On voit passer une grande quantité de bijoux vintage dans nos encans, semaine après semaine. Derrière ces pièces se cachent souvent des histoires, des liens entre compagnies et des détails de fabrication qu’on ne remarque pas nécessairement au premier coup d’œil.
On trouvait donc intéressant de prendre un peu de recul et de regrouper ici quelques faits sur des marques ou styles que l’on croise régulièrement, ainsi que des éléments pour mieux comprendre leur contexte, leurs particularités et ce qui les distingue.
Le monde des bijoux fantaisie vintage s’inscrit justement dans un contexte bien précis. Après la crise de 1929, on cesse de percevoir ce type de bijou uniquement comme un substitut au luxe, et on l’adopte progressivement comme une alternative à part entière. Pendant les années 1940, les contraintes liées à la guerre amènent plusieurs fabricants à adapter leurs matériaux et leurs méthodes de production. Par la suite, l’influence du cinéma et de la mode contribue à faire du bijou fantaisie un véritable produit de style, largement diffusé.
Coro, Corocraft et Vendôme : une même origine
Fondée en 1901 et active jusqu’en 1979, Coro a été l’un des premiers fabricants à industrialiser le bijou fantaisie à très grande échelle. L’entreprise produisait donc en quantité importante, avec des installations dans plusieurs pays, dont le Canada, ce qui explique la présence fréquente de ses pièces sur le marché nord-américain.
L’entreprise ne se limitait pas à une seule ligne. Corocraft représentait une gamme supérieure, tandis que Vendôme, introduite dans les années 1940, visait un marché encore plus raffiné et se retrouvait souvent dans des points de vente plus prestigieux. Cette segmentation permettait d’occuper plusieurs niveaux de marché tout en conservant une identité distincte selon la ligne.
Coro a également développé plusieurs brevets techniques, notamment pour des systèmes de fixation comme les broches et les clips, contribuant à standardiser certains éléments encore utilisés aujourd’hui.

Sherman, Senator et Continental : un écosystème montréalais
Au Canada, et particulièrement à Montréal, Sherman (1947–1981) et Continental (environ 1943–1997) occupent une place importante. Dans les années 1950, Montréal constituait un centre significatif du bijou fantaisie en Amérique du Nord, au même titre que New York ou Chicago.
Sherman se distingue par l’utilisation de cristaux Swarovski autrichiens, souvent montés en grande quantité et à la main. Cette densité de pierres contribue à l’aspect lumineux des pièces et à leur présence visuelle. L’entreprise a également participé à la popularisation du fini Aurora Borealis, un traitement irisé appliqué aux pierres dans les années 1950 en collaboration avec la maison Dior.
Au-delà des pierres, Sherman utilisait généralement des alliages métalliques robustes, recouverts de plusieurs couches de placage (souvent au rhodium ou à l’or), ce qui contribue à la durabilité des pièces. Cette qualité de montage explique donc en partie pourquoi un grand nombre de bijoux Sherman sont encore aujourd’hui en très bon état.
Les créations Sherman sont souvent reconnaissables par leurs combinaisons de couleurs complexes et leur effet tridimensionnel. Plusieurs modèles étaient produits en séries limitées, ce qui rend difficile la répétition exacte d’une même pièce. La compagnie offrait par ailleurs un service de réparation sans condition, même plusieurs années après l’achat.
Senator et Continental : lignes et variations
Sherman est également associée à la ligne Senator, destinée à une clientèle masculine, avec des objets comme des boutons de manchette, des pinces à cravate et des épinglettes. Cette coexistence de lignes pour hommes et pour femmes demeure relativement rare dans le bijou fantaisie de l’époque.
Continental évoluait dans un marché similaire et utilisait elle aussi des pierres de qualité. Active dans le même écosystème montréalais que d’autres fabricants de l’époque, la marque proposait généralement des pièces plus accessibles, avec des montages souvent plus simples et des compositions plus classiques. On observe ainsi des différences subtiles dans la finition et une variabilité d’un modèle à l’autre, reflétant une production davantage orientée vers le volume que vers le haut de gamme.

Marcel Boucher et l’influence Marboux
Le designer Marcel Boucher est à l’origine de la marque Marboux, fondée dans les années 1930. Avant de lancer sa propre entreprise, Boucher a travaillé pour Cartier, ce qui a influencé son approche.
Ses créations se distinguent par des formes plus sculpturales et un travail souvent plus détaillé que la moyenne des bijoux fantaisie. Cette influence s’est diffusée dans l’industrie nord-américaine.
