pour le premier chapelet (l’Annonciation, la Visitation, la Nativité…), mystères douloureux pour le second (l’agonie au jardin, la flagellation, la crucifixion…) et mystères glorieux pour le dernier (la résurrection, l’ascension, le couronnement de Marie…).

Et comme si ce n’était pas assez complexe, au début des années 2000, le pape Jean-Paul II a ajouté un quatrième groupe de mystères au rosaire : les mystères lumineux (le baptême du Christ, les noces de Cana, la transfiguration…), faisant ainsi passer le rosaire moderne de quinze à vingt dizaines de prières.

La majorité des fidèles utilisent simplement un chapelet standard de cinq dizaines et le parcourent plusieurs fois pour compléter un rosaire entier. Il existe aussi des modèles beaucoup plus longs, composés de quinze ou vingt dizaines de grains, conçus spécifiquement pour cette pratique et justement appelés « rosaires ».

Différence entre un chapelet et un rosaire catholique ancien
En haut, un chapelet, composé de 5 séries de 10 grains. En bas, un rosaire, comprenant 15 séries de 10 grains.

Les origines du chapelet et du rosaire

Les mots eux-mêmes nous ramènent directement au Moyen Âge. « Chapelet » est attesté vers 1200 au sens de « couronne de fleurs », puis prend un sens religieux à la fin du XIVe siècle. Il dérive de l’ancien français chapel, qui désignait notamment une couronne portée sur la tête. « Rosaire » apparaît plus tard, au XVe siècle. Il vient du latin ecclésiastique rosarium, associé à une guirlande de roses offerte symboliquement à la Vierge Marie.

L’usage de grains pour compter les prières est toutefois encore plus ancien. Dès les XIe et XIIe siècles, on trouve des témoignages de cordons, de pierres ou de grains servant à suivre de longues séries de prières. À cette époque, les religieux récitent traditionnellement les 150 psaumes. Ceux qui ne savent pas lire les remplacent parfois par des séries de prières répétées, comptées à l’aide de ces repères.

Au fil du temps, ces prières deviennent 150 récitations du « Je vous salue Marie », organisées en dizaines. Les méditations sur les différents mystères s’ajoutent ensuite et la structure du rosaire se fixe surtout vers la fin du XVe siècle. Dès le XVIe siècle, cette dévotion occupe une place importante dans le monde catholique.

Du simple grain de bois aux matériaux précieux

Un chapelet peut prendre des formes très différentes sans que sa fonction change. Les modèles les plus simples utilisent du bois, des graines, de l’os ou du verre. D’autres emploient la nacre, l’ambre, le corail, le cristal, des pierres semi-précieuses ou même des métaux précieux. Les grains peuvent être montés sur des cordons, des fils ou des chaînettes métalliques, puis complétés par une médaille centrale et un crucifix plus ou moins travaillé.

Le choix du matériau peut aussi raconter quelque chose de l’origine de l’objet. Des chapelets provenant de Terre sainte utilisent par exemple le bois d’olivier ou la nacre, deux matériaux longtemps associés à l’artisanat religieux de Bethléem. Certains deviennent ainsi autant des souvenirs de pèlerinage que des objets de dévotion.

Trois chapelets catholiques anciens de différentes couleurs
Trois anciens chapelets catholiques avec grains noirs, blancs et translucides, vendus 150 $.
Chapelet ancien plaqué or avec grains bruns facettés
Ancien chapelet plaqué or, avec grains bruns facettés, vendu 160 $.

Et au Québec, le chapelet finit même par se retrouver… sur la corde à linge. Cette vieille coutume, attestée au moins depuis l’entre-deux-guerres, consiste à suspendre un chapelet la veille d’un mariage afin d’obtenir du beau temps le lendemain. Avec les années, la pratique dépasse largement les noces et devient une référence encore bien connue aujourd’hui lorsqu’on espère tenir la pluie à distance.

Les médailles religieuses : entre dévotion et protection

Pendant longtemps, plusieurs catholiques portent quotidiennement des médailles religieuses autour du cou ou les conservent dans leur portefeuille, leur voiture, leur sac à main ou près du lit.

Les ancêtres des médailles religieuses modernes prennent forme au Moyen Âge, particulièrement autour des grands pèlerinages chrétiens. Les pèlerins rapportent alors de petites enseignes ou médailles fabriquées en métal, parfois cousues directement sur les vêtements ou les sacs afin de témoigner de leur voyage spirituel. Certaines sont aussi perçues comme des objets de protection, une tradition qui demeure très présente pendant plusieurs siècles.

Les saints protecteurs et le Frère André

Une médaille est souvent choisie en fonction d’un saint protecteur précis. Saint Christophe, par exemple, est extrêmement populaire auprès des voyageurs et des automobilistes. Saint Benoît est plutôt associé à la protection contre le mal. La Vierge Marie, sainte Anne et saint Joseph sont également fréquemment représentés, tout comme plusieurs saints invoqués pour la santé, le travail, les voyages ou les épreuves de la vie.

Dans le patrimoine religieux québécois, le Frère André occupe une place importante. Figure marquante du catholicisme au Québec, il est reconnu pour sa grande dévotion à saint Joseph ainsi que pour les nombreux témoignages de guérisons qui lui sont associés. Après son décès en 1937, de nombreux objets religieux à son effigie sont produits et conservés dans les familles, particulièrement autour de l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal.

Lot de médailles religieuses catholiques anciennes et pendentifs de dévotion
Lot de médailles religieuses catholiques, de pendentifs de dévotion et de petites pièces pieuses de différentes époques et matériaux.
Médaille religieuse du frère André avec dé miniature
Médaille religieuse représentant le frère André.

Des usages et des formes très variés

Certaines médailles sont remises lors d’événements religieux importants comme les baptêmes, les premières communions, les confirmations ou les pèlerinages. D’autres sont simplement achetées par dévotion personnelle. Avec le temps, plusieurs se retrouvent attachées à des chapelets, intégrées à des reliquaires ou conservées dans des boîtes à bijoux familiales.

Les matériaux varient énormément. On retrouve des exemplaires en aluminium, en bronze, en cuivre, en argent ou plaqués or, parfois ornés d’émail ou de gravures très fines. Leur forme peut être ronde, ovale ou plus élaborée, avec des symboles, des motifs ou des détails émaillés.

Les inscriptions et les images permettent parfois d’en apprendre davantage sur leur origine. Certaines commémorent un pèlerinage, un sanctuaire, une apparition mariale, un jubilé ou un événement particulier. D’autres portent simplement une invocation ou le nom du personnage représenté. Ces éléments peuvent ainsi aider à situer une médaille dans son contexte religieux et historique.

Les crucifix et les ensembles pour derniers sacrements

Pendant les premiers siècles du christianisme, les chrétiens représentent rarement Jésus sur la croix. La crucifixion reste alors une image violente et humiliante, directement associée aux exécutions romaines. Les premières communautés privilégient donc d’autres symboles, comme le poisson, le berger ou le chrisme. Ce dernier prend la forme des lettres grecques Χ et Ρ superposées, les deux premières lettres du mot Christos, « Christ » en grec.

Les premières représentations conservées du Christ crucifié apparaissent au début du Ve siècle. Jésus y est alors souvent représenté les yeux ouverts, le corps droit et sans expression marquée de douleur. Cette figure du Christ, appelée corpus lorsqu’elle est fixée à une croix, insiste davantage sur son triomphe que sur son supplice.

À partir du Moyen Âge, le corpus change profondément. Dans l’art occidental, les artistes insistent davantage sur la souffrance du Christ. Dès les XIIe et XIIIe siècles, les blessures deviennent plus visibles, le corps s’affaisse et la tête s’incline. La couronne d’épines gagne aussi en importance et devient parfois beaucoup plus imposante.

Entre le XVIIe et le XXe siècle, les crucifix deviennent finalement très présents dans les foyers catholiques européens et québécois.

Des crucifix de toutes sortes

Les crucifix domestiques prennent une multitude de formes. On en fabrique en bois, en fonte, en bronze, en laiton, en régule, en ivoire, en nacre ou en plâtre. Certains associent aussi plusieurs matériaux ou présentent des détails peints, gravés ou incrustés.

L’ivoire se prête particulièrement bien à la sculpture fine. Sa texture permet de rendre les traits, les cheveux, les blessures et les plis du vêtement avec précision. Des exemplaires médiévaux et plus tardifs témoignent de cette tradition.

D’autres crucifix reflètent davantage leur lieu de fabrication. On retrouve notamment des croix ornées de nacre provenant de Terre sainte. Les micromosaïques deviennent aussi caractéristiques de plusieurs souvenirs religieux fabriqués à Rome au XIXe siècle.

Ensemble de crucifix catholiques anciens en bois et métal
Ensemble de crucifix catholiques en bois et métal, de styles et formats variés, vendu 200 $.
Crucifix ancien en fine mosaïque colorée
Crucifix orné de micromosaïque colorée, vendu 170 $.

Des détails qui aident à situer un crucifix

Le nombre de clous constitue un premier indice. Les modèles anciens montrent souvent chaque pied fixé séparément, pour un total de quatre clous. En Occident, la représentation à trois clous se répand dès le XIIe siècle. Les pieds se superposent alors et partagent le même clou.

L’ordre des pieds ne fournit toutefois pas une règle de datation universelle. Dans certains modèles précis, il peut plutôt révéler une tradition artistique. Un type inspiré de Michel-Ange, diffusé notamment en Espagne, montre quatre clous et la cheville gauche placée sur la droite. Cette formule influence ensuite certains sculpteurs espagnols.

Le périzonium, soit le linge porté autour de la taille, offre d’autres repères. Sa longueur, ses plis et la position du nœud varient selon les styles. Ces caractéristiques peuvent parfois rapprocher une sculpture d’un atelier ou d’un courant artistique.

Enfin, l’inscription placée au-dessus de la tête peut elle aussi apporter du contexte. Les lettres INRI abrègent la formule latine Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum, soit « Jésus de Nazareth, roi des Juifs ». Selon l’Évangile de Jean, Ponce Pilate fait placer cette inscription sur la croix, en hébreu, en latin et en grec.

Sa présence n’est toutefois pas systématique sur les crucifix. Son traitement varie aussi selon les époques et les traditions artistiques. Au Moyen Âge, on rencontre différentes abréviations et formulations. À la Renaissance, la forme latine INRI devient particulièrement courante, alors que certaines œuvres reprennent le texte dans les trois langues. La forme de cette inscription peut donc apporter un élément supplémentaire pour situer une pièce, sans suffire à elle seule pour la dater.

Les crucifix de derniers sacrements

On retrouve aussi les crucifix pour les derniers sacrements, parfois appelés « sick call crucifixes » ou « crucifix viatiques ». Ils s’ouvrent pour révéler un compartiment contenant généralement deux chandelles et une fiole d’eau bénite. Le crucifix se fixe ensuite sur sa base et forme un petit autel temporaire près du lit.

Ces modèles apparaissent surtout au XIXe siècle. Ils se répandent largement entre la fin du XIXe et le milieu du XXe siècle. À cette époque, une grande partie des soins et des rites religieux se déroule encore à domicile.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ces crucifix n’appartiennent généralement pas au prêtre. Celui-ci possède plutôt son propre nécessaire transportable. Les crucifix de derniers sacrements restent habituellement dans les foyers catholiques. Dans plusieurs familles québécoises, ils font partie des objets religieux conservés à la maison.

Lorsque le prêtre est appelé auprès d’une personne mourante, la famille peut déjà préparer le crucifix, les chandelles et l’eau bénite. Cela permet d’aménager rapidement l’espace nécessaire pour recevoir les derniers sacrements.

Crucifix de derniers sacrements fermé en bois avec corpus et ornements religieux
Crucifix de derniers sacrements refermé. L’inscription INRI apparaît au-dessus du corpus, tandis que les stations du chemin de croix, dont nous reparlerons plus loin, ornent la croix.
Crucifix de derniers sacrements ouvert avec compartiment pour chandelles et eau bénite
Le même crucifix ouvert, révélant le compartiment intérieur servant à ranger ses chandelles et son flacon d’eau bénite.

Les reliques : probablement les objets qui intriguent le plus

Peu d’objets religieux éveillent autant la curiosité du grand public que les reliques. Même sans intérêt particulier pour la collection, leur nature suscite souvent une réaction immédiate.

Cette fascination remonte aux premiers siècles du christianisme. Les premières communautés accordent rapidement une grande importance aux martyrs et à leurs dépouilles. La vénération de leurs tombeaux et de leurs reliques devient ensuite une pratique durable dans le monde chrétien.

Les catégories de reliques

Dans la classification traditionnelle, on distingue trois catégories de reliques. Celles de première classe proviennent directement du corps d’un saint ou d’un bienheureux. Il peut s’agir d’un fragment d’os, de cheveux, de sang ou d’autres restes corporels.

Les reliques de deuxième classe proviennent d’un objet ayant appartenu à cette personne ou ayant été utilisé par elle. Un vêtement, un livre ou un effet personnel peuvent ainsi devenir des reliques.

Celles de troisième classe sont plutôt des objets mis en contact avec une relique corporelle, donc de première classe. Cette pratique possède elle-même des racines très anciennes dans la tradition chrétienne.

Reliquaires et authentification

Certaines reliques sont minuscules et prennent place dans de petits reliquaires en métal doré ou argenté. Elles apparaissent souvent sous verre, parfois bombé, entourées de filigrane, de fils métalliques ou de tissus travaillés. Une petite étiquette manuscrite peut identifier le saint et parfois la nature de la relique.

médailles religieuses anciennes EX INDUMENTIS contenant de petites reliques catholiques
Deux anciennes médailles religieuses contenant des reliques de deuxième classe associées à des figures de la tradition catholique, la mention latine « ex indumentis » indiquant qu’elles proviennent d’un vêtement leur ayant appartenu.
reliquaire religieux ancien associé à S. Philip. Neri avec petite relique sous verre
Petit reliquaire associé à saint Philippe Néri, prêtre italien du XVIe siècle et fondateur de la Congrégation de l’Oratoire, contenant une relique protégée sous verre et entourée d’un travail ornemental métallique.

