Il y a cinq minutes, après avoir terminé les photos d’un lot destiné à l’un de nos encans — de superbes poteries Blue Mountain —, je me suis mis à transcrire la description du vendeur. Puis de battre mon cœur s’est arrêté ! Poétique, hein ? C’est qu’au risque de vous l’apprendre, j’aime beaucoup notre belle langue. Mais revenons à ma défaillance cardiaque. Vous savez ce qui l’a provoquée ? Eh bien, figurez-vous que, sur sa feuille de consigne, le vendeur avait mis deux t à « poteries ». J’étais rouge, je vous le dis, rouge Chalvignac ! Impossible de poursuivre ma séance photo dans un tel état. Me voici donc devant l’ordinateur. Les autres lots attendront. Pour l’instant, l’urgence est ailleurs : écrire ce blogue dont le seul but est de remettre les pendules à l’heure. Sachez, chers lecteurs, qu’en français, le mot « poterie » prend un seul t. C’est en anglais qu’il y en a deux : pottery.
Voilà. Je me sens mieux.
Sauf que ça ferait un peu court, comme billet. Tant qu’à avoir ouvert l’éditeur WordPress, aussi bien profiter de l’occasion pour creuser un peu le sujet. Il est d’ailleurs beaucoup plus complexe que son orthographe. Les poteries et céramiques québécoises et canadiennes traversent plusieurs décennies de création et de production. Entre les fabricants, les techniques, les fameux émaux coulants, les signatures et les styles, je devrais bien trouver de quoi écrire quelques paragraphes de plus…
Poteries et céramiques : quelle différence ?
Dans le langage courant, poterie et céramique servent souvent à désigner à peu près n’importe quel objet décoratif fabriqué en terre cuite. Pourtant, les deux mots ne veulent pas dire exactement la même chose.
La céramique représente en réalité le terme général, « la grande famille ». Elle englobe plusieurs types de matériaux et de techniques, dont la faïence, le grès et la porcelaine.
La faïence correspond à une céramique plus légère et plus poreuse, souvent recouverte d’un émail coloré. Le grès, lui, est plus dense, plus solide et cuit à une température plus élevée. Quant à la porcelaine, elle est plus fine, plus blanche et plus délicate.
La poterie, elle, représente un peu une sous-famille de la céramique. Le mot, attesté en français dès le XIIIe siècle, vient tout simplement de « pot », auquel s’ajoute le suffixe « -erie ». Un pot, un t. Une poterie, toujours un t. Logique, non ? Le mot désigne d’abord l’activité de fabrication. Le potier — un t aussi, tiens donc ! — est l’artisan qui la pratique. Avec le temps, « poterie » en vient aussi à désigner les pièces fabriquées et l’atelier où elles prennent forme. Aujourd’hui, le terme s’applique surtout aux créations en terre cuite ou en grès : vases, bols, cruches, lampes ou figurines décoratives.
Certaines entreprises utilisent officiellement le mot « céramique » dans leur nom, comme la Céramique de Beauce. Pourtant, dans le langage populaire, on parle encore souvent de « poteries de Beauce » ou de « poteries québécoises ». Bref, les deux termes restent acceptables, tant que « poterie » s’écrit avec un seul t.
Les poteries de Beauce : un incontournable d’ici
Au Québec, difficile de parler de poterie vintage sans évoquer la Céramique de Beauce. L’histoire commence avec la découverte d’un gisement d’argile rouge près de la rivière Calway, en Beauce. En 1940, le « Syndicat des céramistes paysans de la Beauce » voit le jour. Le projet vise à stimuler l’économie régionale et à offrir des revenus complémentaires aux agriculteurs. Il cherche ainsi à ralentir l’exode rural.
Une école de céramique ouvre aussi pour former une main-d’œuvre spécialisée dans la région. Durant les premières années, les ateliers utilisent directement l’argile rouge locale. Cette matière devient alors l’une des caractéristiques des premières productions.