Les bijoux signés « Boucher » font directement référence à Marcel Boucher lui-même, cette signature étant la plus couramment utilisée sur ses pièces. On retrouve également, sur plusieurs modèles, une numérotation associée, permettant aujourd’hui d’identifier plus précisément certaines créations et leur période de production.
Marques canadiennes et savoir-faire local
Certaines marques canadiennes ou québécoises présentent des caractéristiques distinctives liées à un contexte de production local, particulièrement actif à Montréal au milieu du 20e siècle.
Keyes, associée à la compagnie Keyes Jewellers Mfg Ltd, est une marque de bijou fantaisie produite à Montréal, principalement entre la fin des années 1950 et les années 1990. Ses créations utilisent généralement des alliages métalliques recouverts de placage (or ou argent), ainsi que des pierres de type rhinestones, des cristaux, des perles simulées ou encore de l’émail.
Les pièces sont habituellement signées « Keyes », souvent dans un cartouche ovale, et témoignent d’une production structurée, avec un souci de qualité dans l’assemblage et les matériaux utilisés.
Dans la pratique, les bijoux Keyes que l’on observe présentent souvent des caractéristiques comparables à celles d’autres fabricants montréalais de la même période, notamment dans l’utilisation de pierres, les combinaisons de couleurs et la qualité des montages, ce qui les inscrit clairement dans le même écosystème régional.
Une approche plus artistique : de Passillé-Sylvestre
Dans un registre différent, certaines productions québécoises s’éloignent des standards du bijou fantaisie industriel.
La maison de Passillé-Sylvestre se distingue par son travail en émail sur cuivre. Cette technique consiste à fusionner du verre coloré sur une surface métallique, produisant ainsi des couleurs vives et des finis lisses.
Le duo formé de Micheline de Passillé et Yves Sylvestre est actif principalement dans les années 1960 et 1970. Leur production s’inscrit dans le mouvement des métiers d’art québécois, avec une approche à la fois artistique et technique, où les deux créateurs conçoivent, cuisent, finissent et appliquent l’émail de manière complémentaire.
Leur travail a connu une diffusion importante, incluant des commandes officielles et une présence dans des collections muséales, ce qui les distingue d’une production strictement commerciale.
Monet, Avon, Sarah Coventry et Richelieu : diffusion et modèles d’affaires
Monet, fondée en 1929 sous le nom de Monocraft, ne produisait pas initialement des bijoux, mais des monogrammes pour sacs à main. L’entreprise s’est tournée vers le bijou durant la crise économique.
Elle a contribué à populariser certaines innovations techniques, notamment des clips d’oreilles plus confortables et des fermoirs encore utilisés aujourd’hui. L’utilisation d’un triple placage métallique explique en partie la bonne conservation de nombreuses pièces.
Vente directe et diffusion à grande échelle
Avon et Sarah Coventry reposent sur un modèle de vente directe, sans passer par les circuits traditionnels de détail. Les bijoux étaient présentés lors de rencontres à domicile, souvent dans un cadre informel, ce qui contribuait à leur large diffusion.
Avon, connue à l’origine pour ses produits cosmétiques, a introduit des bijoux dans son offre à partir des années 1950. Une particularité de la marque est la diversité des objets proposés, allant des bijoux aux objets décoratifs ou thématiques.
Sarah Coventry, fondée en 1949, adopte une approche similaire, mais davantage centrée sur le bijou. Comme Avon, la marque ne fabriquait pas nécessairement ses propres pièces et faisait appel à différents manufacturiers, ce qui explique la grande variété de styles que l’on observe aujourd’hui. Ses collections, souvent nommées et renouvelées régulièrement, suivaient les tendances du moment, avec des ensembles coordonnés largement diffusés.
Ce mode de distribution, combiné à une production en volume, explique la présence encore fréquente de ces bijoux sur le marché actuel, ainsi que la variabilité que l’on peut observer d’un modèle à l’autre.

Richelieu : perles simulées et esthétique classique
Richelieu, active principalement au milieu du 20e siècle jusqu’aux années 1980, s’est spécialisée dans les colliers de perles simulées, en s’inspirant des codes classiques européens. La marque est particulièrement reconnue pour la qualité de ses imitations de perles, souvent réalisées avec des techniques de superposition de couches donnant un lustre proche des perles naturelles.
Ses créations visaient généralement un usage plus formel, avec des colliers simples ou à plusieurs rangs, des bracelets assortis et des ensembles coordonnés. Contrairement à d’autres fabricants davantage axés sur les effets visuels ou les pierres, Richelieu misait sur une esthétique plus sobre et intemporelle, ce qui explique la présence encore fréquente de ses pièces en bon état aujourd’hui.