Mais tous les reliquaires ne tiennent pas dans la paume d’une main. Certains prennent la forme de coffrets ou de petites châsses rappelant des tombeaux. D’autres reproduisent carrément une partie du corps humain. On trouve ainsi des reliquaires en forme de bras, de main, de pied, de doigt, de cœur ou de tête.

La forme peut même correspondre à ce que le reliquaire contient. Un bras peut abriter un fragment d’humérus. Un buste ou une tête peut recevoir une partie du crâne. Certains exemplaires atteignent plusieurs dizaines de centimètres et deviennent de véritables sculptures d’orfèvrerie. Ils peuvent mêler argent doré, pierres, cristal, émail et autres ornements précieux.

Les exemplaires anciens conservent parfois un sceau de cire ou un certificat délivré par une autorité ecclésiastique. Ces éléments jouent un rôle important dans l’authentification. Aujourd’hui encore, l’Église exige une certification avant d’exposer officiellement une relique à la vénération des fidèles.

Sans documentation ou provenance claire, identifier précisément un fragment devient beaucoup plus difficile. Les faux ne constituent d’ailleurs pas un phénomène récent. Depuis longtemps, les autorités religieuses insistent donc sur l’authentification et la prévention des fraudes et du trafic.

Les bénitiers : de l’église à la maison

Les premiers témoignages sûrs de l’usage de l’eau bénite remontent au Ve siècle. Les fidèles l’utilisent notamment pour tracer sur eux le signe de croix, un geste appelé « se signer ». En Occident, les bénitiers fixes deviennent surtout courants à partir du XIe siècle. Ils sont alors installés près des entrées des lieux de culte, parfois directement intégrés au mur.

Le bénitier domestique apparaît beaucoup plus tard. Son développement accompagne l’essor de la prière privée après le concile de Trente (1545-1563), une grande réforme de l’Église catholique. Dès le XVIIe siècle, des guides de dévotion recommandent l’usage de l’eau bénite à la maison. Le petit bénitier mural se répand alors dans différentes couches de la société.

Au Québec, on retrouve notamment des modèles européens en céramique dès le XVIIIe siècle. La France, l’Espagne et l’Italie comptent parmi les principaux fournisseurs. D’autres exemplaires utilisent le bois, le cuivre, le laiton, l’argent ou même l’ivoire.

Bénitiers religieux anciens et objets de piété catholique
Lot de bénitiers muraux, dont un modèle associé à Sainte-Anne-de-Beaupré.
Bénitier religieux ancien en métal non ferromagnétique
Ancien bénitier en bronze, vendu 190 $.

Un objet du quotidien

Le bénitier prend généralement la forme d’un petit récipient fixé au mur. On l’installe souvent près du lit ou d’une porte. Le fidèle peut ainsi se signer au lever, avant de dormir ou en quittant la maison.

L’eau bénite provient généralement de l’église paroissiale, où le prêtre la bénit. On en rapporte ensuite une petite quantité à la maison, souvent dans une bouteille réservée à cet usage. Elle sert à remplir le bénitier et peut être conservée pendant une longue période avant d’être remplacée.

Certaines croyances attribuent aussi à l’eau bénite une protection contre les maladies, les tentations et les mauvais esprits.

Et puisqu’on parle de bénitiers, difficile d’éviter la fameuse « grenouille de bénitier ». L’expression ne désigne évidemment pas le Jean-Baptiste de Süskind, mais bien, de façon péjorative, une personne jugée excessivement dévote. L’image évoque simplement une grenouille qui reste constamment près de son point d’eau.

Les statuettes religieuses : entre dévotion et artisanat

Pendant longtemps, les statuettes religieuses occupent une place importante dans le quotidien catholique. On retrouve fréquemment le Sacré-Cœur, la Vierge Marie, saint Joseph, sainte Anne ou différents saints protecteurs. Ces figures prennent place dans les salons, les chambres ou sur de petits autels domestiques.

Les formats varient énormément. Certaines statues atteignent des dimensions imposantes et sont destinées aux églises ou aux communautés religieuses. D’autres sont beaucoup plus petites et destinées à la dévotion personnelle dans les foyers.

Les statuettes de tranchée et le « trench art »

De petites statuettes sont notamment associées aux soldats de la Première Guerre mondiale. Des militaires transportent des figures religieuses, médailles ou crucifix dans leur paquetage. Ces objets peuvent servir de symboles de foi, de protection ou de réconfort.

On les associe parfois au « trench art », ou art des tranchées. Le terme mérite toutefois une nuance. Il ne désigne pas simplement tout objet transporté par un soldat.

L’art des tranchées regroupe plutôt des créations fabriquées pendant ou autour des conflits militaires. Soldats, prisonniers et civils participent à cette production. Des douilles deviennent des vases, des pièces métalliques se transforment en bagues, briquets, coupe-papier ou cendriers. Dans cet ensemble apparaissent aussi des créations religieuses, dont certaines petites statuettes sculptées ou assemblées pour servir à la dévotion personnelle.

petites statuettes religieuses de tranchée et objets de dévotion miniatures anciens
Ensemble de petites statuettes religieuses, objets de dévotion miniatures et étuis protecteurs portatifs, typiques des effets personnels pouvant accompagner les soldats en temps de guerre.
variété de petites statuettes religieuses anciennes en plastique, résine et autres matériaux
Variété de petites statuettes religieuses en plastique représentant différents personnages et figures de la tradition catholique, dans plusieurs styles et formats.

Une véritable industrie québécoise

Au XIXe siècle, la forte demande des paroisses favorise l’essor d’une industrie de la statuaire religieuse au Québec. Des artisans d’origine italienne s’installent notamment à Montréal et à Québec. Ils apportent leur savoir-faire en sculpture, moulage et iconographie religieuse.

Parmi eux figure Thomas Carli. Né en Toscane en 1838, il s’établit à Montréal en 1858. Il travaille d’abord chez le sculpteur Gaetano Baccerini, puis s’associe à Carlo Catelli. La maison T. Carli prend forme en 1867 et devient un important atelier montréalais.

Une autre famille italienne entre ensuite en scène. Nicolas et Nicodémo Petrucci fondent Petrucci et Frères vers 1910. En 1923, leur atelier fusionne avec T. Carli pour former T. Carli-Petrucci. L’entreprise produit principalement des statues en plâtre jusqu’à sa fermeture en 1965. Ce matériau facilite la reproduction par moulage. Les artisans peuvent ensuite peindre les pièces à la main et adapter leur finition.

Statue de la Sainte Famille Petrucci Frères en plâtre peint
Statue de la Sainte Famille par Petrucci Frères, en plâtre peint à la main, vendue 110 $.
Grande statue religieuse blanche de la Vierge, Carli-Petrucci
Grande statue de la Vierge produite par Carli-Petrucci, vendue 410 $.

À Québec, Michele Rigali joue un rôle comparable. Ce sculpteur toscan s’installe dans la ville vers 1865 et développe un vaste catalogue religieux. Ses ateliers proposent saints, anges, crucifix, crèches et ornements de différentes dimensions.

Reconnaître un saint grâce à ses attributs

Une statuette ne porte pas toujours une inscription permettant d’identifier son personnage. Les artistes utilisent donc des signes symboliques reconnaissables.

Saint Joseph apparaît souvent avec un lys ou des outils de charpentier. Sainte Anne peut être représentée avec Marie enfant. Saint Pierre porte fréquemment des clés. Saint Jacques, lui, se reconnaît notamment à sa coquille. Vous vous souvenez quand je parlais des ancêtres des médailles religieuses ? Cette fameuse coquille, celle d’un mollusque, en est un bel exemple. Au Moyen Âge, les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle la portent réellement sur leurs vêtements ou leurs sacs comme signe de leur pèlerinage. Elle devient ensuite l’un des principaux symboles du saint. Le nom « coquille Saint-Jacques » désignera plus tard le mollusque lui-même, puis certains plats préparés avec sa chair.

Ces éléments peuvent aussi rappeler un épisode de la vie du saint, son métier ou son martyre. Ils constituent ainsi un véritable langage visuel dans l’art religieux.

Matériaux, fabrication et fragilité

Le plâtre domine une grande partie de la production populaire, mais il est loin d’être le seul matériau. On retrouve aussi du bois sculpté, du bronze, du régule, de la porcelaine et, plus tard, du plastique.

Trois statuettes religieuses anciennes en métal sur socles ajourés
Trois statuettes religieuses en métal de différentes dimensions, chacune montée sur un socle ornementé et ajouré.
Statuette religieuse de Jésus portant la croix en matière synthétique moulée
Statuette moulée en matière synthétique représentant Jésus portant sa croix, avec finition peinte et nombreux détails en relief.

Les techniques varient également. Certaines figures sont moulées et peintes, alors que d’autres sont entièrement sculptées à la main.

Le temps laisse souvent des traces très visibles sur ces objets. Les doigts, les mains, les couronnes et les éléments saillants se cassent facilement. La peinture peut s’écailler et les surfaces développent parfois une patine prononcée.

Les images pieuses et les chemins de croix

Pendant des générations, les familles conservent de petites images pieuses dans les missels, les bibles ou simplement encadrées. Elles servent à la dévotion personnelle, mais aussi de souvenirs religieux. Baptêmes, premières communions, confirmations, ordinations et funérailles donnent notamment lieu à leur distribution. Le verso porte souvent une prière, une date ou le nom de la personne concernée.

Certaines présentent des bordures extrêmement détaillées appelées canivets. Le papier ou le parchemin est alors découpé et ajouré jusqu’à produire un véritable effet de dentelle. Le terme vient du petit canif autrefois utilisé pour effectuer ce travail délicat. La collection de ces images porte même un nom : la canivetie.

Images pieuses encadrées représentant les stations du chemin de croix
Ensemble d’images pieuses encadrées illustrant les 14 stations du chemin de croix.
Détail d’images pieuses anciennes avec bordures ajourées de type canivet
En regardant de plus près, on peut mieux apprécier les bordures ajourées de type canivet et la finesse de leur découpe.

Le chemin de croix dans les églises et les maisons

Au-delà de ces petites images, des représentations religieuses plus élaborées prennent aussi une place importante. Parmi les plus connues figure le chemin de croix, qui illustre la Passion du Christ à travers quatorze stations.

Cette pratique s’inspire notamment des pèlerinages effectués sur les lieux saints de Jérusalem. Les franciscains contribuent largement à sa diffusion en Europe.

Le nombre et l’ordre des stations varient longtemps. La forme actuelle de quatorze stations apparaît au XVIIe siècle, puis se répand largement au XVIIIe siècle.

Toutes les stations traditionnelles ne proviennent pas directement des Évangiles. Les trois chutes de Jésus, ainsi que ses rencontres avec Marie et Véronique, viennent plutôt de traditions développées par la suite.

Dans les églises, les stations prennent la forme de cadres, sculptures, reliefs ou vitraux disposés le long des murs. À la maison, elles existent aussi en versions beaucoup plus petites. Certaines utilisent des plaques en métal repoussé ou s’intègrent directement à des crucifix et autres objets religieux.

Crucifix ancien en bois et métal avec stations du chemin de croix en relief
Crucifix en bois et métal orné des stations du chemin de croix et de figures religieuses en relief, vendu 130 $.
Livret religieux ancien avec chemin de croix et crucifix en métal
Livret religieux ancien présentant les stations du chemin de croix en relief autour d’un petit crucifix, vendu 75 $.

Les objets provenant des églises

La majorité des objets religieux abordés jusqu’ici appartiennent principalement à l’univers domestique. D’autres ont plutôt été utilisés dans des églises, des chapelles, des couvents ou des communautés religieuses. Leur fonction change alors complètement : plusieurs servent directement à la célébration des rites et des sacrements.

Les custodes : transporter l’hostie consacrée

De petite taille, les custodes accompagnent surtout la communion portée aux malades ou aux personnes incapables de se rendre à l’église. Elles protègent l’eucharistie durant le trajet. Lorsque cette communion est destinée à une personne mourante, on parle de viatique.

Le mot « custode » vient du latin médiéval custodia, associé à l’idée de garder ou de conserver. Ces récipients prennent souvent une forme ronde et compacte. Ils sont fabriqués en argent, en laiton ou en métal doré, parfois ornés de symboles religieux.

La pratique de porter l’eucharistie aux malades remonte aux premiers siècles du christianisme. Au cours du temps, l’Église utilise différents contenants pour cette fonction. Certaines custodes se transportent même dans une petite bourse suspendue au cou du prêtre.

Contrairement aux crucifix de derniers sacrements, les custodes appartiennent donc surtout au clergé, aux paroisses ou aux communautés religieuses.

objets religieux : custode religieuse ancienne en métal gravé utilisée pour transporter l’hostie consacrée
Ancienne custode religieuse en métal gravé.
objets religieux : custode religieuse ancienne ouverte montrant l’intérieur doré destiné à recevoir l’hostie consacrée
La même custode ouverte, montrant son intérieur doré et la petite cavité destinée à recevoir l’hostie.

Les cierges pascals et leurs chandeliers

Le cierge pascal symbolise le Christ ressuscité et la lumière qui triomphe des ténèbres. Son usage durant la Vigile pascale remonte au moins au IVe siècle.