La Deuxième Guerre mondiale favorise aussi l’essor de Beauce. Les importations européennes et asiatiques deviennent beaucoup plus limitées. Les consommateurs se tournent donc davantage vers les produits fabriqués ici. Beauce profite de ce contexte, prend rapidement de l’expansion et devient un acteur important de la céramique canadienne.
Vers 1948, les ateliers commencent toutefois à délaisser progressivement l’argile rouge. Elle résiste moins bien à certaines cuissons. Ils se tournent alors davantage vers une argile blanche importée des États-Unis.
Au fil des décennies, les créations Beauce se retrouvent partout au Québec, au Canada et même à l’étranger. À partir de 1956, la manufacture utilise davantage le nom « Beauceware ». Cette appellation facilite sa commercialisation sur les marchés anglophones, notamment en Ontario et aux États-Unis.
Une production qui évolue avec son époque
La grande diversité du catalogue constitue l’une des particularités de la Céramique de Beauce. L’entreprise traverse plusieurs décennies et adapte constamment son offre aux tendances du moment. Les réalisations rustiques des années 1940 et 1950 côtoient ensuite des créations résolument modernistes. Ces dernières deviennent particulièrement représentatives des années 1960 et 1970.
Des milliers de créations et des influences variées
Beauce aurait produit plus de 4 000 modèles distincts au fil de son histoire. Cette quantité explique l’immense variété de formes, de styles et d’influences associées à la marque. La maison crée des lampes, des vases, des figurines animales, des jardinières, des ensembles de vaisselle et une foule d’autres objets décoratifs.
Certaines séries modernistes s’inspirent directement du design italien et des céramiques de Vallauris, important centre de céramique artistique en France. Les émaux verts, bruns et noirs coulants deviennent également caractéristiques de plusieurs collections.
L’entreprise réalise également plusieurs articles promotionnels pour des commerces québécois, notamment des cendriers publicitaires.
Malgré cette vaste production, la concurrence étrangère, revenue après la guerre, finit par rattraper Beauce. Elle s’amplifie au fil des décennies. Les importations asiatiques moins coûteuses accentuent cette pression, tandis que les goûts du public évoluent. Après près de cinquante ans d’activité, l’aventure de la Céramique de Beauce prend finalement fin avec sa faillite en 1989.
Les poteries Blue Mountain et leurs célèbres émaux coulants
S’il existe une poterie canadienne facilement reconnaissable, c’est probablement Blue Mountain Pottery. Apparue en Ontario en 1953, la marque se fait rapidement connaître grâce à ses émaux bleus et verts. Ceux-ci sont appliqués sur une argile rouge foncé. Ces couleurs deviennent particulièrement associées aux intérieurs canadiens des années 1960 et 1970.
À l’origine du projet se trouve Jozo Weider, propriétaire de la station de ski Blue Mountain Resort. Il s’associe aux céramistes Dennis Tupy et Mirek Hambalek, originaires de l’ancienne Tchécoslovaquie. Selon le récit généralement rapporté, les trois hommes auraient découvert la qualité de l’argile locale près des pistes. L’atelier permet ensuite de maintenir une activité économique autour du centre touristique durant l’été. Les fondateurs auraient même construit eux-mêmes certains des premiers fours.
La maison utilise une technique appelée drip glaze ou flow glaze. Cet émail est conçu pour couler légèrement durant la cuisson. Sous l’effet de la chaleur, les différentes couches réagissent et descendent sur la surface. Elles produisent ainsi des dégradés, des coulures et des motifs toujours légèrement différents. Deux exemplaires d’un même modèle peuvent donc présenter des variations assez visibles.
Les couleurs qui ont fait la réputation de la marque
En poterie, les couleurs des glaçures proviennent souvent d’oxydes métalliques mélangés aux émaux. Chez Blue Mountain, on utilise surtout le cobalt pour les bleus, le cuivre pour les verts et turquoises, puis le fer et le manganèse pour les bruns et noirs.