Argent alpaca et mention « Mexico » : comprendre les marquages
Les mentions « alpaca » ou « Mexico » apparaissent fréquemment sur les bijoux et peuvent prêter à confusion.
L’« argent alpaca » (aussi appelé maillechort ou nickel silver) est un alliage composé principalement de cuivre, de zinc et de nickel. Malgré son apparence, il ne contient pas d’argent. Ce matériau est utilisé pour sa résistance, sa couleur proche de l’argent et son coût plus abordable, ce qui en a fait une base courante pour le bijou fantaisie ou semi-artisanal.
La mention « Mexico » renvoie quant à elle à une origine géographique. Elle indique que la pièce a été fabriquée au Mexique, un pays reconnu pour sa production de bijoux, notamment en argent, mais aussi en alliages et en pièces plaquées.
On retrouve ainsi des bijoux marqués « Mexico » qui peuvent être en argent sterling (.925), mais aussi d’autres réalisés en alpaca ou dans différents alliages. Ces pièces sont souvent associées à des éléments décoratifs comme des incrustations de nacre ou d’autres matériaux aux reflets irisés, ce qui contribue donc à leur apparence distinctive.
Dans la pratique, ces bijoux couvrent un large éventail de styles, allant de productions artisanales à des objets plus commerciaux, ce qui explique la variabilité que l’on observe d’un lot à l’autre.
Les camées : une tradition ancienne
Les camées sont des bijoux sculptés en relief, généralement à partir de coquillages ou de pierres. Les artisans créent le motif en creusant différentes couches du matériau, ce qui fait ressortir une image en contraste avec le fond
Les représentations les plus courantes sont des profils féminins, souvent inspirés de figures classiques ou idéalisées, mais on retrouve aussi des scènes mythologiques, des portraits ou des motifs décoratifs. Ces visages, généralement orientés de côté, sont devenus au fil du temps l’image la plus associée aux camées.
Cette technique remonte à l’Antiquité, mais a connu une forte popularité au 19e siècle, notamment à l’époque victorienne, où ces bijoux étaient largement portés et collectionnés. On en retrouve encore aujourd’hui, sous différentes formes, allant de pièces artisanales sculptées à la main à des productions plus industrielles moulées à partir de matériaux modernes.
Les bijoux damasquinés : un travail d’incrustation
Les bijoux damasquinés reposent sur une technique consistant à incruster de fins fils d’or ou d’argent dans une surface métallique plus sombre, généralement en acier. Le métal est d’abord gravé ou texturé, puis les fils précieux y sont martelés et fixés, créant un contraste visuel marqué.
Cette méthode est particulièrement associée à la ville de Tolède, en Espagne, où elle est pratiquée depuis plusieurs siècles, notamment pour la décoration d’armes et d’objets utilitaires avant d’être appliquée aux bijoux.
Les motifs sont souvent floraux, géométriques ou inspirés de traditions mauresques, avec des compositions répétitives et très détaillées. Ce type de bijou est généralement reconnaissable par son fond noir et ses motifs dorés ou argentés, qui créent un effet visuel distinctif.
On retrouve aujourd’hui des pièces allant de productions artisanales à des objets plus commerciaux, souvent destinés au marché touristique, ce qui explique les variations de qualité et de finesse d’un bijou à l’autre.
Conclusion
Comme on peut le voir, derrière des bijoux vintage qui peuvent sembler similaires au premier regard se cachent des réalités très différentes.
Certaines marques misaient sur la production à grande échelle, d’autres sur des techniques particulières, et d’autres encore sur une approche plus artisanale ou artistique. Ces différences se reflètent encore aujourd’hui dans les matériaux, la construction et le style des pièces.
Avec un peu d’attention, ces éléments deviennent rapidement reconnaissables et permettent de mieux comprendre ce que l’on a entre les mains.
La prochaine fois que vous consulterez des lots de bijoux dans nos encans, il y a de bonnes chances que certains de ces détails vous sautent plus facilement aux yeux — et que vous les regardiez autrement.
Et si vous avez des bijoux dont vous souhaitez vous départir, il nous fera plaisir de les mettre en valeur et de les vendre au plus offrant.




























Vraiment très intéressant, merci de partager.
Merci d’avoir pris le temps de commenter, nous sommes contents de savoir que cela vous a plu ! 🙂
Quel beau travail de recherche! Merci de rendre accessible vos connaissances! J’ai beaucoup aimé lire l’historique et les différents détails de chaque marque! 🙂
Michelle
Content que ça t’ait plu Michelle, les connaissances, c’est fait pour être partagé 😉