Lors de sa préparation, le prêtre trace une croix sur le cierge, puis y inscrit les lettres grecques Alpha et Oméga ainsi que l’année en cours. Alpha et Oméga, première et dernière lettres de l’alphabet grec, symbolisent le commencement et la fin. L’année rappelle quant à elle la présence du Christ dans le temps présent.

Le prêtre peut ensuite fixer cinq grains d’encens dans la croix tracée sur le cierge. Ils représentent les cinq plaies du Christ : les deux mains, les deux pieds et le côté.

Le cierge est allumé lors des célébrations importantes jusqu’à la Pentecôte. Il réapparaît ensuite aux baptêmes et aux funérailles. Dans ce dernier cas, il symbolise notamment l’espérance de la vie éternelle.

Son chandelier atteint souvent des dimensions impressionnantes afin de le rendre bien visible dans le chœur. Certains exemplaires dépassent 1,70 mètre et présentent un important travail de sculpture.

Les objets liturgiques et le mobilier religieux

Les lieux de culte abritent évidemment beaucoup d’autres pièces. On y trouve des chandeliers d’autel, des bougeoirs, des lutrins, des bancs et différents accessoires de cérémonie. Leur fabrication fait souvent appel à des ateliers spécialisés en sculpture, en menuiserie ou en ébénisterie.

Objets religieux : chandelier religieux ancien en bronze de style liturgique
Ancien chandelier religieux en bronze, présentant un travail ornemental détaillé, vendu 230 $.
Objets religieux : ancien banc d’église en bois franc provenant d’un lieu de culte catholique
Banc d’église en bois franc, vendu 170 $.

Le mobilier peut aussi connaître une deuxième vie bien loin de sa fonction originale. Quand j’étais jeune, un ancien banc d’église servait justement de siège à notre table de cuisine. Ma mère se l’était procuré à la chapelle du lac Écho, à Saint-Hippolyte. Elle l’avait fait raccourcir d’environ deux pieds pour l’adapter à la pièce.

À l’époque, je n’y voyais évidemment ni un objet religieux ni une pièce patrimoniale. Pour moi, c’était simplement la place de choix, un peu comme obtenir la banquette au restaurant. Disons que j’étais loin de me douter qu’un jour, mon travail m’amènerait à étudier ces objets… et à écrire ce blogue.

Pourquoi ces objets attirent-ils encore autant d’acheteurs ?

L’intérêt pour les anciens objets religieux repose sur plusieurs motivations. Certains y voient encore des objets de foi ou de dévotion. D’autres s’intéressent surtout à leur histoire, leur fabrication ou leur valeur patrimoniale. La nostalgie joue aussi un rôle important. Plusieurs reconnaissent des pièces semblables à celles vues autrefois chez leurs grands-parents ou dans leur enfance.

Après avoir traversé les foyers, les églises et parfois plusieurs générations, ces objets portent avec eux une mémoire bien particulière. Chapelets, crucifix, reliques, bénitiers ou statuettes racontent autant l’histoire religieuse que celle des gens qui les ont conservés.

Si vous possédez vous aussi des témoins de ce passé dont vous souhaitez vous départir, sachez que nous avons développé au fil des années un solide bassin d’acheteurs passionnés, qui sauront les apprécier et préserver ce patrimoine.

Amen !

Le verre carnaval : une histoire haute en couleur

Qu’est-ce que le verre carnaval ?

Le verre carnaval, aussi appelé Carnival Glass en anglais, est un type de verre pressé reconnu pour ses reflets irisés spectaculaires. Selon l’éclairage et l’angle de vue, une même pièce peut révéler des nuances dorées, bleues, violettes, vertes ou orangées rappelant une flaque d’essence ou une coquille nacrée.

Dans nos encans, nous en voyons régulièrement passer et certains exemplaires finissent même dans nos vitrines près de la caisse, parmi nos coups de cœur du moment. Leurs reflets changeants, leurs motifs détaillés et leurs couleurs parfois éclatantes attirent naturellement le regard.

Dans ce blogue, nous allons explorer l’origine du verre carnaval, les fabricants les plus connus, les couleurs les plus recherchées ainsi que les différences entre les productions anciennes et les versions plus tardives que l’on retrouve encore fréquemment sur le marché et dans les collections privées.

Un nom hérité des fêtes foraines

Aussi évocateur soit-il, le nom « verre carnaval » n’était pas utilisé par les premiers fabricants. Au début du XXe siècle, ceux-ci commercialisaient plutôt leurs créations sous différentes appellations liées à leur aspect irisé.

Le lien avec les carnavals apparaît lorsque certaines de ces pièces commencent à être offertes comme prix dans les foires et fêtes foraines. Des publicités destinées aux exploitants de carnavals témoignent de cette utilisation dès les années 1910. Avec leurs couleurs éclatantes et leurs motifs élaborés, ces objets avaient tout ce qu’il fallait pour attirer l’attention derrière un comptoir de jeu.

Ce n’est toutefois que plusieurs décennies plus tard que l’expression Carnival Glass s’impose véritablement. Dans les années 1950, les collectionneurs adoptent ce nom en référence à cette association avec les fêtes foraines. Cette appellation tardive finira par définir tout un pan de la verrerie américaine.

Pourquoi le verre carnaval attire autant l’œil ?

Les fameux reflets irisés

La caractéristique la plus frappante du verre carnaval reste évidemment son effet irisé. Celui-ci s’obtient en appliquant différents sels métalliques sur le verre encore chaud avant la cuisson finale. Les mélanges varient selon les verreries, mais comprennent notamment des composés à base de fer et d’étain qui créent ces reflets métalliques multicolores. Selon la composition du verre, la température et la quantité de sels appliqués, les couleurs peuvent varier du doré au cuivré, en passant par le bleu, le vert et le violet.

On obtient ainsi une surface changeante qui réagit fortement à la lumière ambiante. Une même pièce peut sembler presque orange sous un éclairage chaud, puis dévoiler des teintes bleues ou violettes selon l’angle de vue.

Des motifs riches et détaillés

Au-delà des couleurs, le verre carnaval est également apprécié pour ses motifs complexes et détaillés. Plusieurs verreries produisaient des designs représentant des paons, des raisins, des fleurs, des formes géométriques, des animaux ou encore différentes scènes inspirées de la nature.

Assiette en verre carnaval Fenton, motif Captive Rose, couleur electric blue, avec motifs floraux en relief et iridescence multicolore
Le motif Captive Rose de Fenton illustre parfaitement l’importance des thèmes floraux dans le verre carnaval, ici présenté dans la couleur electric blue.
Bol en verre carnaval Dugan, motif Greek Key avec tête de cheval en relief, dans des teintes orangées iridescentes
Le motif Greek Key de Dugan mélange influences géométriques et inspiration animale avec sa tête de cheval moulée en relief au centre de la pièce.

Les fabricants de verre carnaval les plus connus

De nombreuses compagnies ont fabriqué du verre carnaval au fil des décennies, mais certains noms reviennent constamment dans les discussions entre amateurs. La grande période de production se situe principalement entre 1907 et les années 1920, même si quelques fabricants relancèrent plus tard différentes lignes lorsque le verre carnaval connut un regain de popularité.

Fenton

Fenton est la verrerie la plus associée au verre carnaval et c’est généralement à elle qu’on attribue son invention, vers 1907. Fondée en 1905, Fenton cherchait alors à produire un verre irisé capable de rivaliser avec les luxueux verres d’art fabriqués par Tiffany Studios et Steuben, mais à un prix beaucoup plus accessible.

Le procédé aurait principalement été élaboré par le chimiste Jacob Rosenthal et le verrier John Gordon, qui auraient mis au point la technique consistant à vaporiser des sels métalliques sur le verre encore très chaud afin de créer les célèbres reflets métalliques multicolores.

À l’origine, Fenton ne destinait pourtant pas ce nouveau verre au marché populaire. La compagnie tentait plutôt de créer un produit artistique haut de gamme accessible à une clientèle plus large. Mais les pièces se vendaient moins cher que prévu et plusieurs furent finalement écoulées dans des foires et carnavals populaires, comme mentionné plus haut.

Le verre carnaval porta d’ailleurs longtemps le surnom de « Poor Man’s Tiffany ». Fenton produisit ensuite une immense variété de formes, motifs et couleurs. Certains designs comme Peacock Tail ou Butterfly and Berries sont devenus emblématiques dans le domaine. La compagnie fut aussi l’une des premières à expérimenter des couleurs plus audacieuses, notamment certaines bases rouges aujourd’hui très recherchées.

Bol en verre carnaval Peacock Tail de Fenton, de couleur marigold iridescente, avec motif en éventail rappelant une queue de paon
Bol Peacock Tail de Fenton, avec motif en éventail inspiré des plumes de paon et reflets irisés orangés et dorés.
Bol ajouré Open Edge Basketweave de Fenton, en verre carnaval marigold iridescent
Avec ses rebords ajourés spectaculaires et son motif Basketweave tressé, ce bol Fenton illustre bien le caractère artistique et expérimental de certaines créations de la verrerie.

Northwood

Northwood occupe également une place majeure dans l’histoire du verre carnaval. Cette entreprise développa sa propre ligne de verre irisé vers 1908 sous le nom « Golden Iris ». Elle est reconnue pour ses designs détaillés ainsi que pour sa célèbre marque en forme de « N » à l’intérieur d’un cercle que l’on retrouve sur certaines créations. Parmi ses motifs les plus connus figure notamment Grape and Cable, un pattern devenu presque mythique dans le monde du verre carnaval. Certaines pièces Northwood possèdent aussi des rebords très festonnés — c’est-à-dire des bordures ondulées et décoratives — surnommés pie crust, puisqu’ils rappellent le contour d’une tarte.

Bol Northwood Grape and Cable avec rebord pie crust festonné et motif de grappes de raisins
Le motif Grape and Cable, un grand classique du verre carnaval américain.
Intérieur d’une pièce Northwood en verre carnaval rouge, montrant au centre la marque moulée en forme de N dans un cercle
Vue du dessus du bol Northwood, où la marque moulée permet d’en confirmer l’attribution.

Imperial, Dugan et Millersburg

Imperial Glass est aussi très respectée dans le domaine. Cette verrerie produisait souvent des motifs riches et des couleurs éclatantes. Contrairement à plusieurs fabricants qui cessèrent complètement leur production après les années 1920, Imperial Glass relança certaines lignes dans les années 1960, lors du retour de popularité du verre carnaval.

Dugan Glass s’inscrit, elle aussi, parmi les grands noms de l’histoire du verre carnaval. Fondée par Thomas Dugan, cousin de Harry Northwood, cette entreprise est connue pour certaines pièces aux rebords profondément festonnés ainsi que pour ses superbes teintes améthystes et opalescentes.

Bol en verre carnaval Imperial Glass, motif Hobstar and Arches, aux reflets irisés orange, dorés et rosés, avec rebord festonné
Bol Imperial Glass Hobstar and Arches, avec formes géométriques en relief et reflets irisés orangés, dorés et rosés.
Bol Dugan Glass en verre carnaval, motif Stippled Petals, aux reflets irisés orange et dorés, avec large rebord festonné
Bol Dugan Glass au motif Stippled Petals, dont la bordure opalescente contraste avec les chauds reflets orangés du verre.

Enfin, Millersburg occupe une place particulière dans l’histoire du verre carnaval. Fondée en 1908 par John W. Fenton, frère du fondateur de Fenton Art Glass, la verrerie ne resta active que quelques années avant sa fermeture vers 1911-1912, ce qui contribue à expliquer la rareté actuelle de plusieurs de ses pièces.

Les productions plus tardives de verre carnaval

Du véritable verre carnaval

Le verre carnaval ne disparaît pas après les années 1920, mais sa grande période de popularité tire alors à sa fin. Les goûts changent, la demande pour les finis irisés diminue et la Grande Dépression transforme profondément l’industrie américaine. Plusieurs manufactures délaissent progressivement ce style au profit d’autres productions, notamment celles aujourd’hui associées au verre de dépression, dont nous reparlerons dans un futur billet…

La tradition se poursuit néanmoins sous différentes formes. Certaines maisons continuent à fabriquer du verre irisé pendant les décennies suivantes, tandis que d’autres renoueront avec ce style beaucoup plus tard, à la faveur de son retour en popularité.

C’est notamment le cas d’Indiana Glass et de Jeannette Glass, deux acteurs dont les créations reviennent encore très souvent dans nos encans.

Les pièces irisées de ces compagnies sont bel et bien du véritable verre carnaval. Toutefois, comme elles sont plus récentes que les productions historiques abordées plus haut, certains collectionneurs utilisent des termes comme « Late Carnival Glass » ou « Revival Carnival Glass » pour les désigner.

Jeannette Glass

Jeannette Glass est surtout connue aujourd’hui pour son verre de dépression, mais l’entreprise s’est aussi illustrée par plusieurs lignes de verre carnaval.

Cette production débuta vers la fin des années 1920 et se poursuivit sous différentes formes pendant plusieurs décennies. Le motif Iris and Herringbone demeure probablement le plus connu de la compagnie, avec ses fleurs en relief et son fond texturé en chevrons particulièrement détaillé.

Assiette en verre carnaval Jeannette Iris and Herringbone de couleur marigold avec motif floral en relief et fond texturé en chevrons
Assiette Jeannette Glass au motif Iris and Herringbone, dont les reflets rosés soulignent particulièrement le décor.
Verre sur pied Jeannette Iris and Herringbone en verre carnaval marigold avec motif floral en relief et fond texturé en chevrons
Le motif Iris and Herringbone se retrouve aussi sur différentes formes, comme ce verre sur pied aux reflets dorés.