Et si le bleu-vert demeure le fini le plus emblématique de l’entreprise, Blue Mountain n’a pas pour autant le monopole de ces couleurs ni des glaçures coulantes. Sans signature ou étiquette, certaines pièces peuvent facilement lui être attribuées à tort. Canuck Pottery, dont nous reparlerons plus loin — et dire que je voulais simplement écrire un billet sur une histoire d’un seul t… —, produit d’ailleurs des créations visuellement très similaires.
Au fil des décennies, Blue Mountain expérimente aussi plusieurs autres palettes, moins étroitement associées à son image. On retrouve du rouge, du brun, du cobalt, du jaune moisson, du blanc, du gris et du moka. Certaines séries adoptent même des finis arc-en-ciel.
Les animaux et autres créations de Blue Mountain Pottery
Durant les années 1960 et 1970, les ateliers produisent une quantité impressionnante d’animaux décoratifs. Le catalogue comprend aussi des lampes, des pots, des vases et de nombreux ornements. À l’époque, plusieurs de ces articles sont offerts comme cadeaux de mariage partout au Canada.
Bien que l’âge d’or de Blue Mountain Pottery se situe dans les années 1960 et 1970, la marque demeure active nettement plus longtemps que Beauce. Elle poursuit ses activités jusqu’au début des années 2000, mais le contexte devient progressivement moins favorable. Les importations à bas prix accentuent la concurrence. Et surtout, le bail de l’usine arrive à échéance, sans solution de relève ni acheteur. Après plus d’un demi-siècle d’activité, l’entreprise ferme finalement ses portes le 31 décembre 2004.
Maurice Chalvignac et la céramique sculpturale
Dans le design vintage québécois, Maurice Chalvignac occupe une place bien distincte. Ses créations mêlent formes massives, céramique, bois et émaux texturés. Leur signature visuelle évoque immédiatement les années 1960 et 1970.
Né à Paris en 1927, Chalvignac étudie aux Beaux-Arts avant d’immigrer au Canada en 1957. Il s’installe ensuite à Montréal. À son arrivée, il travaille d’abord dans le domaine de la sculpture religieuse. Il se tourne toutefois rapidement vers la céramique et crée notamment des vases et divers objets décoratifs.
Son atelier prend rapidement de l’ampleur et devient Chalvignac Céramiques Exclusives. Dès 1965, l’entreprise est installée sur l’avenue Racette, à Montréal-Nord. Elle élargit progressivement ses activités et accorde une place grandissante à l’éclairage. Lampes de table, suspensions et abat-jours viennent ainsi enrichir sa palette de créations.
Le petit atelier des débuts devient finalement une véritable manufacture. En 1983, Chalvignac Céramiques Exclusives compte entre 50 et 99 employés.
Des émaux texturés aux couleurs profondes
Chalvignac affectionne particulièrement les bruns, les oranges, les rouges foncés et les noirs profonds. Ces teintes s’accompagnent souvent de glaçures épaisses, de reliefs et d’effets de coulures très prononcés.
Plusieurs de ses créations s’inscrivent dans ce qu’on appelle aujourd’hui le style fat lava. Très présent dans les années 1960 et 1970, il se retrouve autant en Europe qu’en Amérique du Nord. Le terme désigne des émaux fortement texturés, dont l’aspect rappelle parfois une surface volcanique. Je ne m’étendrai toutefois pas davantage sur le sujet aujourd’hui, puisque je compte y revenir dans un futur billet…
Chez Chalvignac, ces glaçures renforcent la présence visuelle des vases, pichets et lampes. Certaines pièces prennent presque l’allure d’éléments d’architecture intérieure plutôt que de simples accessoires.
Les abat-jours d’origine participent aussi pleinement à l’équilibre de ses lampes. Beaucoup disparaissent toutefois ou sont remplacés au fil des décennies.
Chalvignac Céramiques Exclusives demeure active au moins jusqu’en 1989. Mais honnêtement, contre toute attente, les informations ne pullulent pas sur le bonhomme. Je ne trouve même pas de source fiable indiquant s’il est toujours en vie ou, sinon, quand il est décédé. La fin de son parcours, comme celle de son entreprise, reste donc plutôt mystérieuse.
Les poteries Laurentian : une histoire bien de chez nous
Parmi toutes les poteries présentées dans cet article, Laurentian Pottery est celle qui possède le lien le plus direct avec notre région. Laurentian, comme dans Laurentides. Comme dans Encans des Laurentides. Parce que oui, cette entreprise voit elle aussi le jour ici même, à Saint-Jérôme, à quelques minutes de notre local.
Fondée en 1939 par les céramistes tchèques Victor Kominik et Irene Kominik, Laurentian demeure active pendant plus de six décennies.
À ses débuts, les installations se trouvent au coin des rues Chartrand et Saint-Jovite. Malgré son implantation dans les Laurentides, la marque utilise principalement le nom anglais « Laurentian Pottery ». Ce choix vise à faciliter sa commercialisation ailleurs au Canada et sur les marchés anglophones nord-américains. Une telle pratique demeure assez courante au Québec avant l’adoption de la loi 101.
À cette époque, Saint-Jérôme compte encore plusieurs manufactures importantes. Laurentian s’inscrit donc dans une période où de nombreux objets décoratifs présents dans les maisons québécoises proviennent d’ateliers locaux. En pleine croissance, la société déménage d’ailleurs dans le parc industriel de la ville au début des années 1980.
L’influence du modernisme et du design scandinave
La production comprend surtout des articles décoratifs et utilitaires typiques des foyers canadiens des années 1960. On retrouve notamment des vases, des ensembles à fondue, des bols et des services à café. S’y ajoute une variété d’objets colorés destinés au décor intérieur.
Contrairement à Beauce, qui varie énormément dans ses styles et ses formes, Laurentian Pottery mise davantage sur les glaçures et les palettes de couleurs. Les silhouettes demeurent généralement plus simples et épurées. Les finis occupent plutôt une place centrale dans l’identité visuelle de la marque.
Laurentian s’inspire fortement des tendances modernistes et du design scandinave. Ces courants marquent largement les intérieurs des années 1960 et 1970. Certaines réalisations adoptent des teintes typiques de cette période : verts avocado, oranges brûlés, jaunes moutarde et différents tons terreux.
L’histoire connaît toutefois un sérieux coup d’arrêt en 1985, lorsque Laurentian fait faillite. La concurrence étrangère semble alors peser lourd dans la balance. Deux ans plus tard, la production reprend sous le nom de La Poterie Laurentienne inc. Elle se poursuit encore pendant près de vingt ans, avant de cesser définitivement vers 2005.
Même après sa fermeture, la présence de Laurentian demeure visible dans la toponymie locale. La rue de la Poterie rappelle encore aujourd’hui cette longue présence industrielle à Saint-Jérôme.
Les poteries Canuck et l’héritage acadien
Si Beauce évoque immédiatement le Québec et Blue Mountain l’Ontario, Canuck Pottery se distingue par son lien étroit avec l’histoire acadienne.
Fondée en 1938 à Saint John, au Nouveau-Brunswick, Canuck Pottery naît sous l’impulsion des frères Percy et Alphonse Foley. Leur père, Fenwick Foley, appartient lui-même à une famille de potiers active dans la région depuis la fin du XIXe siècle. L’entreprise s’inscrit ainsi dans une tradition familiale de fabrication de céramique déjà vieille de plusieurs décennies.
Parmi les différentes gammes commercialisées par Canuck, Evangeline Ware devient de loin la plus connue. Son nom vient du célèbre poème Evangeline, publié en 1847 par Henry Wadsworth Longfellow. Inspirée par la Déportation des Acadiens, cette œuvre contribue largement à faire connaître leur histoire partout en Amérique du Nord.