Indiana Glass

Indiana Glass figure également parmi les fabricants les plus fréquemment rencontrés lorsqu’on commence à s’intéresser au verre carnaval. Plusieurs de ses productions irisées les plus connues datent du milieu du XXe siècle et des décennies suivantes, bien après la grande période classique du verre carnaval. La compagnie proposa une grande variété de formes, allant des bols et pichets aux bonbonnières figuratives, en passant par les plateaux et les pièces de service.

Bol et pichet en verre carnaval marigold d’Indiana Glass, à côté d’une canette pour la taille
Bol et pichet Indiana Glass de couleur marigold, aux reflets dorés et violacés.
Bonbonnière en forme de poule en verre carnaval vert d’Indiana Glass, à côté d’une canette pour la taille
Bonbonnière figurative Indiana Glass en forme de poule.
Ensemble de pièces en verre carnaval bleu d’Indiana Glass avec plateau compartimenté, beurrier et petits plats
Assiette à œufs compartimentée, crémier, sucrier et beurrier Indiana Glass.

Des pièces plus accessibles

Le Late Carnival Glass représente souvent une excellente porte d’entrée dans cet univers, puisque ces exemplaires demeurent généralement plus abordables que les pièces anciennes ou plus rares.

Lorsque j’étais jeune, une grande tante — pourtant très petite — m’avait d’ailleurs offert une immense tasse Indiana Glass en verre carnaval marigold. Enfin, immense pour mes mains d’enfant… Elle me fascinait complètement avec son iridescence et ses couleurs changeantes qui, dans mon imaginaire, évoquaient presque de l’or. C’était « ma » tasse, et il était hors de question que mes sœurs l’utilisent.

Je l’ai encore aujourd’hui. Elle me sert maintenant de porte-crayons, mais elle demeure sans aucun doute mon premier contact avec le monde du verre carnaval.

Les couleurs du verre carnaval

Le marigold est la couleur la plus commune du verre carnaval. Son nom vient de la fleur du même nom, connue en français sous le nom de souci, dont les teintes orangées et dorées rappellent fortement les reflets caractéristiques de ce verre iridescent.

Mais pour plusieurs amateurs, le véritable plaisir commence lorsqu’on découvre les couleurs moins courantes.

Les modèles bleus figurent parmi les plus appréciés, surtout quand ils produisent des reflets presque électriques. Certaines variantes rouges ou améthystes deviennent également très recherchées dès qu’elles combinent une teinte rare à un motif peu fréquent.

Bol marigold à motif de glands, avec reflets dorés et orangés irisés
Exemple typique de verre carnaval marigold, ce bol Fenton au motif Acorn se distingue par ses reflets orangés, dorés et cuivrés caractéristiques de cette couleur populaire.
Bol bleu cobalt 
avec bord ajouré et reflets irisés
Autre création de Fenton, ce bol ajouré en verre carnaval cobalt blue présente une iridescence soutenue aux reflets bleutés et violacés qui changent selon l’éclairage.

Le vert, quant à lui, varie énormément selon les fabricants et les conditions lumineuses. Certains verres prennent des reflets presque émeraude, tandis que d’autres semblent changer complètement de couleur selon l’angle de vue.

Finalement, les couleurs les plus rares font souvent grimper l’intérêt d’un cran. Certaines variantes comme le ice blue, le ice green, le ice white, le peach opalescent ou les bases rouge rubis figurent parmi les plus convoitées selon le motif.

Vase tripode vert avec reflets irisés changeants
Exemple de verre carnaval vert olive, motif Daisy and Plume de Northwood, pouvant produire des reflets dorés, ambrés ou presque émeraude selon l’éclairage et l’angle de vue.
Bol ice white avec reflets irisés nacrés
La couleur ice white, l’une des plus rares dans le verre carnaval, est reconnaissable à son verre presque translucide et à ses reflets nacrés subtils aux teintes argentées, bleutées et rosées.

Est-ce que le verre carnaval vaut cher ?

À première vue, plusieurs exemplaires peuvent sembler très similaires. Pourtant, deux bols presque identiques présentent parfois une énorme différence de valeur. La couleur, le motif, la variante du moule et l’intensité de l’iridescence peuvent tous influencer le prix.

Le fabricant compte également. Certaines créations de Fenton, Northwood ou Millersburg sont particulièrement convoitées, notamment lorsqu’elles furent fabriquées pendant une courte période ou en quantité limitée. Une pièce commune en marigold peut ainsi valoir quelques dizaines de dollars, tandis que le même motif dans une couleur beaucoup plus rare peut atteindre plusieurs centaines de dollars.

Enfin, l’état de conservation demeure déterminant. Ces objets ayant souvent été utilisés au quotidien, les rayures, l’usure et les petites ébréchures sont fréquentes. À couleur et motif comparables, un exemplaire bien conservé aura donc généralement beaucoup plus de valeur.

Un univers riche à explorer

Plus d’un siècle après son apparition, le verre carnaval conserve tout son pouvoir d’attraction. Derrière son aspect décoratif se cache un domaine étonnamment vaste, où chaque combinaison de couleur, de motif, de forme et de fabricant peut raconter une histoire différente.

Cette diversité permet aussi de l’aborder de bien des façons. Les amateurs chevronnés peuvent rechercher des couleurs rares ou des créations difficiles à trouver, tandis que les nouveaux venus disposent encore de nombreux exemplaires abordables pour commencer une collection.

Malgré les valeurs importantes atteintes par certaines raretés, de belles découvertes restent donc tout à fait possibles. Et qui sait, la prochaine se cache peut-être parmi les objets proposés dans nos encans.

Pour poursuivre la découverte

Le Québec possède d’ailleurs sa propre association consacrée à ce domaine. Fondée en 1986, l’Association de verre carnaval du Québec réunit amateurs et passionnés autour de rencontres, d’échanges et de nombreuses ressources sur l’histoire et l’identification de ces verres. Une excellente adresse pour ceux qui souhaitent approfondir leurs recherches.

Comment vendre dans nos encans : guide complet pour les vendeurs

Pourquoi les gens choisissent de vendre en encan

Vendre dans un encan répond à plusieurs besoins. Vous souhaitez peut-être gérer une succession, libérer de l’espace, déménager ou simplement vous départir d’objets devenus inutiles. Certains de nos vendeurs achètent aussi régulièrement dans nos encans, puis revendent des objets lorsqu’ils renouvellent leur collection.

Plusieurs personnes apprécient le fait de ne pas avoir à gérer elles-mêmes les rendez-vous, les négociations, les messages Marketplace ou les acheteurs qui ne se présentent jamais. Si le sujet vous intéresse, nous avons d’ailleurs rédigé un article comparant la vente en encan et la vente sur Marketplace.

Quels types d’articles vendons-nous ?

Nous nous spécialisons dans les objets vintage, antiques et de collection. Ce type d’articles attire principalement notre clientèle et explique pourquoi plusieurs acheteurs suivent nos ventes semaine après semaine.

Pour voir des exemples concrets d’objets qui se vendent bien dans nos encans, nous vous invitons également à consulter notre article consacré aux objets qui se vendent le mieux ainsi qu’à parcourir nos encans en cours et passés.

Comment fonctionne le dépôt des articles

Le contrat de consignation

Lorsque vous venez vendre chez nous pour la première fois, nous remplissons et signons avec vous un contrat de consignation sur place. Nous en conservons chacun une copie. Ensuite, nous vous attribuons un code vendeur composé des trois premières lettres de votre prénom et de votre nom de famille. Par exemple, Vincent Tagliani deviendrait VINTAG. Et promis, si vous vous appelez Martin Deschamps, nous ferons une petite entorse à notre système habituel afin de vous créer un code vendeur convenable…

Après le dépôt de vos lots, nous prenons le reste du processus en charge : photographies professionnelles, cadrage, retouches, mise en ligne, publicité, déroulement de l’encan, gestion des paiements, récupération des articles et expédition lorsqu’elle est possible.

Grosso modo, une fois vos lots rendus sur place, nous nous occupons du reste.

Remplir son formulaire de consignation

Avant de venir déposer vos articles, vous devez effectuer un minimum de préparation afin de nous permettre de traiter vos lots plus rapidement, plus efficacement et de façon plus sécuritaire.

Nous recommandons fortement de préparer votre formulaire de consignation à l’avance. Plus vous fournissez de détails précis, plus nous pouvons rédiger des descriptions complètes et professionnelles. Nous vous recommandons donc d’indiquer toute information pertinente, par exemple si un article est fonctionnel, non testé, s’il présente des défauts, s’il possède un numéro de modèle, une année de production, une signature d’artiste ou toute autre précision susceptible d’intéresser les acheteurs.

Si vous savez qu’un article est fonctionnel et que vous en êtes certain, n’hésitez pas à le préciser. Cette information rassure les acheteurs et peut avoir un impact positif sur le résultat final.

À l’inverse, lorsqu’aucune information n’est fournie ou qu’il nous est impossible de confirmer le fonctionnement d’un appareil, nous le vendons comme « non testé ». Ces articles trouvent souvent preneur malgré tout, mais obtiennent généralement des prix plus modestes en raison de l’incertitude.

Emballer et identifier correctement ses lots

Nous demandons d’emballer chaque lot individuellement. Comme nous encourageons la récupération, vous pouvez utiliser des sacs, boîtes et contenants réutilisables, mais ceux-ci doivent pouvoir se fermer correctement. Cette étape permet surtout d’éviter les bris, les pertes et les mélanges entre les lots.

Les articles enveloppés dans du cellophane, attachés avec des élastiques, placés dans des sacs de papier ou encore dans des boîtes et contenants qui ne ferment pas bien ne sont pas considérés comme adéquatement emballés, puisque ce type d’emballage peut facilement s’ouvrir, se déchirer ou laisser des objets sortir durant la manutention. Lorsque vos lots sont mal emballés, ou ne le sont pas du tout, nous ajoutons des frais d’emballage de 0,25 $ par lot.

Vous devez également identifier chaque emballage avec le numéro correspondant à votre formulaire de consignation. Vous pouvez notamment utiliser des autocollants ou du ruban-cache (masking tape). Nous pouvons aussi vous fournir des étiquettes sur demande.

Lot de disques vinyles mal emballé avec simple élastique et papier identifié
Exemple de lot mal emballé : les élastiques peuvent casser durant la manutention et les papiers simplement glissés ou attachés peuvent facilement tomber, causant des mélanges entre les lots.
Lot de disques vinyles bien emballé dans un sac refermable identifié
Exemple de lot correctement emballé : le contenu est placé dans un sac refermable et clairement identifié avec le numéro du formulaire de consignation.

Après avoir préparé votre formulaire de consignation, emballé vos lots individuellement et correctement identifié chaque emballage, il ne vous reste plus qu’à nous apporter le tout durant nos heures d’opération, soit le jeudi de midi à 19 h, le vendredi de 11 h à 19 h ainsi que le samedi et le dimanche de 9 h à 17 h.

Délais de traitement et mise en ligne des lots

Nous traitons les articles selon leur ordre d’arrivée. Lorsque vous nous les confiez, au moins deux encans sont habituellement déjà entièrement préparés, sans être encore en ligne. Il est donc normal que vos lots n’apparaissent pas dès la semaine suivante.

La vérification avant l’ouverture des mises

Lorsque nous terminons un encan, nous le mettons en ligne quelques jours avant l’ouverture des mises. Nous vous envoyons alors un courriel contenant un PDF récapitulatif de vos lots. Cette étape vous permet de vérifier que les descriptions et les informations importantes sont exactes avant le début de l’encan. Vous pouvez également en profiter pour mettre vos articles en favoris afin de suivre leur évolution pendant toute la durée de l’encan.

Les lots reportés à l’encan suivant

Il peut arriver qu’une partie seulement de votre dépôt apparaisse dans un encan, alors que certains articles n’y figurent pas encore. Cette situation survient généralement lorsque nous arrivons à vos articles vers la fin de la préparation d’un encan et que celui-ci est presque complet, ou lorsque l’espace disponible ne nous permet plus d’intégrer tous vos lots.

Dans ce cas, nous reportons simplement les lots restants au début de l’encan suivant.

Notez aussi que si vous souhaitez accélérer la mise en ligne de vos articles tout en réduisant vos frais, nous offrons une option libre-service, pour laquelle nous avons rédigé un article complet.

Les frais à prévoir

Les frais de base

Lorsque vous vendez dans nos encans, vous devez prévoir deux frais de base : un frais d’insertion par lot ainsi qu’un pourcentage de commission sur les articles vendus.

Nous facturons 1,75 $ par lot pour les frais d’insertion. Lorsqu’un lot demeure invendu, nous ajoutons un frais de gestion de lot invendu de 1,25 $. Un lot invendu représente donc un coût total de 3 $.

Pour cette raison, nous recommandons de créer des lots ayant un potentiel de vente d’environ 20 $ ou plus. Cette approche est plus avantageuse pour vous comme pour nous. Nous reviendrons sur ce point un peu plus loin.

Nous prélevons également une commission de 25 % sur les articles vendus.

Aucun paiement n’est requis au moment du dépôt de vos articles. Nous déduisons simplement les frais applicables lors de l’émission de vos paiements.

Les autres frais possibles

Selon la situation, certains frais supplémentaires peuvent s’appliquer.

Par exemple, vous pouvez fixer un prix de réserve sur certains lots. Le prix de réserve correspond au montant minimal accepté pour vendre un article. Dans nos encans, les réserves débutent à 30 $. Lorsqu’une réserve n’est pas atteinte, nous facturons des frais de 10 $.

Comme mentionné plus haut, nous ajoutons aussi des frais d’emballage de 0,25 $ par lot lorsque des articles ne sont pas correctement emballés, ou pas emballés du tout.