Au fil des années, Canuck développe un vaste catalogue destiné autant aux foyers qu’au marché touristique. On y retrouve des vases, des bols, des pichets, de la vaisselle, des cendriers et de nombreux objets décoratifs. Plusieurs sont vendus comme souvenirs ou comme cadeaux, particulièrement dans les provinces maritimes.
L’arrivée de Canuck dans les Laurentides
En 1963, un incendie détruit l’usine de Saint John et provoque un tournant majeur. L’année suivante, Percy et Alphonse Foley transfèrent une grande partie des activités à Labelle, dans les Laurentides. Oui, oui, encore près d’ici ! Leur père, Fenwick Foley, demeure au Nouveau-Brunswick. Il poursuit la fabrication à plus petite échelle et commercialise notamment des pièces sous le nom Beachcomber Ware.
Le déménagement semble d’ailleurs réussir à Canuck. En 1975, l’usine de Labelle emploie 56 personnes et prévoit encore agrandir son équipe. Son volume de ventes est alors deux fois supérieur à celui enregistré à son arrivée dans la Belle Province.
Canuck s’adapte elle aussi aux goûts du milieu du XXe siècle. Les finis brun moka, rouges profonds, verts, bleus et gris texturés occupent une place importante dans son catalogue. Et, comme je le mentionnais plus haut, certaines glaçures coulantes ressemblent à s’y méprendre à celles de Blue Mountain Pottery.
Vers la fin des années 1970, le parcours de Canuck devient toutefois plus difficile à retracer. Comme pour Chalvignac, les sources disponibles deviennent étonnamment floues. Il faudrait peut-être que les auteurs qui traitent du sujet passent un peu moins de temps à donner des leçons de français et un peu plus à documenter les fins d’entreprises… Mais bref, permettez-moi d’utiliser le conditionnel pour conclure cette section. Un rachat aurait eu lieu en 1979, puis la production se serait poursuivie sous le nom de Poterie Évangeline. Cette dernière aurait toutefois fermé vers 1985.
Les poteries Medalta et les débuts de la production utilitaire canadienne
Lorsqu’on remonte plus loin dans l’histoire de la céramique canadienne, impossible de ne pas mentionner Medalta.
Située à Medicine Hat, en Alberta, l’entreprise fabrique principalement des articles utilitaires dès le début du XXe siècle. On parle ici de pots à fèves, de cruches, de crocks — de grandes jarres de grès utilisées pour conserver les aliments — ainsi que de tinettes — les récipients placés sous les chaises d’aisance avant l’arrivée de la plomberie moderne dans les maisons, à une époque où les toilettes à chasse d’eau ne sont pas encore la norme.
L’esthétique des réalisations de cette manufacture est beaucoup plus sobre que celle des créations modernistes qui apparaissent plusieurs décennies plus tard. Les grands contenants de conservation et les glaçures plus rudimentaires témoignent d’une période où la durabilité prime largement sur l’aspect décoratif.
Certaines pièces portent également des inscriptions publicitaires ou le nom de commerces locaux. Une partie de la fabrication sert en effet directement les besoins de magasins, de producteurs alimentaires et d’autres entreprises. Ces marquages permettent aujourd’hui de retracer une partie de l’histoire commerciale de leur région d’origine.
Pourquoi Medicine Hat devient un centre de production majeur
L’emplacement de l’entreprise n’a rien d’un hasard. Medicine Hat dispose d’importants gisements d’argile ainsi que d’un accès naturel au gaz, deux ressources qui facilitent grandement l’alimentation des fours industriels. Medalta ne constitue toutefois qu’un élément d’un vaste réseau manufacturier développé dans la région. Au fil du temps, Medicine Hat devient l’un des principaux centres de production de céramique au Canada.