Après un encan, vous disposez d’une période de deux semaines pour récupérer vos invendus. Après ce délai, nous considérons les articles non réclamés comme abandonnés et nous appliquons des frais de disposition de 2,50 $ par lot.

Finalement, une vente annulée en raison d’une description erronée entraîne un frais de 10 $. C’est notamment le cas lorsqu’un article est décrit comme fonctionnel alors qu’il ne l’est pas, ou lorsqu’un objet présenté comme authentique s’avère être une reproduction ou une contrefaçon.

Comprendre les rapports de vente

Après la fermeture complète de l’encan, nous vous envoyons par courriel un rapport de vente préliminaire.

Pour plusieurs nouveaux vendeurs, ce document représente probablement la partie la plus déroutante du processus. À première vue, ses chiffres, ajustements et différentes lignes peuvent sembler complexes. Pourtant, une fois son fonctionnement compris, il devient simple à lire et permet de suivre facilement l’évolution de votre dépôt.

Vous y trouverez essentiellement les lots vendus, les lots invendus, les frais applicables ainsi que l’état des paiements reçus des acheteurs.

La liste des lots vendus

Le rapport débute par la liste complète de vos lots vendus durant l’encan.

Pour chaque lot, vous y trouverez une photo miniature, le prix de vente final, la commission applicable, les frais d’affichage et, s’il y a lieu, les frais d’emballage. Cette section permet de voir rapidement quels articles ont trouvé preneur et le montant obtenu pour chacun.

Exemple de section de rapport présentant les lots vendus dans un encan en ligne
Exemple de lots vendus apparaissant dans un rapport de vente.

Les lots invendus

Sous la liste des ventes, le rapport affiche ensuite vos lots invendus.

Contrairement aux lots vendus, cette section ne montre pas les photos des articles. Vous y retrouverez plutôt les numéros et descriptions des lots n’ayant pas trouvé acheteur ou dont la réserve n’a pas été atteinte.

Section des lots invendus affichée dans un rapport vendeur d’encan
Exemple de la section présentant les lots demeurés invendus après un encan.

Vous devrez ensuite récupérer ces articles dans les deux semaines suivant la fermeture de l’encan, conformément à notre politique de récupération.

Lorsque vous passez nous visiter, vous pouvez également développer le réflexe de regarder le tableau blanc situé à l’entrée. Nous y inscrivons les codes vendeurs associés à des invendus dans les deux derniers encans. Si votre code vendeur y figure, cela signifie que vous devez nous demander de vous remettre vos invendus.

Le résumé financier du rapport — les lignes importantes

Au bas du document, le rapport regroupe toutes les informations financières liées à votre dépôt. Cette section soulève souvent le plus de questions chez les nouveaux vendeurs.

La ligne « Nombre de lot(s) vendu(s) » (ligne 1) indique simplement combien de vos lots ont trouvé acheteur durant l’encan. Le « Total de prix de vente » (ligne 2) additionne ensuite tous les prix obtenus avant les commissions et les différents frais.

La ligne « Dépenses totales » (ligne 3) regroupe les différents frais liés à votre dépôt, soit les frais d’affichage, de gestion des lots invendus, de réserve non atteinte et d’emballage.

Le « Total de commission » (ligne 4) représente quant à lui l’ensemble des commissions prélevées sur les lots vendus.

Finalement, la ligne « Total dû au vendeur » (ligne 5) indique le montant net qui vous revient une fois les commissions et frais déduits.

Résumé financier annoté d’un rapport vendeur d’encan expliquant les lignes importantes et les lignes qui prêtent le plus à confusion.
Exemple de résumé financier afin d’expliquer les principales lignes d’un rapport vendeur.

Les lignes qui prêtent le plus à confusion

Certaines lignes du rapport peuvent sembler contradictoires lorsqu’on les consulte pour la première fois, particulièrement le soir même de la fermeture de l’encan.

La ligne « Paiement dû actuellement » (ligne 8) cause probablement le plus de confusion puisqu’elle affiche systématiquement un montant négatif au moment de l’envoi du rapport préliminaire. Plusieurs vendeurs croient alors devoir nous envoyer un paiement immédiatement, alors que ce n’est généralement pas le cas.

À ce stade, cette ligne indique le même montant que la ligne « Dépenses totales » (ligne 3), soit les frais liés à votre dépôt énumérés plus haut.

Comme nous générons le rapport dès la fermeture complète de l’encan, les acheteurs n’ont pas encore eu le temps d’effectuer leurs paiements. Nous n’avons donc pas encore reçu les fonds permettant de couvrir ces frais.

Autrement dit, si la ligne « Total dû au vendeur » (ligne 5) affiche un montant positif, les paiements des acheteurs feront progressivement disparaître le solde négatif indiqué à la ligne « Paiement dû actuellement » (ligne 8). Dans la majorité des cas, vous n’avez donc aucun paiement à effectuer. Ce montant demeure simplement temporaire jusqu’à la réception des paiements des acheteurs et au calcul de votre solde final.

Quant à elle, la ligne « Ajustement des paiements en attente » (ligne 6) affiche le total des prix de vente, moins les commissions. Elle correspond donc aux sommes qu’il reste à recevoir des acheteurs avant que nous puissions effectuer votre paiement. Comme pour la ligne « Paiement dû actuellement » (ligne 8), il est tout à fait normal que ce montant soit élevé le soir de la fermeture de l’encan, puisque les acheteurs n’ont pas encore payé leurs factures.

Les paiements des ventes

Après la fermeture d’un encan, les acheteurs disposent de deux semaines pour acquitter leur facture et récupérer leurs achats. Nous effectuons les paiements des vendeurs toutes les deux semaines, une fois cette période terminée.

Chaque versement comprend les sommes correspondant aux lots payés par les acheteurs, moins les frais applicables.

Comment connaître sa date de paiement

Pour connaître la date prévue de votre paiement, consultez notre calendrier dans la section Visitez-nous de notre site. Repérez les événements intitulés « Paiements ». En cliquant sur l’un d’eux, vous verrez jusqu’à quel encan les paiements seront effectués ce jour-là.

Si le détail mentionne un encan antérieur au vôtre, cela signifie que la période d’acquisition des acheteurs n’est pas encore terminée pour votre encan. Cliquez alors sur l’événement « Paiements » suivant. Celui-ci devrait inclure votre encan.

Calendrier des opérations montrant les dates d’encans et les événements de paiement des vendeurs.
Les fermetures d’encan et les journées de paiement sont identifiées par des couleurs distinctes dans le calendrier.
Détail d’un événement indiquant que les paiements des vendeurs sont effectués jusqu’à l’encan EDL237 inclusivement.
L’encadré de l’événement confirme le dernier encan inclus dans le versement prévu.

Les paiements retardés

La journée des paiements, nous vous envoyons un nouveau rapport de vente mis à jour.

Les paiements effectués apparaissent à deux endroits dans le rapport. D’abord, chaque paiement est indiqué dans le détail du rapport, juste avant la section des invendus, avec sa date et son montant. S’il y a eu plus d’un paiement, par exemple un paiement partiel suivi d’un solde payé plus tard, chaque versement apparaît sur une ligne distincte.

Ensuite, le résumé financier situé au bas de la dernière page indique le total des paiements déjà effectués.

Exemple de ligne de paiement apparaissant dans le détail d'un rapport vendeur d'Encans des Laurentides
Détail d’un paiement dans le rapport.
Résumé financier d'un rapport vendeur indiquant le total des paiements déjà effectués
Total des paiements déjà effectués.

Il peut toutefois arriver que certains acheteurs paient leur facture en retard. Dans ce cas, les sommes associées à ces lots ne figurent pas dans le paiement initial. Elles seront plutôt versées lors du cycle de paiement suivant, deux semaines plus tard, puis apparaîtront sur le nouveau rapport de vente qui vous sera transmis à ce moment.

Le dépôt direct et les crédits vendeurs

Nous privilégions les paiements par dépôt direct. Il suffit de nous fournir un spécimen de chèque et nous déposerons directement les paiements dans votre compte bancaire, comme une paie.

Un délai de 2 à 3 jours ouvrables peut toutefois s’écouler entre l’envoi du rapport de paiement et la disponibilité des fonds dans votre compte.

Lorsque le montant à verser demeure inférieur à 10 $, ou lorsque vous ne fournissez aucune information bancaire, nous effectuons plutôt un dépôt interne dans votre compte vendeur. Vous pouvez ensuite utiliser ces montants comme crédit sur vos achats ou demander un remboursement en espèces avec un préavis de 48 heures ouvrables.

Les erreurs fréquentes des nouveaux vendeurs

Surestimer la valeur d’un objet

Beaucoup de vendeurs se fient au prix payé à l’époque ou aux montants affichés sur Etsy et eBay. Or, les prix réellement obtenus reflètent beaucoup mieux le marché actuel. La valeur des objets évolue constamment selon l’offre et la demande.

Par exemple, dans les années 1980, un four à micro-ondes haut de gamme pouvait se vendre près de 700 $. Aujourd’hui, ce même appareil ne recevrait probablement même pas une mise à 6 $. À l’inverse, certains objets autrefois très communs ou peu valorisés suscitent maintenant beaucoup d’intérêt chez les collectionneurs.

Les descriptions trop optimistes

Vous devez porter une attention particulière aux descriptions que vous fournissez. Certains termes reviennent souvent de façon un peu trop généreuse, alors qu’ils possèdent une signification assez précise.

Par exemple, un article décrit comme « neuf » devrait se trouver dans son emballage d’origine, ne jamais avoir servi et ne présenter aucune marque d’usure ni aucune égratignure. En cas de doute, nous recommandons d’utiliser l’expression « comme neuf ».

Il en va de même pour le terme « fonctionnel ». Un article décrit comme « fonctionnel » doit réellement l’être. Concrètement, l’acheteur doit pouvoir l’utiliser immédiatement une fois rendu à la maison, sans effectuer de réparation ni acheter de pièces supplémentaires.

Il ne suffit pas de brancher un appareil et de voir un voyant s’allumer pour le considérer comme « fonctionnel ». Toutes ses composantes doivent être vérifiées. Une console qui ne détecte plus les manettes, une machine à coudre dont certains modes sont défectueux ou un amplificateur qui reçoit du courant sans produire de son ne doivent donc pas recevoir cette mention.

Les appellations « vintage » et « antique » sont également souvent utilisées de façon incorrecte. « Vintage » désigne un objet âgé de plus de 20 ans, tandis qu’« antique » s’applique à un objet de plus de 100 ans. Une pièce des années 1950 n’entre donc pas dans la catégorie des antiquités.

Lorsque nous remarquons des incohérences, nous les corrigeons, mais il serait dommage de perdre une vente en raison d’informations erronées. Nous recommandons donc de faire preuve de prudence dans la façon de présenter un article. En cas de doute, il vaut mieux utiliser des mentions comme « non testé » ou « à vérifier ».

Les descriptions trop exhaustives

À l’inverse, certains vendeurs veulent parfois tout décrire, surtout lorsqu’il s’agit de lots composés de plusieurs objets. L’intention est excellente : on souhaite donner le plus d’information possible. Mais dans certains cas, la description devient tellement longue qu’elle finit par perdre en efficacité.

Une partie du plaisir des enchères réside dans la découverte. Les acheteurs aiment acheter un lot, le trier, examiner les détails et avoir l’impression d’avoir trouvé eux-mêmes certains trésors. Lorsque tout est déjà énuméré dans la description, on perd parfois une partie de cet aspect.

Dans bien des cas, une description plus simple est suffisante, voire préférable. Par exemple, une description comme « Lot de bijoux vintage, dont Sherman, Coro et argent 925 » sera souvent plus efficace qu’une longue liste de vingt marques différentes.

Comme nous prenons un grand nombre de photographies, les acheteurs peuvent examiner le contenu en détail. Avec l’expérience, nous avons constaté que les résultats sont souvent meilleurs lorsqu’un ensemble laisse entrevoir plusieurs belles découvertes, mais que la description se limite aux éléments les plus importants. Les acheteurs savent alors qu’il y a de belles trouvailles à faire, sans avoir l’impression que tout leur a déjà été révélé.

Les réserves trop élevées

Les prix de réserve peuvent être utiles pour certains articles, mais ils doivent demeurer réalistes et être utilisés avec modération. Lorsqu’ils sont trop nombreux ou trop élevés, ils augmentent le risque d’invendus et les frais qui en découlent.

Il faut également garder en tête qu’une réserve ne peut pas être retirée une fois l’encan commencé. Le vendeur doit donc être certain du montant choisi et prêt à conserver l’article si celui-ci n’est pas atteint.

Un aspect psychologique entre aussi en jeu. Plusieurs acheteurs préfèrent s’abstenir lorsqu’un lot comporte une réserve et qu’ils ignorent le véritable seuil de vente.

Avec les années, nous avons observé le même scénario à de nombreuses reprises : un vendeur fixe une réserve, celle-ci n’est pas atteinte et le lot demeure invendu. Après avoir payé les frais associés, il remet finalement l’article en vente sans minimum. Très souvent, le même objet se vend alors à un prix supérieur au montant initialement voulu.

Revendre rapidement un achat d’encan

Une autre erreur fréquente consiste à vouloir remettre en vente un article acheté dans nos encans en pensant automatiquement obtenir un prix supérieur.

Dans bien des cas, le même lot se revendra moins cher lors de la deuxième vente. Pourquoi ? Parce qu’au moment de la première, l’acheteur devenu vendeur faisait lui-même partie des enchérisseurs et contribuait à faire monter le prix.

Cette situation devient encore plus évidente lorsqu’un article a été remporté à la mise de départ, puisqu’aucun autre acheteur n’avait alors manifesté d’intérêt pour ce lot.

Les lots disparates

Les lots composés d’objets sans lien réel entre eux attirent généralement moins d’intérêt. Lorsqu’un acheteur ne souhaite qu’un ou deux articles précis, il peut renoncer à miser pour éviter de s’encombrer du reste.

Un regroupement par catégorie, par époque, par style ou par utilisation crée un ensemble plus cohérent. Les acheteurs comprennent alors rapidement ce sur quoi ils misent et le lot attire plus facilement les collectionneurs concernés.

Les lots de trop faible valeur

Nous recommandons de constituer des lots ayant un potentiel de vente d’environ 20 $ ou plus. Cette approche est plus avantageuse pour vous comme pour nous, puisque les frais fixes représentent une part beaucoup plus importante du résultat lorsqu’un lot se vend à très bas prix.

Prenons un premier exemple volontairement extrême. Un vendeur nous confie dix lots : sept se vendent à la mise de départ de 6 $, tandis que trois demeurent invendus. Les ventes totalisent 42 $. Les frais d’insertion s’élèvent à 17,50 $, les frais de gestion des trois invendus à 3,75 $, et la commission de 25 % à 10,50 $. Après tous les frais, il reste donc 10,25 $ au vendeur, soit environ 24,4 % du montant total des ventes.

Dans un second exemple, le vendeur nous confie encore dix lots, mais ceux-ci se vendent tous 50 $. Les ventes totalisent alors 500 $. Les frais d’insertion demeurent les mêmes, soit 17,50 $, tandis que la commission représente 125 $. Il reste donc 357,50 $ au vendeur, ce qui correspond à 71,5 % du montant total des ventes.

Les frais d’insertion sont identiques dans les deux exemples, mais leur effet diminue fortement lorsque la valeur moyenne des lots augmente. Il vaut donc mieux privilégier des lots cohérents ayant un réel potentiel de vente plutôt que de multiplier les lots de faible valeur.

Regarder les résultats dans leur ensemble

Un seul lot ne suffit pas à juger la performance d’un dépôt. Il faut plutôt considérer le rendement global obtenu à la fin de l’encan.

Vous pouvez avoir de très grandes attentes envers un article qui, au final, attire peu l’attention. À l’inverse, certains objets que vous auriez presque hésité à jeter peuvent susciter un intérêt remarquable auprès des enchérisseurs.

Dans un encan, les résultats reposent davantage sur un équilibre général et une moyenne globale que sur une succession de gros montants pour chaque lot. C’est aussi pourquoi un dépôt varié obtient souvent une meilleure performance d’ensemble. Plus il rassemble de catégories différentes susceptibles d’attirer plusieurs types d’acheteurs, plus les chances de générer de l’activité et de belles surprises augmentent.

La valeur sentimentale

N’oubliez jamais qu’un encan demeure une vente à date fixe, au plus offrant. Si un objet possède pour vous une trop grande valeur sentimentale et que vous ne vous sentez pas réellement prêt à le laisser partir, il vaut probablement mieux attendre avant de le mettre en vente. Vous pourrez toujours nous l’apporter plus tard, lorsque vous serez prêt.

Prêt à vendre en encan ?

Une fois les principales étapes maîtrisées, vendre dans un encan en ligne devient une démarche claire et accessible.

Que vous souhaitiez vous départir de quelques objets, vider un grenier complet ou simplement faire de la place, les encans permettent de rejoindre une clientèle déjà active et intéressée.

Et même après plusieurs années dans le domaine, certaines trouvailles complètement inattendues continuent de nous surprendre lors des fermetures d’encans. Vous pensez posséder l’objet inusité que nous n’avons encore jamais présenté ? Apportez-le-nous : il pourrait bien déclencher une véritable bataille d’enchères !

Les jouets en tôle japonais : quand le Japon faisait rêver les enfants du monde entier

Lorsque je pense aux jouets de mon enfance, deux souvenirs me reviennent immédiatement. D’abord, mon train électrique. J’avais tellement de rails que les possibilités semblaient infinies. Une fois, j’avais même réussi à construire un circuit qui partait de ma chambre, traversait le corridor, entrait dans la chambre de mes sœurs et revenait ensuite chez moi. Je pouvais ainsi leur livrer des surprises… pas toujours agréables.

L’autre jouet qui m’a marqué était une station-service Esso Playmobil. Je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi, mais j’étais fasciné par les pompes à essence, les accessoires et tous les petits détails. Dans mes yeux d’enfant, tout semblait incroyablement réaliste. J’ai joué avec cet ensemble pendant des années.

Tout cela trahit probablement mon âge : je suis un enfant des années 1980. Mais honnêtement, si j’étais né quelques décennies plus tôt, je suis convaincu que j’aurais complètement craqué pour les jouets en tôle japonais.

Colorés, mécaniques et parfois étonnamment complexes pour leur époque, ces objets ont fait rêver toute une génération d’enfants entre les années 1940 et 1970. Ils apparaissent encore régulièrement dans nos encans et suscitent toujours beaucoup d’intérêt auprès des collectionneurs.

Dans ce blogue, je vous propose de découvrir l’univers des tin toys japonais, leur histoire, leur fonctionnement et les raisons pour lesquelles ces petites merveilles de métal continuent de fasciner autant les amateurs aujourd’hui.

Un style immédiatement reconnaissable

Ce qui frappe immédiatement lorsqu’on en voit un, c’est leur personnalité. Contrairement à plusieurs jouets modernes fabriqués en plastique, ceux en tôle dégagent une présence visuelle très particulière. Les couleurs lithographiées, les mécanismes visibles, les graphismes parfois naïfs et les thèmes inspirés des voitures, de la science-fiction ou encore des personnages animés leur donnent une esthétique unique.

Pourquoi autant de jouets venaient-ils du Japon ?

Après la Seconde Guerre mondiale, le Japon devait reconstruire une grande partie de son économie. Plusieurs entreprises se tournèrent alors vers la fabrication de produits destinés à l’exportation, notamment les jouets.

À cette époque, les fabricants japonais réussirent à produire des jouets peu coûteux, visuellement impressionnants et souvent très innovants. Les États-Unis devinrent rapidement leur principal marché d’exportation, ce qui explique pourquoi plusieurs pièces portèrent des mentions anglaises comme « Japan » ou « Made in Japan ».

Leur prix compétitif, leurs mécanismes ingénieux et leurs lithographies colorées leur permirent de rivaliser avec plusieurs fabricants américains. En quelques années, le Japon s’imposa comme l’un des principaux producteurs de jouets en tôle destinés au marché nord-américain.

Des jouets pensés pour les enfants américains

Cette orientation vers l’exportation influence directement les jouets produits. Plusieurs modèles reprennent des thèmes très populaires aux États-Unis : voitures de course, avions militaires, policiers, cowboys, astronautes ou robots inspirés de la science-fiction hollywoodienne.

Voiture ancienne en tôle lithographiée avec toit décapotable et détails dorés
Ancienne voiture en tôle aux détails lithographiés et aux couleurs typiques des jouets mécaniques vintage
Jouet de policier sur motocyclette en tôle lithographiée vintage
Jouet en tôle représentant un policier à moto, avec graphismes colorés

La tôle lithographiée

Dans l’après-guerre, les fabricants utilisaient énormément la tôle lithographiée, un matériau relativement abordable permettant d’imprimer directement les couleurs et illustrations sur les feuilles de métal avant l’assemblage.

Ce procédé donnait aux jouets une personnalité très forte : motifs détaillés, fausses textures, phares dessinés, cadrans imprimés, uniformes colorés ou décors futuristes pouvaient être intégrés directement au métal.

Mais on sentait déjà les premiers signes de ce qui allait devenir la révolution du plastique dans l’industrie du divertissement pour enfants. Il n’était donc pas rare de voir certains modèles combiner la tôle avec d’autres matériaux. Plusieurs personnages animés possédaient notamment des têtes, des mains ou certains accessoires moulés en plastique.

Des mécanismes pleins de surprises

Une autre grande force des tin toys japonais réside dans leur fonctionnement. Certains avançaient à friction, d’autres grâce à un système à remontoir, et quelques modèles plus avancés utilisaient déjà de petits moteurs alimentés par des piles Leur fabrication demandait également beaucoup de travail manuel : les pièces métalliques étaient découpées, lithographiées, pliées puis assemblées avant l’installation des mécanismes internes.

Même les versions les plus simples pouvaient offrir des mouvements très amusants. Un crocodile avançait en ouvrant la gueule, un clown effectuait des culbutes autour d’une barre d’acrobatie, une voiture zigzaguait ou un petit musicien jouait d’un instrument. Pour les enfants des années 1950 et 1960, ces jouets avaient quelque chose de presque magique.

Ils produisaient aussi toutes sortes d’effets très caractéristiques : cliquetis métalliques, roues à friction bruyantes, vibrations, petits bruits de moteur et parfois même étincelles.

Moto mécanique japonaise en tôle lithographiée avec mécanisme à remontoir, années 1950-1960
Moto mécanique japonaise en tôle lithographiée
Crocodile mécanique japonais en tôle lithographiée avec mécanisme à remontoir, années 1950-1960
Jouet crocodile mécanique aux motifs écailleux

Le cas de Jimmy le Clown

Normalement, dans nos encans, nous ne testons pas les objets en vente ; c’est la responsabilité des vendeurs de nous indiquer si leurs articles sont fonctionnels ou non. Les tin toys font toutefois souvent exception, non pas pour améliorer leurs descriptions, mais simplement parce qu’il nous est impossible de résister à l’envie de voir leurs mécanismes fonctionner.

Nous avions notamment eu beaucoup de plaisir avec Jimmy le Clown, un jouet mécanique capable d’effectuer des culbutes autour de sa barre d’acrobatie grâce à un ingénieux mécanisme à remontoir.

Les grandes compagnies japonaises de jouets en tôle

Plusieurs fabricants japonais devinrent extrêmement populaires durant les années 1950 et 1960. Parmi les plus connus, on retrouve notamment Bandai, Masudaya, Yonezawa, Nomura et Yoshiya. Ces compagnies contribuèrent largement à faire du Japon l’un des plus importants producteurs de tin toys au monde durant l’après-guerre.

Bandai

Fondée à Tokyo en 1950, Bandai débuta avec des jouets métalliques, des voitures miniatures et différents jouets mécaniques destinés au marché nord-américain. Le nom « Bandai » provient de l’expression japonaise « bandai fueki » (万代不易), qui évoque l’idée de quelque chose d’immuable ou d’éternel.

Bien avant les figurines et l’univers Gundam qui rendront la compagnie mondialement célèbre, Bandai fabriquait déjà des jouets en tôle colorés, détaillés et reconnus pour leur qualité, notamment ses véhicules inspirés des automobiles américaines des années 1950 et 1960.

Masudaya et les robots spatiaux

Fondée en 1923 à Tokyo, Masudaya — aussi connue sous les noms Modern Toys ou M.T. — produisit après la guerre une grande variété de jouets mécaniques et électriques. Elle devint surtout reconnue pour ses robots, ses jouets spatiaux et ses créations inspirées de la science-fiction.

À l’époque de la course à l’espace, certains modèles comme le célèbre « Target Robot » contribuèrent fortement à sa réputation.

Yonezawa et les voitures miniatures

Yonezawa se spécialisa dans une grande variété de jouets mécaniques : voitures, trains, avions, véhicules militaires, bateaux et robots. La compagnie devint particulièrement célèbre pour ses automobiles en tôle à friction, souvent inspirées de modèles américains comme Cadillac, Ford, Chevrolet ou Lincoln.

Ses jouets se démarquaient par leurs lithographies détaillées, leurs pare-chocs chromés, leurs intérieurs soignés et leurs mécanismes fonctionnels.

Nomura, Yoshiya et les autres fabricants

D’autres entreprises comme Nomura — dont les jouets portent souvent le logo « TN » (Toys Nomura) — et Yoshiya occupèrent aussi une place importante. Nomura produisit plusieurs robots et jouets mécaniques mêlant lumières, étincelles, friction et mouvements motorisés.

Yoshiya fabriqua quant à elle une grande variété d’animaux mécaniques, de personnages amusants et de véhicules lithographiés, souvent destinés aux enfants plus jeunes.

Les importateurs américains

Plusieurs compagnies japonaises fabriquaient également des jouets pour des importateurs américains comme Cragstan, Marx, Rosko ou Linemar. Voilà pourquoi certains portent parfois une marque américaine sur leur boîte ou dans leur publicité, même si la mention « Made in Japan » révèle leur véritable origine.

La fascination pour la vitesse et les moyens de transport

Les moyens de transport occupent une place énorme dans l’univers des tin toys japonais. Voitures de course, motos, avions, camions, bateaux et véhicules militaires permettent aux fabricants de jouer avec ce qui fonctionne le mieux dans ce matériau : les couleurs vives, les lignes rapides, les roues à friction, les hélices et les petits mécanismes qui donnent l’impression que l’objet est vivant.

Ces modèles reflètent aussi les rêves de leur époque. Dans les années 1950 et 1960, l’automobile, l’aviation et la vitesse occupent une place importante dans l’imaginaire populaire. Les fabricants japonais s’en inspirent directement en créant des pièces décorées de numéros de course, de flammes, d’ailes chromées ou de motifs militaires. Le résultat est souvent très théâtral, parfois même un peu exagéré, mais c’est justement ce qui fait leur charme.

Un simple avion en tôle pouvait ainsi évoquer l’aviation militaire, tandis qu’une voiture de course à clé de remontage donnait à l’enfant l’impression de tenir entre ses mains un véritable bolide mécanique. Ces petites machines n’étaient pas seulement faites pour être regardées. Elles devaient bouger, avancer, vibrer, tourner ou filer sur le plancher du salon.