Medalta Potteries demeure en activité jusqu’en 1954, année où l’entreprise fait faillite. L’héritage de cette industrie ne disparaît toutefois pas pour autant. D’autres fabricants poursuivent leurs activités dans la région pendant plusieurs décennies et l’ancien complexe industriel est aujourd’hui préservé au sein du Historic Clay District de Medicine Hat.
Quand Beauce a surpris l’Alberta
Lorsque j’ai suivi ma formation d’encanteur, justement en Alberta, nous utilisions différents objets afin de nous pratiquer à les vendre entre étudiants, chacun notre tour. Parmi ces articles se trouvaient quelques poteries de Beauce. Rick, notre formateur, avait immédiatement attiré l’attention sur ces pièces en précisant à la blague qu’elles provenaient de « chez le Frenchie », tout en me désignant devant le groupe.
Quelques jours plus tard, nous avons organisé un encan crié afin de pratiquer notre chanting devant un public. Parmi les lots proposés se trouvaient justement ces mêmes poteries de Beauce.
Avant le début de l’encan, durant la période d’inspection, j’ai passé un bon moment à discuter avec les visiteurs, avec mon gros accent québécois, des différences entre les traditions céramiques du Québec et celles de l’Alberta. Rick en rajoutait lui aussi avec un léger chauvinisme envers Medalta et les productions albertaines.
En soirée, lorsque les poteries de Beauce sont passées sous le marteau, nous avons eu droit à une véritable bataille d’enchères. Le lendemain, pendant une discussion de groupe où nous revenions sur l’expérience de la veille, Rick nous a confié qu’il n’avait jamais vu des poteries de Beauce se vendre aussi cher dans ses encans. Et il comptait alors près de soixante ans d’expérience dans le métier !
Les signatures et les marques sous les poteries
On peut en apprendre beaucoup simplement en regardant sous une pièce. Certaines compagnies intègrent leurs marques directement dans la céramique, tandis que d’autres privilégient les autocollants, les estampes ou les signatures peintes à la main. Avec les années, plusieurs autocollants disparaissent malheureusement, ce qui complique parfois le travail d’identification.
Blue Mountain Pottery emploie par exemple différentes variantes du marquage « BMP Canada ». Plusieurs créations de Beauce présentent plutôt des inscriptions comme « Beauceware Canada », souvent accompagnées d’un numéro de modèle. Laurentian Pottery utilise quant à elle diverses signatures « LP » ainsi que différentes références au Canada ou au Québec.
Du côté de Canuck Pottery, les mentions d’origine varient selon les périodes de production. On retrouve ainsi des exemplaires marqués « Made in Labelle, Quebec » ou « Labelle, QC ». D’autres portent plutôt des indications associées au Nouveau-Brunswick.
Les productions plus anciennes de Medalta présentent aussi une grande variété de marques. Certaines s’accompagnent du nom de commerces, de producteurs alimentaires ou d’entreprises pour lesquels les contenants sont fabriqués.
Une même entreprise adopte parfois plusieurs logos, signatures ou formats d’inscription au cours de son histoire. Ces variations permettent souvent d’estimer l’âge approximatif d’une poterie ou de la rattacher à une période de fabrication particulière.
Exemples de signatures et de marquages
Une dernière petite chose
Maintenant, vous connaissez un peu mieux Beauce, Blue Mountain, Chalvignac, Laurentian, Canuck et Medalta. Et surtout, vous avez retenu qu’en français, « poterie » s’écrit toujours avec un seul t. Ah, et saviez-vous que le mot « vintage » est invariable ? On dit donc « des poteries vintage » et non « des poteries vintages ».
Là-dessus, j’ai pris du retard sur ma séance photo. J’y retourne.



































On y apprend des infos vraiment intéressantes sur nos artistes québécois. Bravo pour cette belle recherche!
Merci beaucoup de commenter, Chantal ! Je suis content que ça t’ait plu. 😊