Avion militaire en tôle lithographiée avec hélice et motifs Air Force
Avion en tôle coloré inspiré de l’aviation militaire avec hélice fonctionnelle et graphismes typiques des tin toys
Voiture de course en tôle inspirée des automobiles anciennes avec clé de remontage
Voiture de course en tôle aux lignes futuristes et aux détails rappelant les anciennes automobiles de compétition

Les robots, l’espace et la science-fiction

Avec les modèles spatiaux, les fabricants japonais vont encore plus loin. Ici, on ne reproduit plus seulement le monde réel : on imagine le futur. Robots, fusées, astronautes, soucoupes volantes et véhicules interplanétaires deviennent des terrains de jeu parfaits pour la tôle lithographiée.

La course à l’espace et la science-fiction nourrissent fortement cette esthétique. Les pièces se couvrent alors d’antennes, de radars, de dômes transparents, de couleurs métalliques et de détails futuristes. Certains modèles semblent presque sortis d’un vieux film de série B, ce qui les rend encore plus attachants.

C’est aussi dans cette catégorie qu’on retrouve plusieurs des créations les plus recherchées par les collectionneurs. Les robots et tin toys spatiaux résument à eux seuls une époque où la technologie semblait promettre un avenir spectaculaire, rempli de machines étonnantes et de mondes à découvrir.

Jouet spatial en tôle typique des jouets en tôle japonais avec radar et astronaute sous dôme transparent
Jouet spatial Masudaya « Space Radar Scout Pioneer » avec radars mobiles et cockpit futuriste sous dôme transparent
Fusée en tôle colorée typique des jouets en tôle japonais avec ailes décorées et pilote futuriste
Jouet fusée « Rocket Racer » aux couleurs vives, représentatif de l’imaginaire spatial des tin toys japonais

L’importance des boîtes d’origine

Les jouets en tôle japonais deviennent particulièrement recherchés lorsqu’ils demeurent fonctionnels, complets ou en bon état. Les traces d’usure naturelles ne sont pas nécessairement un défaut : elles rappellent que ces pièces ont réellement été manipulées, remontées, transportées et utilisées. La boîte d’origine joue aussi un rôle important : sa présence peut faire grimper l’intérêt d’un exemplaire de façon considérable.

Pour bien des collectionneurs, l’emballage possède presque autant d’importance que le tin toy lui-même. Les fabricants japonais créaient souvent des boîtes très colorées, remplies d’illustrations dynamiques, de typographies éclatées et de scènes d’action spectaculaires. Dans certains cas, un emballage en bon état peut même valoir presque autant que ce qu’il contenait.

Jouet Charley Weaver Bartender avec sa boîte originale typique des jouets en tôle japonais vintage
Jouet Charley Weaver Bartender accompagné de sa boîte d’origine aux illustrations colorées et aux graphismes publicitaires typiques des tin toys japonais destinés au marché américain
Jouet Charley Weaver Bartender en tôle faisant partie de l’univers des jouets en tôle japonais vintage
Autre exemplaire du jouet Charley Weaver Bartender, un modèle articulé à petit moteur, présenté ici sans sa boîte d’origine.

Les reproductions modernes et les faux vieillissements

Comme plusieurs catégories populaires de collection, les tin toys ont connu leur lot de reproductions modernes. Certaines sont vendues honnêtement comme objets décoratifs, tandis que d’autres tentent plutôt d’imiter artificiellement l’usure afin de paraître plus anciennes.

Les collectionneurs expérimentés observent donc plusieurs détails : la qualité de la lithographie, le type de mécanisme, les matériaux utilisés, les inscriptions sous la pièce ou encore la façon dont l’usure apparaît sur le métal. Heureusement, la patine naturelle des anciens exemplaires demeure extrêmement difficile à reproduire de façon convaincante.

La disparition graduelle des jouets en tôle

L’arrivée massive du plastique durant les années 1970 accéléra le déclin des jouets en tôle. Moins coûteux à produire, plus facile à mouler et généralement plus résistant aux chocs, il s’imposa rapidement. Peu à peu, plusieurs fabricants abandonnèrent donc le métal au profit de ce matériau.

En parallèle, les enfants utilisaient réellement ces jouets en tôle. Beaucoup furent usés, brisés, démontés ou simplement jetés lorsqu’ils cessaient de fonctionner. Ils n’étaient pas encore perçus comme des objets de collection : ils étaient avant tout destinés à être manipulés.

Des merveilles mécaniques qui traversent le temps

Les jouets en tôle japonais racontent bien plus que l’histoire d’une industrie. Ils témoignent de la reconstruction du Japon après la Seconde Guerre mondiale, de l’essor du marché nord-américain, de la fascination pour l’espace et d’une époque où quelques engrenages, un ressort et beaucoup d’imagination suffisaient à créer des trésors d’ingéniosité.

Même aujourd’hui, ils continuent de créer de belles surprises dans nos encans. Certains modèles très simples attirent parfois énormément d’intérêt, surtout lorsqu’ils demeurent fonctionnels ou qu’ils proviennent de marques recherchées. Au fait, avez-vous retenu les noms de compagnies mentionnés plus haut ? Non ? Moi non plus. Mais au fond, ce qui compte vraiment, c’est ce qu’elles ont réussi à produire : des jouets capables de traverser les décennies, de redevenir fascinants dès qu’un mécanisme se remet en marche, de stimuler l’imagination et de faire rêver les enfants… et les plus grands !


Une journée au Lachute Antique Expo Show

Hier se tenait le désormais traditionnel Lachute Antique Expo Show, un grand rendez-vous annuel consacré aux antiquités, au vintage et aux objets de collection, soit précisément les catégories que nous privilégions dans nos encans. 

J’avais manqué l’édition de l’an dernier, mais normalement, j’essaie toujours d’aller y faire un tour. Mon oncle y tient d’ailleurs un kiosque depuis la première année et, chaque fois, il m’invite à passer le voir. Pour les curieux, vous pouvez le suivre ici : Rétro Décor.

Cela dit, même si ma visite était déjà prévue, j’aurais difficilement pu l’oublier. Je suis assez peu actif sur les réseaux sociaux, mais dans les dernières semaines, chaque passage rapide dans mon fil d’actualité me rappelait que le Lachute Antique Expo Show approchait. Je voyais passer des publications liées à la page de l’événement, mais aussi beaucoup de partages et de commentaires d’exposants qui annonçaient leur présence, parlaient de ce qu’ils préparaient et rappelaient l’approche du show. La plupart n’étaient même pas dans mes contacts, mais l’algorithme semblait avoir compris que ce genre de contenu avait toutes les chances de m’intéresser. Bref, même si je n’avais pas déjà eu l’intention d’y aller, à force de voir passer ces publications une fois, puis deux, puis dix, j’aurais probablement fini par me dire : bon, manifestement, il faut aller voir ça.

Au programme : antiquités, vieilles publicités, objets de collection, kiosques bien remplis, visages connus, conversations entre passionnés, quelques photos prises beaucoup trop rapidement et, évidemment, plusieurs inconnus qui allaient m’accoster pour me confier qu’ils avaient été séduits au premier regard… par Noura. Bref, exactement le genre de sortie qui rappelle pourquoi ce milieu reste aussi vivant.

Le départ aux aurores

Le dimanche, même si je fais du travail à distance en journée et qu’un encan se termine en soirée, c’est normalement la journée où je me lève un peu plus tard. Mais hier, Noura et moi étions debout à 6 h, question d’arriver à l’ouverture et de vivre l’expérience totale. Nous sommes passés à l’encan récupérer les derniers achats de mon oncle pour les lui apporter, puis nous avons pris la 50 en direction du Marché aux Puces Lachute, où se tenait l’événement, avec un café de plus qu’à l’ordinaire pour compenser le manque de sommeil.

Le Lachute Antique Expo Show se déroule à l’extérieur. Il devait avoir lieu beau temps, mauvais temps, avec des toits au-dessus des kiosques en cas de pluie. De mon côté, je craignais moins les averses que la chaleur. On venait de traverser une semaine caniculaire et j’avais peur que ça se poursuive. J’avais donc prévu une immense bouteille d’eau et un bol pour Noura. Heureusement, la météo a collaboré. Il faisait chaud, assez pour prendre un peu de couleurs, mais sans atteindre les températures des jours précédents. Pour une journée où l’on marche beaucoup, où l’on s’arrête souvent et où l’on revient parfois sur ses pas, ça compte.

Un événement qui prend de l’ampleur

Le Lachute Antique Expo Show en était à sa 4ᵉ édition, et tout indique que la formule gagne du terrain. Cette année, plus de 150 exposants étaient réunis sur le site. Dans les allées, on sentait que ce rendez-vous attire désormais un public qui sait pourquoi il se déplace.

Ce n’est plus seulement une sortie qu’on découvre par hasard au détour d’un dimanche. C’est devenu une date importante pour les amateurs d’antiquités et de vintage, avec des vendeurs, des acheteurs et des curieux qui semblent de plus en plus nombreux à l’avoir encerclée dans leur calendrier.

Je me suis brièvement entretenu avec deux des organisateurs, très modestes, qui préfèrent manifestement laisser parler l’événement plutôt que de se mettre de l’avant. J’ai aussi discuté avec plusieurs exposants, et les commentaires allaient tous dans le même sens : beaucoup de travail est investi en coulisses pour bonifier l’expérience, attirer plus de monde et préserver le charme de la journée.

Une organisation qui se remarque

Et ça paraît sur place. Les kiosques sont bien mis en valeur, la circulation est agréable et on a envie de prendre son temps. J’ai dû faire le tour des allées un bon dix fois ! On sent que rien n’a été laissé au hasard.

La préparation ressort aussi dans la façon dont l’événement est présenté avant même le jour J. Les exposants sont mis de l’avant, les publications circulent abondamment sur les réseaux sociaux et il est facile de suivre ce qui se prépare avant l’ouverture. Dans un milieu où le bouche-à-oreille occupe encore une place importante, cette visibilité contribue clairement à attirer autant les vendeurs que les visiteurs.

Un bon show d’antiquités ne dépend pas seulement de sa taille. Il repose aussi sur la qualité des exposants, sur l’ambiance, sur la confiance qu’on a en ce qu’on va y trouver et sur l’énergie que les organisateurs réussissent à insuffler à la journée, même s’ils ne l’avoueront pas. À ce chapitre, le Lachute Antique Expo Show semble avoir trouvé la bonne recette.

Pas une journée régulière au marché aux puces

Le Marché aux Puces Lachute est déjà un endroit bien connu des chineurs. Si j’en ai perdu quelques-uns, un chineur, c’est quelqu’un qui aime fouiller les brocantes, les ventes de garage, les encans et les tables de vendeurs à la recherche d’objets intéressants, rares, anciens ou simplement sous-estimés. Ça peut être dans une optique de revente, même si, dans ce cas, j’aurais plutôt tendance à utiliser le mot picker. Mais on peut aussi chiner pour décorer sa maison, compléter une collection ou simplement parce qu’on aime tomber sur quelque chose qu’on ne cherchait pas. Bref, c’est quelqu’un qui sait que la meilleure trouvaille n’est pas toujours celle qui saute aux yeux en premier. 

À Lachute, on peut donc déjà trouver de tout, et c’est justement ce qui fait partie du charme de l’endroit. Mais le Lachute Antique Expo Show joue dans un autre registre.

Bouteilles anciennes et isolateurs en verre au Lachute Antique Expo Show
L’un des étalages d’isolateurs et de bouteilles anciennes que j’ai préférés pendant ma visite.
Figurines décoratives, objets en laiton et verrerie au Lachute Antique Expo Show
Une table où les grosses pièces accrochent d’abord le regard, avant qu’on se perde dans les petits détails.

Ce qui distingue vraiment cette journée d’un marché aux puces régulier, c’est la qualité de ce qui se retrouve sur les tables. Les vendeurs n’apportent pas simplement de quoi garnir leur espace. Ils sortent leurs gros canons, les pièces qu’ils gardent justement pour les rendez-vous importants. On sent que chaque espace est préparé avec soin, avec l’idée de proposer quelque chose de plus relevé que ce qu’on pourrait voir le reste de l’année : la crème de la crème. 

Et ça change complètement l’expérience. On ne marche plus seulement entre des kiosques : on avance avec l’impression que les exposants ont aménagé chaque espace pour retenir l’attention, attirer l’œil et faire arrêter les gens dans les allées.

Ce qu’on trouve au Lachute Antique Expo Show

Un bon show d’antiquités, c’est toujours un peu imprévisible. C’est d’ailleurs pour ça qu’on y va. On peut avoir une idée générale de ce qu’on espère trouver, mais l’intérêt vient souvent de tout ce qu’on n’avait pas prévu croiser.

Avec autant de tables à parcourir, chacune avec ses spécialités, il est pratiquement impossible de tout voir en un seul passage. C’est d’ailleurs ce qui rend la visite aussi agréable : on tourne un coin d’allée et on découvre constamment quelque chose de différent.

À Lachute, la variété fait partie du plaisir. On peut tomber sur des meubles, des bijoux, de la vaisselle, des outils, des jouets mécaniques, des luminaires, de l’art populaire, des objets décoratifs, des curiosités et toutes sortes d’objets de collection. Certains kiosques misent sur des pièces spectaculaires ; d’autres demandent qu’on prenne le temps de fouiller un peu plus attentivement. 

Plaques d’immatriculation anciennes au Lachute Antique Expo Show
Des plaques d’immatriculation, en voulez-vous, en voilà !
Sélection de cannes anciennes exposées au Lachute Antique Expo Show
Heureusement qu’il ne ventait pas trop…

La vieille publicité semble toutefois occuper une place à part. Affiches de garage, pancartes Coca-Cola, enseignes émaillées, objets promotionnels, thermomètres publicitaires, présentoirs, contenants anciens : ce genre de pièce frappe vite l’œil. Elle combine nostalgie, graphisme, marques connues et potentiel décoratif, ce qui explique probablement pourquoi elle attire autant les regards.

Kiosque rempli d’anciennes publicités et d’enseignes au Lachute Antique Expo Show
Le genre de kiosque qui fait arrêter net.
Plateaux publicitaires, enseignes et objets promotionnels anciens
Ici, les amateurs de cabarets publicitaires étaient comblés.

C’est aussi une catégorie très facile à apprécier, même quand on ne la collectionne pas officiellement. Une belle enseigne ou une vieille affiche se comprend vite. On la voit, on reconnaît une époque, une marque, une ambiance, et on saisit rapidement pourquoi quelqu’un voudrait repartir avec.

Faut-il arriver tôt à ce genre d’événement ?

La croyance populaire veut qu’il faille arriver dès les premières heures pour maximiser ses chances de dénicher les meilleures aubaines, mais la réalité est un peu plus nuancée.

C’est vrai que les chineurs, les pickers, les antiquaires et les collectionneurs très ciblés ont souvent intérêt à arriver tôt. Certaines pièces ne restent pas longtemps sur une table. Il y a des gens qui savent exactement ce qu’ils cherchent, qui balayent rapidement les kiosques du regard et qui décident sans hésiter. Mais il y en a aussi qui prennent leur temps, qui inspectent chaque pièce et qui cherchent le détail que d’autres n’auront pas vu, comme les amateurs d’ouraline qui n’ont jamais leur lampe UV très loin.

Plusieurs vendeurs m’ont aussi confié qu’ils s’installent dès la veille. Ça leur permet de préparer leur kiosque tranquillement, de discuter entre eux, de conclure quelques transactions et d’être fin prêts lorsque les visiteurs arrivent le lendemain matin.

Cela dit, pour monsieur et madame Tout-le-Monde, il n’est pas nécessaire d’être sur place aux petites heures du matin pour profiter de l’événement. Avec autant de vendeurs, de tables et de catégories d’objets, il reste de belles occasions tout au long de la journée. On peut arriver plus tard, fouiller à son rythme, faire de belles rencontres et tomber sur quelque chose qu’on n’avait pas prévu chercher.

J’en ai moi-même fait l’expérience il y a deux ans, quand j’ai trouvé une chouette taxidermie à très bon prix en plein après-midi. Comme quoi, même quand les premiers chasseurs de trésors sont déjà passés, le show n’a pas encore dit son dernier mot.

Beaucoup de visages connus

Ce que j’aime dans ce genre de sortie, c’est qu’on ne croise pas seulement des objets. On croise aussi un milieu.

En marchant entre les kiosques, j’ai perdu le compte du nombre de vendeurs et d’acheteurs de l’encan que j’ai croisés. Je ne suis pas le meilleur pour reconnaître les visages, mais Noura me rend facilement identifiable. Les gens la remarquaient souvent avant moi, puis réalisaient ensuite que j’étais au bout de sa laisse.

Plusieurs vendeurs de l’encan étaient aussi exposants au Lachute Antique Expo Show. Certains m’ont même invité à passer derrière leur kiosque pour discuter de leur côté de la table. C’était assez drôle, parce qu’il arrivait que des clients, eux aussi habitués de nos encans, s’arrêtent devant leurs objets, lèvent les yeux pour demander un prix… puis tombent sur moi. Je devais alors leur répondre en riant : « Ah ! Bonjour ! Ce n’est pas mon kiosque, c’est celui de… »

Entre passionnés

Mais dans ce contexte « hors encan », personne ne m’attendait au comptoir. Je n’avais pas un dépôt d’articles à gérer, une question technique à régler ou des lots à photographier. On pouvait simplement jaser.

J’ai discuté de jouets en tôle japonais, de verre carnaval, d’art déco — tiens, tiens, tous des sujets de blogues à venir… J’ai naturellement aussi échangé avec mon oncle, une véritable encyclopédie vivante de tout ce qui touche aux anciennes bouteilles. Puis, comme souvent dans ce milieu, un sujet en amenait un autre. On part d’une vieille affiche publicitaire, quelqu’un attire notre attention sur une signature au fond d’une pièce de céramique, un autre mentionne une caractéristique d’un style, et cinq minutes plus tard, on compare des souvenirs de trouvailles improbables. Le tout entrecoupé de passants qui nous arrêtaient pour demander le nom de Noura ou savoir s’ils pouvaient la caresser.

Au final, j’ai donc plus parlé que dépensé. Mais…

De nouveaux caniches

J’espérais profiter de la journée pour dénicher quelques pièces de Pyrex qui me manquent encore dans les motifs que je collectionne. Malheureusement, je suis rentré bredouille de ce côté-là.

En revanche, je ne suis pas reparti les mains vides. Quatre nouveaux caniches se sont ajoutés à ma collection — eh oui, je collectionne aussi tout ce qui concerne la meilleure race de chiens.

J’ai trouvé un jouet à piles qu’on peut promener en laisse. À première vue, le mécanisme semble encore complet. Il aura besoin d’une petite soudure dans le compartiment des piles, mais rien qui ne devrait être bien compliqué à remettre en état.

J’ai aussi rapporté un trio de figurines en porcelaine. On croise assez souvent ce genre de caniches décoratifs : un plus gros accompagne deux plus petits, reliés par une chaîne métallique. En revanche, je n’avais encore jamais vu cette variante avec des lunettes et de la fausse fourrure. Ce n’était clairement pas les pièces les plus rares ou spectaculaires du show, mais c’étaient mes trésors à moi.

Caniche vintage à piles avec laisse et boîtier bleu
Celui-là, Noura était convaincue que c’était un jouet pour elle.
Trio de caniches en porcelaine avec lunettes et fausse fourrure
Avouez que le plus grand a quand même un petit air d’intello.

Ce qu’un show apporte de différent

Évidemment, j’ai un faible pour les encans. C’est mon monde. Mais les shows d’antiquités comme celui de Lachute jouent un rôle différent et — presque — aussi important.

Un encan permet à un objet de rejoindre beaucoup d’acheteurs, parfois très loin, et de laisser le marché déterminer son prix. Sur place, l’expérience est tout autre. On peut toucher, comparer, discuter, poser des questions, négocier, découvrir des marchands et se laisser surprendre par une table qu’on n’aurait jamais trouvée en cherchant un simple mot-clé.

Il y a aussi quelque chose de précieux dans le contact direct avec le vendeur. On entend une histoire, on pose une question, on reçoit une information qu’on n’aurait jamais pensé chercher, puis on repart parfois avec une meilleure compréhension d’un objet, d’une marque ou d’une époque.

C’est peut-être ce qui résume le mieux cette journée. On pense venir voir des objets, puis on finit par passer autant de temps à parler aux gens qui les aiment, les vendent, les cherchent ou les collectionnent. C’est là que le show prend tout son sens. Il ne sert pas seulement à faire circuler des pièces ; il garde aussi vivant un milieu où les connaissances, les anecdotes et la passion se transmettent d’une table à l’autre.

Bref, le Lachute Antique Expo Show mérite clairement sa place dans le calendrier des amateurs d’antiquités, de vintage et d’objets de collection. J’y retournerai l’an prochain et, pour fêter sa 5ᵉ édition, c’est clair : des vendeurs proposeront des Pyrex Fridgie Autumn Harvest… et des plats à lasagne de tous mes modèles préférés !

Vendre en encan en ligne à moindre coût : l’option libre-service

Vendre en encan en ligne vous permet d’obtenir le juste prix pour vos objets, soit celui que le marché est réellement prêt à payer lorsque plusieurs acheteurs se livrent concurrence.

Toutefois, vous pouvez hésiter à franchir le pas en raison des frais associés à ce type de vente.

Ce que plusieurs ignorent, c’est qu’il existe une option plus économique : le libre-service.

Une façon plus autonome de vendre en encan en ligne

Le libre-service repose sur un principe simple : vous préparez vous-même vos lots — photos, titres, descriptions et emballage — puis vous nous les apportez déjà prêts à être remis aux acheteurs. De notre côté, nous assurons leur intégration à l’encan, leur mise en ligne, leur visibilité ainsi que toute la gestion de la vente.

Comme les photos et les descriptions sont déjà préparées au moment du dépôt, nous pouvons généralement ajouter vos lots à nos encans plus rapidement que si nous devions effectuer toute la préparation après leur réception.

Cette approche vous permet de vendre de manière plus autonome, tout en profitant de notre visibilité et de notre bassin d’acheteurs actifs.

Réduire ses frais en vendant en encan en ligne via le libre-service

L’un des principaux avantages du libre-service est de vous permettre de garder une plus grande part de vos ventes.

En préparant vous-même vos lots, vous profitez d’une structure tarifaire plus avantageuse : les frais de commission passent de 25 % à 20 %, et les frais d’insertion chutent de 1,75 $ à seulement 0,75 $ par lot.

Sur quelques lots, l’écart peut sembler modeste. Mais lorsqu’on parle de plusieurs dizaines, voire de centaines d’articles, l’économie devient rapidement très intéressante.

Autrement dit : moins de frais, plus d’argent qui reste dans vos poches.

Le libre-service devient particulièrement avantageux pour les vendeurs qui ont plusieurs articles à écouler et qui sont capables de préparer eux-mêmes leurs photos et descriptions.

Une préparation à ne pas négliger

Vendre en encan en ligne en libre-service demande une certaine rigueur. Cette option s’adresse à des vendeurs relativement débrouillards, à l’aise avec la préparation et la présentation de leurs lots.

Les photos et les descriptions doivent être complètes et fidèles, en montrant le contenu sous plusieurs angles et en incluant tous les éléments pertinents, autant positifs que négatifs. Cela comprend notamment les marques, signatures, numéros de série ainsi que les défauts, s’il y a lieu.

Nous insistons particulièrement sur la transparence. Nous nous faisons un point d’honneur d’offrir aux acheteurs une représentation fidèle de ce qui est mis en vente, afin qu’ils puissent bien évaluer l’état de ce sur quoi ils misent.

Les photos doivent être prises sur un fond neutre et propre, sans éléments parasites comme des mains ou un environnement en arrière-plan. La photo principale doit également inclure notre carte d’affaires, que nous vous remettrons avant le début du processus. Elle sert de référence de taille, à l’image de la canette utilisée lorsque nous réalisons les photos.

photo d’un objet en laiton prise à l’interne avec canette de référence Encans des Laurentides
Photo prise par notre équipe avec la canette servant de repère de taille.
photo libre-service d’un objet en laiton avec carte d’affaires Encans des Laurentides comme référence de taille
Photo fournie par un vendeur libre-service avec notre carte d’affaires en guise de repère de taille.


Il n’est toutefois pas nécessaire de posséder une caméra professionnelle comme celles que nous utilisons à l’interne. Les téléphones cellulaires modernes permettent de prendre d’excellentes photos et conviennent très bien au libre-service. Si vous utilisez un iPhone, il suffit de configurer l’appareil pour enregistrer les photos en format JPG plutôt qu’en HEIC. Au besoin, nous pouvons vous expliquer facilement comment effectuer ce réglage.

Organiser le dépôt de vos lots

Lorsque vous savez combien de lots vous nous apporterez lors d’un dépôt, vous devez nous en informer et nous indiquer à quel moment vous prévoyez passer. Nous vous assignerons alors un encan ainsi que des numéros de lots. Vous devrez ensuite nommer vos fichiers photo et remplir vos descriptions en fonction de ces numéros.

Pour faciliter le transfert des informations, nous créons également un dossier Google Drive partagé dans lequel vous pouvez déposer vos photos. Nous vous fournissons aussi un document à remplir pour les titres et descriptions des lots, ce qui permet de structurer efficacement le dépôt.

exemple de document Google Sheets utilisé pour préparer des lots en libre-service pour un encan en ligne
Exemple du document fourni aux vendeurs libre-service pour préparer les titres, descriptions et informations des lots avant le dépôt.

Une fois cette étape complétée, il ne vous restera qu’à nous apporter vos articles au moment convenu, emballés individuellement et identifiés.

Une formule déjà adoptée

Plusieurs vendeurs utilisent le libre-service de façon régulière. Vous pouvez d’ailleurs reconnaître leurs lots à la présence de notre carte d’affaires dans la photo principale, comme nous l’avons expliqué plus haut.

Certains viennent de très loin, parcourant plusieurs heures de route pour déposer des centaines de lots à la fois et rentabiliser leur déplacement. Pour eux, chaque voyage doit en valoir la peine. Il est d’ailleurs impressionnant de voir le véritable « Tetris » qu’ils réalisent pour faire entrer autant de lots dans un seul véhicule et maximiser chaque centimètre d’espace disponible.

Véhicule chargé de 100 lots photographiés, emballés et étiquetés par un vendeur utilisant le libre-service d’Encans des Laurentides
Chargement de 100 lots déjà photographiés, emballés et étiquetés par un vendeur libre-service ayant parcouru près de trois heures de route pour effectuer son dépôt.

Commencer à vendre en encan en ligne en libre-service

Si vous souhaitez vendre en encan en ligne en libre-service, passez nous voir avant de commencer. Nous vous expliquerons les étapes du fonctionnement et vous remettrons un présentoir avec notre carte d’affaires, un guide explicatif ainsi qu’un dossier Google Drive partagé pour le transfert des photos et des informations de vos lots.

Avec le libre-service, vous gardez le contrôle sur vos articles tout en profitant de notre visibilité et du fonctionnement structuré de nos encans.